AU FIL DES HOMELIES

SI VOUS ÉTIEZ DU MONDE ...

Col 1, 24-29 ; Jn 15, 18-25

Samedi de la quatrième semaine de Pâques – B

(27 avril 1991)

Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

 

L

e texte assez difficile de saint Jean que nous venons de lire fait suite à l'allégorie de la vi­gne. Dans cette parabole, le Christ a claire­ment expliqué la relation qui existe entre Lui et ses disciples. Vivre du Christ, c'est être greffé, c'est être complètement attaché, dépendre totalement pour la vie et pour la mort, de la vitalité qui vient du cep et qui va dans les sarments, puis par les sarments dans les fruits.

Ainsi donc, pour le disciple, et pour nous, l'existence dans le Christ, l'existence dans la vigne n'est pas statique, elle est un mouvement de commu­nication de vie. Elle est le fait que Dieu fait de nous des branches, des sarments de la vigne et donc fait courir en nous cette vitalité, cette vie divine qui est la sienne et qu'Il est venu nous apporter Ce processus en déclenche immédiatement un autre, celui de la haine du monde. Pourquoi cela ? Parce que, quand le disci­ple est ainsi greffé sur la vie du Christ, il est pour le monde, le signe clair et évident que ce monde ne peut pas trouver en lui-même la plénitude de sa vie et de son autonomie.

Le fait que le monde puisse prendre en haine les disciples ne vient pas de je ne sais quel horizon borné qui serait celui du monde. C'est le fait que le monde ne peut pas accepter qu'au milieu de lui, il y ait des hommes qui puissent croire que le monde est appelé à se dépasser lui-même dans la communication et la vie de Dieu. Et c'est précisément pour cela que la haine du monde pour les disciples, telle que la décrit saint Jean, est tout en même temps la haine des disci­ples eux-mêmes en tant qu'ils sont signes de cette orientation fondamentale du monde vers l'au-delà de lui-même, mais elle est aussi une haine de Jésus Lui-même et de son Père.

C'est dire qu'à ce moment-là, le monde mani­feste qu'il est monde c'est-à-dire qu'il est incapable de vivre "pour le Père" et qu'il préfère trouver en lui-même ses propres ressources, sa propre vitalité, quitte à ce que tout cela le mène dans une logique de mort.

A travers ce chapitre de l'évangile de saint Jean, c'est une manière radicale de nous remettre devant le mystère de la Pâque. La Pâque du Christ est fondamentalement une communication de la vie de Dieu, mais il y a en nous, car le monde n'est pas simplement autour de nous, il est d'abord en nous, il y a en nous toute cette résistance à accepter qu'ef­fectivement, le monde ne soit pas à lui-même son terme, son but et sa raison d'être, mais que le monde est appelé sans cesse à être greffé sur la vie de Dieu.

Que ce soit pour nous l'occasion de nous re­mettre en présence du Christ Ressuscité et de savoir si nous voulons vivre comme les disciples qui ont be­soin de la vie de Dieu pour être greffés sur cette vita­lité divine, ou si, au contraire, nous sommes comme le monde, c'est-à-dire que, par peur, par haine et par jalousie, nous n'accepterions pas ainsi d'être poussés en dehors de nous-même à la rencontre de Dieu mais nous préférerions rester en nous-même, quitte à ce que ce salaire de la haine et de la mort soit en nous notre propre destruction.

 

AMEN

 

 

 
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