AU FIL DES HOMELIES

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VOUS ME VERREZ

Ph 3, 17-21 ; Jn 14, 15-21

Samedi de la quatrième semaine de Pâques – B

(30 avril 1994)

Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

 

V

ous Me verrez, alors que le monde ne Me verra plus" Ces paroles font allusion à ce temps dans lequel nous vivons, ce temps qui sépare l'Ascension du Christ de son retour à la fin du monde.

Frères et sœurs, nous "voyons" le Christ. Nous ne le voyons pas avec les yeux de la chair, du moins pas encore, nous ne le voyons pas comme pre­nant place dans notre univers matériel. Pourtant nous voyons le Christ parce qu'Il vient et que nous vivons. Nous vivons non seulement de cette vie corporelle, de cette vie terrestre, de cette vie que Paul appelle "psy­chique", la vie de ce monde, la vie de ce temps, mais nous vivons déjà d'une autre vie qui est la vie même du Christ qui nous est communiquée, ce que le lan­gage théologique appelle "la vie éternelle", vie éter­nelle qui n'est pas une vie future, à venir, mais qui est une vie présente, déjà commencée. Dès maintenant, la vie du Christ ressuscité, cette vie qui n'a pas de fin, se communique à nous, elle nous prend dans la plus grande profondeur de notre être et parce que cette vie existe en nous, nous sommes en communion avec le Christ ressuscité, communion de vie et donc commu­nion d'intimité, de connaissance.

Cette connaissance, obscure certes, connais­sance qui n'est pas semblable à celle dont nous avons l'habitude, cette connaissance intérieure, profonde, c'est celle de la foi. La foi c'est cette adhésion pro­fonde de notre être au Christ, à cause de la commu­nion qui est en nous de sa propre vie. C'est une connaissance par connaturalité c'est-à-dire que notre nature est identifiée à la sienne, en voie d'identifica­tion à sa nature ressuscitée. Il y a cette Résurrection du Christ qui est à l'œuvre en nous et qui, peu à peu, nous transforme à son image. Et parce que cette Ré­surrection du Christ est à l'œuvre en nous, petit à pe­tit, nous lui sommes semblables et, expérimentant intérieurement cette vie du Christ Ressuscité, nous la connaissons d'une connaissance expérimentale et non pas conceptuelle, moins encore d'une connaissance visuelle et sensible. Si nous "voyons le Christ, si nous connaissons le Christ, c'est parce qu'Il est à l'œuvre en nous, parce qu'Il nous remplit de cette mystérieuse présence de Lui-même qui, petit à petit, nous trans­forme, nous transfigure.

Telle est la foi. La foi ce n'est pas simplement l'adhésion intellectuelle à un certain nombre de dog­mes, à un certain nombre de vérités. La foi ce n'est pas simplement une sorte de conviction La foi c'est une présence, une présence active, une présence trans­formante, une présence qui, nous habitant, nous donne sur toutes choses et d'abord sur le Christ et sur nous-mêmes, une autre façon de voir, une autre manière de connaître. Une manière de nous assimiler à Lui qui est plus profonde qu'un simple discours, qu'une simple évaluation de connaissances. C'est par l'expérience interne de cette présence du Christ à l'œuvre en nous que, peu à peu, nous nous familiarisons avec le monde nouveau, avec notre être nouveau, avec ce que nous sommes en train de devenir, ces créatures nou­velles, engendrées par le baptême et qui, par l'action de l'Esprit, ne cessent de naître et de grandir au plus profond de nous-mêmes.

C'est pourquoi, quand Jésus dit : "Vous Me verrez parce que Je Vis et que vous vivrez", Il dit éga­lement : "L'Esprit de vérité que le monde ne peut pas voir, ne peut pas connaître, mais que vous, vous connaissez" car, connaissant le Christ, nous connais­sons aussi son Esprit, l'Esprit saint qui est précisé­ment l'opérateur en nous de cette transformation, de cette naissance nouvelle. Nous n'avons pas l'habitude de vivre à ce niveau-là de notre vie. Nous sommes beaucoup trop dispersés, préoccupés par autre chose qui nous sont plus familières, tous ces événements quotidiens, tous ces soucis, toutes ces occupations. Et cela absorbe notre énergie et ne nous permet pas d'être attentifs à cette œuvre qui s'opère en nous, au plus profond, en secret, dans le silence, mystérieuse­ment, mais qui est, en définitive, beaucoup plus im­portante, beaucoup plus fondamentale, précisément parce qu'elle est définitive, éternelle Alors, au lieu de vivre toujours dans le passager, dans ce qui va et vient, dans ce qui nous préoccupe à la surface de nous-même, essayons, de temps en temps, d'habiter la profondeur de notre cœur, là où l'Esprit du Christ est à l'œuvre en nous, est en train de nous construire, de nous faire exister d'une existence éternelle où nous sommes en communion avec Lui, en connaturalité avec Lui où nous lui sommes configurés.

Que ces temps bénis ou nous nous retrouvons ici pour l'eucharistie, pour la prière, pour la rencontre avec Dieu soient des moments où nous entrons ainsi en cette profondeur de nous-mêmes pour y découvrir notre plus grande vérité.

 

 

AMEN

 

 
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