AU FIL DES HOMELIES

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BIEN MOURIR !

1 Th 4, 13-18 ; Jn 15, 9-12

Samedi de la quatrième semaine du temps pascal –A

(27 avril 2002)

Homélie du Frère Christophe LEBLANC

 

I

l fut un temps où la société occidentale, à défaut de permettre à chacun de bien naître, dans une bonne famille, noble, cette société donnait au moins la possibilité de bien mourir. L'Église au Moyen-Age a surtout développé l'art de bien mourir. Cela peut sembler un peu scabreux, bizarre, et pour­tant, je crois que l'art de bien mourir est fondamental et au centre même de notre vie chrétienne si nous voulons que la parole du Christ de dire que la nais­sance d'en-haut est aussi importante que la naissance d'en-bas, si nous voulons que cette parole du Christ devienne nôtre.

Qu'est-ce donc que de bien mourir ? Je crois qu'après ces fêtes de Pâques, celui qui nous donne le meilleur exemple, c'est le Christ. Dans ce discours que nous reprenons inlassablement, discours après la Cène, juste avant l'arrestation et la mort du Christ. Oui, je crois que le plus difficile dans la mort de quel­qu'un, c'est évidemment la souffrance, la peur de la mort, de celui qui est aux portes de cette mort, mais c'est bien souvent aussi de notre côté, du côté des vivants, de ceux qui restent et qui ont peur. Peur de ne pas savoir comment le dialogue va s'instaurer avec celui qui nous a quitté. Alors, un des rôles très im­portant de celui qui meurt est de réunir une dernière fois autour de lui ceux et celles qu'il aime, afin de leur donner certainement sa foi, ce en quoi il croit, ce qu'il veut faire passer à ses amis, comme le Christ passeur qui livre tout, non seulement son corps, mais aussi son cœur dans ce discours de la Cène. C'est là que tout est dit, que les paroles les plus vives, les plus porteuses de vie sont données : "Aimez-vous les uns les autres comme je vous aimés". Dans l'expérience d'un deuil, pouvoir rencontrer celui qui va bientôt partir, pouvoir garder dans son cœur une parole qu'il a prononcé pour nous, pour ceux qui l'entourent, nous permet certainement de le garder vivant dans notre esprit, et dans notre cœur, et puis surtout, de perdurer, de ce que le souvenir ne reste pas seulement un sou­venir mort, un souvenir qui bien souvent fait mal au cœur, mais au contraire, une mémoire vivante.

Le Christ dans ce discours nous livre donc cette fameuse phrase qui est bien difficile à vivre : "Aimez-vous les uns les autres". En même temps, dans cette phrase, tout est dit, une nouvelle communi­cation nous est donnée avec celui qui nous a quitté. L'apprentissage est difficile, on ne peut plus le toucher, lui parler ni faire avec lui ce qu'on aimait, un nouvel apprentissage nous est donné, une nouvelle relation à travers la prière, à travers la mémoire. Quand quelqu'un est bien mort, dans le sens où il a su bien mourir et tout nous donner avant son départ, je crois que ce qu'il y a de plus beau, c'est de découvrir que la prière, ce dialogue qui peut s'instaurer avec lui n'est pas nécessairement ce que nous, bons vivants, nous prions pour le repos de l'âme de l'autre, parce que nous ne sommes pas toujours sûrs du repos de l'âme, comme d'ailleurs nous ne savons pas trop ce qui nous attend après.

C'est le sens de ce que dit saint Paul dans la lettre aux Thessaloniciens, du doute et des difficultés que nous avons à croire et à imaginer le monde futur. Mais dans cet art de bien mourir, il est donné à celui qui reste de pouvoir se confier et de demander à celui qui nous a quitté de prier véritablement pour nous en tant que soutien.

 

 

AMEN

 

 
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