AU FIL DES HOMELIES

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UNE IMITATION DYNAMIQUE

Ph 3, 17-21 ; Jn 10, 27-30

Samedi de la quatrième semaine de Pâques – B

(5 mai 2012)

Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

Paul écrivant ses épîtres

F

rères et sœurs, nous vivons dans une période de scepticisme religieux et ce qui fait le frein dans la démarche religieuse, c'est le sentiment qu'on va s'engager, qu'il va falloir tenir et durer. Et cela exige un retournement, c'est ce que l'on a appelé dans la tradition la conversion, qui va nous attacher définitivement au mystère du Christ. Très souvent, on le sent particulièrement dans le cheminement des catéchumènes, cette décision fait peur. Il est vrai que pour ceux qui sont baptisés depuis longtemps, le problème ne se pose même plus, l'adhésion à une religion est vécue comme une sorte de donnée plus ou moins culturelle, identitaire, ce qui fait que la plupart des communautés chrétiennes aujourd'hui voient autour d'eux tout un ensemble de gens qui parfois se réclament du christianisme mais on a l'impression que c'est uniquement des lèvres et pas vraiment du cœur.

A l'époque de saint Paul, les choses étaient un peu différentes. Il n'y avait pas ce scepticisme ou cette peur dans l'engagement pour une religion. Les anciens avaient quelque chose d'assez naturellement religieux, ce qui ne veut pas dire très élaboré comme religion, mais cela faisait partie de leur vie et ils y tenaient et voulaient toujours le manifester d'une façon ou d'une autre. Qu'ils aient été païens, dans ce cas-là ils s'en tenaient aux normes des sacrifices, des rassemblements rituels, cultuels. On sait qu'à Rome il y avait de nombreux quartiers qui se réunissaient autour d'une statue ou d'une divinité, pour offrir des sacrifices. Qu'ils soient chrétiens aussi car, lorsque les chrétiens se sont mis à croire, il faut bien imaginer que la constitution des communautés chrétiennes, même si la vie n'était pas parfaite dans chacun des membres, cette adhésion était assez radicale et orientée de façon définitive.

Précisément, c'est ce qui surprend saint Paul et qui transparaît dans le texte de son épître aux Philippiens. La communauté de la ville de Philippes est une communauté jeune, et Paul écrit là une des rares épîtres où il n'a pas trop de remarques à faire sur le comportement des individus dans la communauté. C'est une épître d'exhortations, il encourage les chrétiens à continuer. Pour Paul, c'est un peu une surprise que dans un contexte majoritairement étranger au christianisme, puisse naître une communauté avec des critères, des références et des points d'appui et de construction de la personnalité religieuse totalement différents de ceux que les membres avaient auparavant.

Pour nous aujourd'hui, quand on est baptisé, on rentre dans un certain moule qui est préexistant, si les parents s'en occupent un peu, mais là il s'agissait de sortir d'un certain moule qui avait quand même derrière lui cinq ou six siècles d'existence, pour entrer dans une nouvelle manière d'être. Paul se demande comment il faut conforter cela et faire que ces communautés converties un peu comme un feu de paille, dans un moment d'enthousiasme, ce qui était fréquent dans certaines manifestations religieuses, devienne une démarche durable. Il dit quelque chose qui aura beaucoup d'importance par la suite, Paul parle de l'imitation : "Soyez mes imitateurs". Il ajoute : "Soyez les imitateurs de ceux qui font comme moi". Paul surpris du succès de sa mission d'évangélisateur dit aux Philippiens : je suis très heureux que vous soyez maintenant membres de la communauté qui appartient au Christ, mais quel va être le critère, ou le moyen de continuité de ce phénomène ? Et il dit clairement que c'est l'imitation.

Ce thème aura beaucoup d'importance par la suite. Toutes les grandes renaissances de mouvements religieux monastiques ou autres, parleront toujours de l'imitation apostolique. Les moines, les communautés religieuses auront comme but d'imiter, cela vient de là. De la même façon, dans un autre registre mais de la même inspiration, il y a un fameux ouvrage qui a façonné toute une spiritualité pendant quatre ou cinq siècles, d'un théologien, Tomas Kempis, qui s'appelle "L'imitation de Jésus-Christ". C'est l'idée fondamentale que la construction de l'Église, du corps, de la communauté chrétienne a besoin de références et non pas simplement d'une référence écrite, des textes promulgués, des lois, des évangiles, non, c'est l'imitation concrète les uns des autres. C'est peut-être un peu ce qui manque aujourd'hui dans nos communautés chrétiennes. On n'a plus cette référence concrète qui fait qu'on a envie d'imiter un frère, une sœur dont la vie est suffisamment édifiante. L'imitation chez les anciens n'a rien de la copie servile. Mais s'il y a un tel dynamisme dans un frère, cela a de l'importance pour moi, et je vais moi-même essayer de trouver à mon tour dans l'imitation de ce frère, quelque chose qui va dynamiser et donner une certaine plénitude à ma vie de chrétien.

Frères et sœurs, je crois que c'est assez important de réfléchir à tout cela, parce que nous avons un peu trop tendance, surtout depuis un certain temps de croire que c'est seulement la confrontation avec la parole de Dieu qui doit nous donner toutes les solutions. Or, ce n'est pas simplement en lisant l'évangile et en l'appliquant, mais c'est aussi : "Soyez mes imitateurs". Il y a des frères dont le comportement m'invite à réaliser pour moi-même cela même que eux suivent dans leur propre vie. Et c'est cela le ciment de l'Église, c'est le ciment de la charité, de la vie fraternelle.

Que cette exhortation de saint Paul nous incite à devenir des exemples imitables, ce qui n'est pas toujours très facile, j'en conviens, mais que nous sachions aussi ouvrir les yeux sur ce qui est imitable dans le cœur et la vie de nos frères. Peut-être que cela nous éveillerait à une vision plus profonde et concrète et plus proche de la vie fraternelle de nos communautés chrétiennes.

 

AMEN

 

 

 

 

 

 
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