AU FIL DES HOMELIES

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 JE SUIS LE CEP ET VOUS ETES LES SARMENTS

2 Co 5, 14-18 ; Jn 15, 1-8
Vendredi 22 avril 2016
Homélie du frère Daniel Bourgeois
 

 

Frères et Sœurs, nous abordons ce matin un passage très célèbre de l’évangile de saint Jean dans lequel le Christ déclare « Je suis le cep, le cep de vigne et vous êtes les sarments ». La plupart du temps, cette phrase est devenue tellement familière que nous ne réfléchissons plus du tout au côté extraordinaire et presque provoquant de cette déclaration. Pourquoi ? Parce que dans l’Ancien Testament, on utilise beaucoup l’image de la vigne, ce qui est généralement souligné. Mais quand les prophètes utilisent l’image de la vigne, c’est toujours Dieu qui est le maître de la vigne et la vigne, c’est Israël. C’est le fameux chant du début du prophète Isaïe « Que je chante à mon bien-aimé le chant de mon bien-aimé pour sa vigne ». Le bien-aimé, c’est Dieu qui est le propriétaire de la vigne et la vigne c’est Israël. 

 

De même dans un autre psaume, on dit « Il était une vigne, tu l’arraches d’Egypte, tu chasses les nations pour la planter » la vigne c’est Israël. Donc, c’est très simple : Dieu est le créateur, le maître ; et la vigne est la créature, la propriété du Dieu qui a créé cette vigne, qui en prend soin, qui la cultive et qui attend du fruit. Après, au hasard des différentes comparaisons, tantôt elle donne du fruit, tantôt elle donne du verjus, ou rien du tout, auquel cas elle n’est pas fidèle à sa vocation. 

 

Or, ici, d’entrée de jeu, Jésus bouleverse complètement cette image. Apparemment, c’est une image traditionnelle, mais il en change complètement le sens parce qu’il dit « JE suis la vigne ». La plupart du temps, on ne fait pas attention à cela. Il distingue dans la vigne, la vigne qu’il est lui-même et les sarments qui sont greffés sur la vigne. Autrement dit, le fils de Dieu est cette fois-ci du côté de la créature, ce qui change complètement la perspective. Dans l’autre cas, on ne pouvait pas dire que Dieu était la vigne, ça n’était pas pensable. Et ici précisément, c’est complètement changé. Il dit : « Le père est le vigneron - c’est la reprise de l’héritage traditionnel de la pensée dans les prophètes et les psaumes. Mais après il dit « Moi, je suis du côté de la vigne dont prend soin le Père ». Et il l’est d’une façon tout à fait extraordinaire parce qu’il est le cep de vigne, c’est-à-dire le principe vital du plant de vigne. Et nous, nous sommes les sarments, c’est-à-dire inexistants sans être branchés sur la vigne. Jésus se met délibérément de notre côté, du côté des créatures. Parce qu’il a pris chair, parce qu’il est entré dans la vie des hommes, parce qu’il est entré dans la vie du monde. Il est la vigne. Et c’est là qu’est tout le changement. Israël se considérait comme la propriété exclusive de Dieu. Mais Dieu était Dieu et la vigne était la vigne. Tandis qu’ici, Dieu est Dieu mon Père, le vigneron. Mais Dieu est aussi la vigne, le fils, le cep. 

 

Vous voyez toute la nouveauté de ce propos, c’est le problème de l’Eglise. Qu’est-ce que l’Eglise ? Ce n’est pas une sorte d’Israël nouveau, autre chose qu’on en a dit parfois, de façon assez maladroite d’ailleurs, parce qu’après les Juifs nous en ont beaucoup voulu à cause de ce qu’ils appellent la théorie de la substitution. Ça n’a rien à voir. Jésus est la vigne, c’est-à-dire il est l’humanité en tant que assumée par lui. C’est ça l’Eglise. C’est là où ça change tout, car à ce moment-là, le principe même de la vie de la vigne, de la vie de l’Eglise n’est plus la constitution d’un peuple, son originalité, sa singularité par rapport aux autres peuples. Le principe de constitution, c’est que c’est le fils de Dieu lui-même qui est la vigne. Par conséquent, notre propre identité religieuse n’est pas que nous nous distinguons de ceci, de cela, des animistes, des bouddhistes et de bien d’autres, c’est que nous sommes de la vigne du Christ. Et il nous est donné de le croire, de le vivre et de le réaliser. 

 

Vous voyez toute la différence : ça peut paraître bien prétentieux, mais pourtant c’est ça le mystère de l’Eglise. Le mystère de l’Eglise, ce n’est pas une religion qui s’additionne aux autres. En pratique, ça n’a rien à voir. Tant qu’on veut traiter la foi, la vie et l’Eglise chrétienne comme une donnée de l’histoire religieuse, ça apporte quelques éléments intéressants mais ça n’est pas le cœur du problème. Le cœur du problème, c’est la question de savoir comment Dieu, le fils de Dieu peut devenir la vigne. Et comment la vigne que nous sommes vit-elle comme sarments, comme la multitude des branches greffées sur le cep, comment nous pouvons vivre de la vie même de Dieu. C’est là que nous voyons que le principe même de la cons titution de l’Eglise, de la communauté de l’Eglise, n’est pas communautariste, comme on dit avec un mot à la mode aujourd’hui. Ce n’est pas la communauté qui est principe d’elle-même, c’est son appartenance au Christ, au fils de Dieu qui nous constitue nous-mêmes Eglise. Ça change complètement la perspective.

 

 
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