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 VIVRE DANS LE CHRIST RESSUSCITÉ

2 Co 4, 8-14 ; Jn 6, 51 + 60-69

Vendredi de la quatrième semaine après Pâques

(7 mai 2005)

Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

Sur le chemin de la conversion

I

 

l y a une chose extrêmement importante et décisive dans l'histoire de l'Église primitive, c'est la manière dont saint Paul a compris le message de l'évangile. Le passage de la deuxième épître aux Corinthiens que nous avons entendu tout à l'heure est un révélateur assez important. Comme on le sait, saint Paul n'a pas connu le Seigneur durant son enseignement sur les chemins de Galilée, il n'a pas été un disciple au sens classique du terme, comme le définit saint Luc, c'est-à-dire, celui qui a vu et connu Jésus auparavant, qui l'a vu et connu dans sa Résurrection, qui peut donc témoigner de l'identité du Seigneur vivant parmi nous et ressuscité dans la gloire. Saint Paul a vécu le chemin de Damas, et cela a assez profondément modifié par rapport aux éléments traditionnels de l'Église de Jérusalem, sa perception même du mystère de Jésus.

Déjà, la conversion. Quand Paul est sur le chemin de Damas, il comprend que celui qui a le pouvoir sur lui, de changer son cœur, d'en faire un disciple, ce n'est pas seulement celui dont on raconte qu'Il a été parmi nous. C'est celui dont il éprouve qu'Il est maintenant le Seigneur du monde entier, et que Jésus est celui qui vit présent partout dans le monde, et plus spécialement dans le cœur des croyants. Paul va développer toute une conception de la vie chrétienne que la communauté évidemment vivant mais sans pouvoir le dire (cela va mieux en le disant), dans laquelle il va prendre conscience progressivement que la puissance du Ressuscité est capable de rejoindre tout homme dans la situation où il est. C'est pourquoi on retrouve si souvent dans saint Paul ces formules du genre : "être dans le Christ", ou "l'Esprit qui est en moi". C'est le fait que Paul perçoit tout à coup que la présence du Ressuscité n'est plus simplement réductible à ce rapport personnel très simple et très naturel que les hommes ont entre eux, lorsqu'on est en face de quelqu'un d'autre, mais que c'est véritablement le Seigneur, celui qui est capable d'être présent à tout homme et de transfigurer radicalement la vie de tout homme.

C'est pourquoi Paul va développer dans toutes ses épîtres cette manière de montrer que toute notre vie, tous les éléments de notre vie humaine sont progressivement saisis par la puissance de la Résurrection du Christ. Pour lui, à ce moment-là, le Christ n'est pas simplement une sorte de principe céleste au-dessus de nous, dont on attend qu'on le verra un jour, mais c'est véritablement celui qui agit au cœur même de chaque croyant, particulièrement dans son apostolat. Si vous relisez le texte que nous avons lu, et notamment, ce magnifique texte de II Corinthiens, dans lequel il interprète son ministère, vous remarquerez la manière dont il parle de son ministère : c'est un ministère conforme à la Passion et à la Résurrection du Christ. Pas sur le modèle "de" la Passion et de la Résurrection du Christ, mais c'est vraiment le Christ souffrant, mort et ressuscité qui est en lui. Il le dira plus tard : "J'achève en ma chair ce qui manque à la Passion de Jésus-Christ". Cela ne veut pas dire que le Christ n'ait pas fait tout ce qu'il fallait, mais cela veut dire qu'aujourd'hui, la plénitude de la présence du Christ, c'est d'être présent dans la vie de tout homme, que ce soient ses souffrances, que ce soit son espérance, que ce soit la charité, que ce soit l'attente de la gloire.

Je crois qu'aujourd'hui, nous avons plus que jamais besoin de relire ces textes de Paul pour essayer de comprendre comment ils ont encore leur actualité dans notre propre vie. Notre vie n'est pas quelque chose qui se vit personnellement dans notre coin, mais c'est bien une réalité qui est profondément transfigurée et conditionnée par la puissance même du Christ ressuscité. C'est de cela que nous vivons, et c'est cela qui fait la vie chrétienne, c'est-à-dire : "Dans le Christ".

 

AMEN