AU FIL DES HOMELIES

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 LA FORTERESSE QUI NOUS PROTÈGE ?

Rm 8, 31-39 ; Jn 13, 31-35

(19 mai 2000)

Homélie du Frère Jean-François NOEL

Forteresse de l'Acrocorinthe

R

 

ien ne nous séparera de l'amour du Christ" ce qui veut dire que nous pourrions penser que tout nous sépare de l'amour du Christ : nous-mêmes, la gloire, l'honneur, le malheur, le monde, et même la hauteur, la longueur, ces choses abstraites que saint Paul décline dans cette liste. Nous pourrions voir les choses comme à l'envers, comme ces choses qui font obstacle, barrage entre Dieu et nous. Et si saint Paul explique avec cette fermeté qui lui est propre, dans ce texte, cette foi, non pas l'invincibilité de la foi au sens que lui donnerait le caractère invincible de la foi, mais un sorte de confiance totale, donnée sans retour, qui nous permet de voir les choses dans le bon sens et non pas uniquement dans le sens de notre point de vue à nous. Nous ne voyons pas cette relation de Dieu uniquement vue de notre côté, mais il faut que nous la voyons en considérant que nous sommes déjà Dieu, mais comme des incomplets, dans une relation amicale, d'échange. Si nous la considérons de par nous, à partir du centre que nous pensons être, alors nous trouverons peut-être mille raisons pour nous attacher, mais aussi pour nous détacher. Lorsque le matin ou pendant la journée vous considérez votre mari, votre épouse ou votre frère avec un air un peu distant, doucement teinté d'ironie, qui fait que vous connaissez à l'avance les tics, les tacs, et les tocs de vous et des autres, alors vous êtes sûrs que l'autre est mort symboliquement : "ah ! tu fais encore ça ? ça fait trente-huit ans..." ou tout ce temps qu'on se lève, qu'on se lave etc ... Il y a une façon d'envisager l'autre qui l'isole, qui le fait mourir à la relation, il est l'autre, mais l'autre dans son histoire, dans son royaume, dans sa forteresse, et nous construisons cette forteresse inattaquable, désespérante dans laquelle nous nous réfugions souvent. Je ne dis pas cela pour faciliter le mal, le péché qui nous donnera toujours l'envie de nous réfugier dans la forteresse que nous croyons imprenable. Il y aura toujours cet instant qui nous fait croire que si nous quittions un peu, que si nous étions davantage seuls, ça irait mieux. C'est l'instinct de la tortue, quand le mal la rejoint, la tortue s'enferme, quand nous sommes blessés, nous nous replions les ailes, la relation.

C'est pourquoi il nous faudra toujours combattre ce mouvement instinctif qui nous nous fait dire : comme j'ai mal, j'arrête de vivre, d'avoir une relation. Et saint Paul dit et nous disons avec lui : cet instinct, c'est la mauvaise lecture des choses qui nous entourent, c'est ainsi que nous pourrions croire que tout nous sépare de Dieu. L'argument est fort, il est facile quand ce sont des choses simples, mais il est beaucoup plus difficile à développer et à combattre dans les choses tragiques qui viennent justifier et nourrir notre repli. Mais notre vie est dans la relation, dans la communion, dans l'autre, dans le marchepied qu'est le prochain, qui nous permet d'exercer, d'affaiblir, notre envie instinctive de nous replier et d'être seul et de maintenir ce périmètre "hygiénique" que nous mettons autour de nous. Nous sommes, mes frères et sœurs, liés les uns aux autres, absolument liés et c'est l'Absolu qui nous lie.

Je termine par une histoire que j'aime bien. C'est un ange qui descend chercher les pécheurs sur la terre, toujours plein de zèle et qui descend sur l'échelle. Le principe même de l'ange est contraire à l'ascenseur, plus il est chargé et plus il monte vite. Il y a un pécheur plus malin dans la grappe des pécheurs qui sont agglutinés les uns aux autres, qui remuent les jambes pour faire tomber ceux qui sont dessous, évidemment, en remuant les jambes, dans cette ascension un peu vertigineuse, les pécheurs qui sont dessous tombent, et plus les pécheurs tombent, moins l'ange monte, c'est l'inverse de l'apesanteur, ou c'est l'apesanteur spirituelle, et à un certain moment, il n'y en a plus qu'un, alors l'ange s'arrête, et j'aime à penser qu'il va redescendre.

Nous ne monterons pas tout seuls, mais les uns avec les autres, donc, ne battons pas des pieds pour nous éloigner des autres, mais serrons les relations qui sont des relations de salut que nos anges et Dieu veulent pour chacun de nous.

 

AMEN

 

 

 
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