AU FIL DES HOMELIES

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LE JUGEMENT DU MONDE

1 Co 15, 35-44 ; Jn 12, 31-36

Vendredi de la quatrième semaine de Pâques – A

(15 mai 1981)

Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

F

 

rères et sœurs, lorsque le Christ prononçait cette parole c'était au moment où Il prophétisait sa mort : "Quand je serai élevé de terre, j'attirerai à moi !" En effet, le jugement du monde, c'est la mort du Christ, c'est-à-dire, c'est le déchaînement de la haine et de la violence contre Celui qui est, comme nul autre ne peut l'être, l'Innocent. Le jugement du monde, c'est toujours ce moment où les puissances du mal et du péché se déchaînent contre ce qui est la bonté, la miséricorde et la tendresse, contre ce qui est le cœur de Dieu. Si nous n'avons pas mesuré à quel point la mort du Christ est précisément le moment où le cœur de Dieu, dans sa chair, le cœur de Dieu, dans le mystère même de son Incarnation, est touché à vif par la haine et la violence des hommes, nous ne pouvons pas comprendre vraiment ce que c'est que notre foi.

En effet, le mystère de notre foi, c'est précisément que Dieu est infiniment vulnérable. Que Dieu, parce qu'Il est innocent, innocent comme personne ne peut l'être, au moment même où Dieu s'avance à notre rencontre, nous, nous déchaînons la force de notre péché. Tout le mystère de la présence de Dieu au monde est dans cette réalité : que Dieu, le Saint, et l'Innocent par excellence, se tient, vis-à-vis de chaque être, vis-à-vis de chaque homme, dans une proximité et dans un amour qui est vulnérable, qui est attaquable, dans la mesure même où c'est Dieu qui veut se rendre proche, infiniment vulnérable.

Et ce qui est extraordinaire, c'est qu'au moment même où la force du mal, la force infinie de cette rébellion de l'homme, parce qu'elle s'attaque à l'infini de Dieu, se déchaîne contre le Christ, son enfant, c'est à ce moment-là que nous est manifestée la force même de l'amour de Dieu. On ne peut rien contre elle. Nous avons beau déchaîner toutes les forces du mal, l'amour de Dieu sera infiniment plus fort et, au cœur même de cette fragilité et de cette vulnérabilité.

Frères et sœurs, je crois que c'est toujours un peu le jugement du monde à des degrés divers. Il y a des moments où nous le sentons davantage. Gardons-nous cependant d'avoir une sorte d'attitude de clan qui consiste à croire que parce que c'est celui que nous aimons de tout notre cœur et profondément qui a été touché dans sa chair, qu'à ce moment-là, la réalité est plus ignoble que dans d'autre moments où se déchaînent le péché et la violence. Simplement, elle nous manifeste plus clairement ce mystère même de notre péché à tous. Lorsque, par exemple, notre Père le Pape est atteint par les balles, est atteint par ce déchaînement de violence, c'est vraiment à ce moment-là l'image même de ce monde, de toutes les complicités que nous-mêmes avons au fond de notre cœur qui se déchaînent contre l'image du Christ pasteur éternel et gardien du troupeau.

C'est cela le jugement que nous vivons en ces jours-ci. Mais c'est aussi, dans ces moments-là que nous devons nous souvenir que c'est dans la réalité même de cet affrontement du mal, qui arrive à se rendre infiniment proche de la bonté infinie de Dieu, que la puissance du mal est vaincue, et que s'affirme plus que jamais la puissance de l'amour de Dieu dans la Résurrection de son Fils et dans la vie de son Église.

 

AMEN

 
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