AU FIL DES HOMELIES

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DEMEUREZ DANS MON AMOUR

1 Th 4, 13-18 ; Jn 15, 9-17

Vendredi de la quatrième semaine du temps pascal – C

(21 avril 1989)

Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

 

C

es paroles de saint Jean se situent immédia­tement après l'allégorie de la vigne qui est l'allégorie de la communication de la vie. Jésus a voulu reprendre l'image d'une plante, pour nous montrer que, fondamentalement, le Royaume était un mystère de communication de vie. Il faut que les sarments soient solidement attachés au cep pour que la vie qui est dans le cœur de la vigne, dans le cep, puisse se communiquer à toute la plante jusque dans les feuilles, les fleurs et les fruits.

Ainsi le mystère du Royaume que Jésus est venu inaugurer doit se comprendre comme un mys­tère de communication de vie à l'intérieur d'une tota­lité dont le Christ est précisément le cep. Il s'est fait homme pour que nous puissions, par notre propre nature humaine, être unis et liés à Lui, et qu'ainsi la vie circule en nous. Mais, et c'est là la différence entre la vigne et le corps du Christ ou le Royaume, Jésus prend bien soin de montrer que la circulation de la vie n'obéit pas à des lois biologiques. Lorsque le proces­sus de germination, de déploiement d'une plante est engagé, il se développe selon une série de contraintes, de codes qui font que si, effectivement les conditions nécessaires sont réunies, tout va se faire automati­quement. Et la communication de la vie, depuis la fine pointe des racines jusqu'à la fine pointe des sar­ments, se fera pour ainsi dire d'elle-même. C'est ce qu'on appelle "la nature".

Mais Jésus veut nous montrer que, dans le cas de cette vigne nouvelle qui est le Royaume de Dieu, la communication de la vie ne se passe pas automati­quement. C'est pour cela qu'Il dit : "Demeurez en mon amour !" Il ne dit pas : demeurez dans un processus automatique qui ferait de vous mes disciples Il dit : "Demeurez dans mon amour" car "Il n'y a pas de plus grande preuve d'amour que de donner sa vie pour ses amis !" C'est là où nous comprenons la nature tout à fait spécifique de cette plante qu'est le Royaume. Cette plante ne vit que par don libre de vie. C'est la différence avec les plantes ordinaires qui n'ont pas besoin de donner la vie à d'autres parties de la plante mais se la communiquent automatiquement.

Ici, l'amour même, c'est-à-dire l'initiative libre de donner quelque chose, est constitutif de la vie de la plante. C'est précisément cela qui s'appelle l'Église, la communion de la charité ou encore le corps mystique. C'est une vie analogue à la vie biologique ou à la vie zoologique ou à la vie végétale, mais c'est une vie dans laquelle le mécanisme même de la transmission de la vie est la liberté. C'est pour cela qu'il faut de­meurer dans l'amour du Christ parce que c'est l'amour qui se donne et qui nous donne ensuite de le recevoir et de le transmettre, et de créer cette communion les uns avec les autres, cette communion qui constitue l'essence même du commandement : "Aimez-vous les uns les autres comme Je vous ai aimés !" c'est-à-dire faites que ma vie circule dans cet énorme cep de vi­gne que Je suis et auquel vous êtes attachés, vous les sarments pour que vous portiez du fruit.

Cette communication de vie se fait par le don de soi-même, de la liberté, et c'est ce que Jésus ap­pelle le commandement. A ce moment-là, il ne s'agit pas d'une transmission anarchique où chacun fait comme il veut, sinon on ne comprendrait plus le pro­cessus même de la transmission de la vie. C'est un peu le cas de nos sociétés modernes dans lesquelles tout fonctionne un peu n'importe comment, avec cet indi­vidualisme excessif que l'on commence à dénoncer si effectivement la communication de la vie, par le don libre de soi-même à l'autre, se fait de façon tout à fait anarchique, alors il n'y a pas véritablement croissance de vie, il n'y a pas véritablement développement, constitution d'un corps mais c'est plutôt un attelage où chacun tire à hue et à dia. Et c'est cela que le Christ veut dire. Il faut que la transmission libre de la vie par l'amour puisse se faire "selon le commandement". Or ce commandement quel est-il ? C'est qu'Il est venu pour nous donner la vie. Il est don lui-même. Il faut donc que tout acte de transmission, de communion, de communication de la vie se fasse selon la manière dont Jésus Lui-même s'est donné. C'est précisément cela notre raison d'être. C'est pour cela que nous sommes des croyants.

Qu'en réfléchissant sur cette allégorie de la vigne, en essayant de voir ce qu'elle veut dire pour nous dans notre existence la plus simple, nous en re­découvrions toute la force, toute la sève, D'une part, il n'y a pas de communication de la vie sans l'acte libre d'un don de soi, sans initiative généreuse et libre de l'amour que chacun d'entre nous a reçu.

D'autre part, cette communication n'est pas anarchique, ne se fait pas n'importe comment, elle est réglée, de l'intérieur, par le commandement que le Christ a donné, c'est-à-dire la manière même dont Lui-même s'est donné, dans le mystère de sa mort et de sa résurrection.

 

AMEN

 

 

 
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