AU FIL DES HOMELIES

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LA VIGNE

Rm 8, 31-39 ; Jn 15, 1-8

Vendredi de la quatrième semaine de Pâques – A

(30 avril 1999)

Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

 

N

ous devons nous garder d'une approche ou d'une lecture un peu superficielle de cette parabole de la vigne. La plupart du temps, nous comprenons la vigne d'une façon purement "mé­canissiste", comme un assemblage ; nous croyons que le Christ veut dire simplement : "Je suis le cep" la partie principale de la vigne, et vous, vous êtes les accidents, les accessoires, vous êtes accrochés à la vigne, un peu comme on suspend des décorations, des guirlandes au sapin de Noël.

En réalité, si Jésus a choisi l'image de la vi­gne, c'est précisément pour combattre pour empêcher de comprendre notre rapport à lui et son rapport à nous de cette façon purement extérieure, presque mé­canique. La théologie moderne nous a peut-être trop habitués à voir les cellules comme juxtaposées les unes aux autres, chacune faisant son travail comme une espèce d'énorme chaîne de vie sociale, produc­trice de vie. Le Christ au contraire nous demande de bien comprendre quand il dit qu'il est la vigne, il en­veloppe les sarments, autrement dit, il n'y a pas le Christ et les sarments à côté, il y a le Christ avec les sarments dedans, il n'y a pas la vigne qui se réduirait à un cep, et les sarments qui s'ajouteraient au cep, mais il y a "la vigne", la totalité même du corps. Et c'est sans doute ce qui nous est le plus difficile à réaliser et à penser.

Nous sommes tellement habitués à voir les choses du côté cellulaire, c'est-à-dire, nous sommes une cellule et nous essayons au maximum de sauve­garder notre autonomie et notre indépendance, que le sarment soit demeurer dans la vigne, être la vigne, et par conséquent, quand le Christ dit qu'il est la vigne, il veut dire que désormais, on ne pourra plus dissocier son corps personnel humain, ressuscité, de ce corps que nous sommes chacun d'entre nous, constituant l'Église, et qu'il n'y a pas juxtaposition, accrochage, lien externe, mais il y a superposition, imbrication mutuelle, nous sommes le corps du Christ, Il est la vigne, donc chacun d'entre nous est cette part de la vigne. Cela suppose que nous ne réagissions plus ni face à cette parabole, ni surtout au mystère de l'Église, comme un certain nombre de gens, qui aujourd'hui disent : le Christ, j'arrive à y croire, mais l'Église, c'est beaucoup plus difficile à accepter. On ne peut pas dire cela, on ne peut pas dissocier le Christ de l'Église, on ne peut pas envisager le Christ comme indépendant de son Église, et l'Église à côté, hors du Christ, comme dans sa suite. L'Église est vraiment, réellement, le corps du Christ, et c'est une chose extraordinaire que le Christ lui-même aujourd'hui porte des fruits de résurrection, dans les sarments que nous sommes. Mais les fruits que nous portons ne sont pas les nô­tres, c'est la grâce. Car finalement, c'est bien cela le sens de la parabole de la vigne, c'est la parabole de la grâce, ce n'est pas la parabole de la transmission, ce n'est pas la parabole hydraulique de la conduite de la sève à travers les canaux, si le Christ a voulu utiliser la parabole de la vigne, cet arbre vivant qu'est la vi­gne, c'est pour montrer que précisément, c'est la même vie, la même sève qui coule en lui, dans son humanité, lui le Verbe incarné, et qui coule ensuite dans notre propre vie, notre humanité greffée, fondée, vivifiée par lui.

Que cette méditation sur la parabole de la vi­gne nous ramène au centre même de notre vie chré­tienne, qui est de vivre de la vie de Dieu comme don, comme grâce, non pas une vie qui se diffuse ou qui se distribue mais la vie totale et entière qui se retrouve dans chacune des cellules, dans chacun des membres de la vie du Christ, en chacun d'entre nous.

 

 

AMEN

 

 
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