AU FIL DES HOMELIES

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 UNITÉ DANS LA DIVERSITÉ

Rm 8, 31-39 ; Jn 15, 21-8

Samedi de la quatrième semaine de Pâques – C

(30 avril 2010)

Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

Unité du cep et diversité des sarments

 

F

rères et sœurs, à travers cette métaphore de la vigne, Jésus veut attirer notre attention sur un point qui est sans doute essentiel aujourd'hui, c'est celui du mystère de l'unité de l'Église. C'est bien connu, toute la deuxième partie de l'évangile de Jean à partir du chapitre douzième jusqu'au moment de la Passion nous montre Jésus invitant ses disciples à garder l'unité, à garder la paix, à garder la communion. L'une des images qui a eu la plus grande fortune c'est celle de la vigne qui montre à quel point les disciples de Jésus doivent rester dans l'unité et la communion, la multiplicité des sarments greffés sur l'unique cep, le Christ lui-même.

Simplement, ce qui prête parfois à des interprétations parfois un peu étonnantes, c'est le fait que nous imaginions que l'unité se maintient uniquement comme quelque chose d'indéfiniment répété, comme quelque chose de complètement uniformisé, comme quelque chose qui vit dans la répétition, l'obsession, toujours l'identité toujours la même. C'est sans doute la manière apparemment la plus simple et la plus sécurisante de réaliser l'unité, c'est de faire que tout le monde suive les mêmes schémas, les mêmes modèles, les mêmes manières d'être, les mêmes manières de faire.

Et pourtant, ce que Jésus veut montrer à travers une image comme celle de la vigne, c'est que l'unité n'est pas le résultat de l'identité ou de la similitude des éléments. C'est sûr que lorsqu'on regarde une chaîne de voitures, on peut vraiment parler d'une unité de production, puisque pratiquement toutes les voitures de la chaîne sont bâties sur le même modèle, à quelques variantes près. Mais ce qui fait l'unité d'un pied de vigne, ce n'est pas que toutes les branches se ressemblent. Au contraire, si l'on y regarde d'un peu près, chaque branche a son histoire, sa forme, son développement, sa manière de porter les feuilles, les fleurs, et enfin les fruits. C'est précisément ce que Jésus veut montrer en disant que l'unité n'est pas un des éléments, mais que l'unité est plus que la collection d'éléments semblables. On peut imaginer que l'unité de l'Église serait celle d'une armée, tous les soldats, avec le même uniforme, le même équipement, marchant au pas, obéissant aux mêmes ordres. Or, une vigne n'est pas comme ça. Une vigne par rapport à une armée bien organisée a quelque chose d'un peu anarchique, d'un peu bizarre, d'un peu étonnant. C'est bien le même principe de vie qui passe dans chacune des branches et chacun des sarments, mais cet unique principe de vie se réalise concrètement dans la différenciation de chacun des sarments de la vigne.

C'est précisément cela l'Église. L'Église ce n'est pas la reproduction à l'infini du même modèle, ce n'est pas la répétition dans l'identité, c'est un unique principe, l'unité est tout entière du côté de Dieu, du côté du Christ. Dans la comparaison, l'unité est tout entière du côté du cep, du porteur, de celui qui transmet, qui va puiser la vie et qui la transmet à chacune des branches. Ensuite, les branches elles-mêmes, nécessairement, vivent dans une certaine diversité.

C'est pour cela que l'histoire de l'Église est pleine de ces conflits dans lesquels on a cru pouvoir réduire ou simplifier l'unité même de l'Église à l'identité, le "toujours le même", l'institutionnel indéfiniment répété, alors qu'en réalité, l'unité ne vient pas des éléments qui se ressemblent, elle vient du principe transcendant qui est le Christ. C'est ce que Jésus a expliqué à ses disciples. C'est ce dont nous avons encore à témoigner aujourd'hui. Parfois certains se plaignent que l'Église ait pris des visages si différents, presque à nos yeux humains, incompatibles. Mais au fond, qu'en savons-nous ? Ce qui est l'objet de l'unité, c'est en matière de foi. Si l'unité c'était simplement la même manière que tout le monde aurait de célébrer, de dire les mêmes paroles en même temps, de la même façon, à ce moment-là nous serions en train de créer le monde ecclésial le plus ennuyeux du monde.

Mais l'unité, elle est donnée. Elle n'est pas conquise, elle n'est pas maîtrisée par l'action, elle est de grâce, elle est donnée.

Demandons au Seigneur qu'à travers cette image, cette parabole de la vigne, nous puissions à la fois mieux comprendre ce qui fait notre unité à l'intérieur de l'Église et même d'une certaine manière l'unité entre les Églises. Car comme le Concile Vatican II l'a rappelé, l'unité n'est pas totalement perdue entre les différentes Églises, c'est une communion qui est en voie de se reconstituer. Il y a quand même une certaine communion, il y a un seul baptême, il y a un seul Christ, il y a une seule foi en la Trinité. Mais en même temps que nous connaissions ce mystère de l'unité, que nous sachions aussi que cette unité, de tout façon vient de Dieu et que dans la mesure où elle se communique à la diversité des hommes et de l'humanité créée, cette unité ne pourra jamais prendre dans notre histoire et dans notre temps, et peut-être même dans le Royaume de Dieu qu'une certaine forme de diversité, de multiplicité, d'inventivité qui fait que l'Église à la fois est toujours la même par grâce, par don de Dieu, mais qu'en même temps, à cause de son statut et de son existence créée, elle reflète toujours et c'est indispensable, cette merveille de la grâce de Dieu selon les multiples modes de la diversité.

 

 

AMEN

 

 
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