AU FIL DES HOMELIES

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QUESTION D’OREILLE !

Ph 3, 17-21 ; Jn 6, 51+60-69

Vendredi de la quatrième semaine de Pâques – B

(12 mai 2006)

Homélie du Frère Jean-François NOEL

 

L

e Christ apparemment savait avec quelles oreilles les disciples l’écoutaient. Nous avons plusieurs oreilles, plusieurs types d’oreilles, et ces oreilles que nous déployons à l’égard de telles paroles, sont souvent à la hauteur de ce que nous attendons d’entendre. Il précise : "Il savait en effet dès le commencement ceux qui ne croyaient pas et celui qui le livrerait". Il n’y a pas confusion d’ailleurs entre le traître et celui qui ne croit pas, mais il y a une sorte de première ouverture à la personne du Christ et à sa parole, et rien ne change après. Il y a une première adhésion qui est une adhésion plus large que la raison (en tout cas pour ma part), et les premiers apôtres, d’ailleurs, saint Pierre va le dire après : mais, où irai-je ailleurs puisque ces paroles que j’ai entendues dans ta bouche résonnent comme une parole d’éternité et donc de vérité absolue.

Tout dépend de la première fois, du premier contact, de la première rencontre. Pour certains, cette parole a pénétré si profondément qu’elle a touché la moelle, et qu’elle a touché la moelle même entre le rationnel et l’irrationnel, cette chose a eu un écho si profond et si total qu’il est même possible qu’il n’en ait pas pris conscience sur le moment, mais qu’au fur et à mesure, s’est confirmé l’impact de cette parole. Mais l’impact a eu lieu, comme un premier impact. Et puis, il y a celui qui oppose un filtre et qui voudrait bien entendre un certain nombre de confirmation de ses opinions, de ses croyances, et lui, il exerce un conduit d’oreille plus étroit puisqu’il veut seulement qu’on vienne confirmer ce qu’il pense qu’on doit lui dire.

L’avantage avec l’évangile, c’est que nous sommes à la fois ceux qui opposons une écoute préconstruite, une écoute réduite, et puis, il y a celui qui en moi, continue à accepter d’être un peu débordé par une parole dont il ne saurait encore rien mais qui pourrait le rejoindre et à laquelle il accorderait un jour un crédit plus large. On voit bien que le Christ ne peut pas convaincre. Il n’est pas dans une sorte d’argumentation : j’ai raison, tu n’as pas encore compris, un jour, tu vas comprendre. Il y a un premier contact entre lui et cette parole, et l’on ne peut pas différencier le Christ de la parole qu’il énonce, qui touche presque à leur insu ceux qu’il rencontre. Si nous sommes là, c’est que nous avons été rejoints, et je parlerais même de mariage, nous sommes touchés comme une épouse est touchée par l’amour, par son époux, nous sommes touchés par cette personne et par cette parole, même si les effets encore du mariage n’ont pas permis de nous féconder complètement par la rencontre de cette parole.

Nous pensons qu’un jour, nous serons totalement épousés. C’est comme si cette première rencontre avait soulevé une hypothèse qu’un jour, je pourrais donner à Dieu une réponse magnifique et définitive de moi-même, mais je ne l’ai pas encore donnée. Le Christ sait, et cela ne dépend pas de sa force de persuasion, cela dépend de l’accueil que nous lui accordons. Ensuite, l’alchimie est très complexe pour savoir quelle oreille ou quel corps notre chair accueille cet Esprit. Qu’offrons-nous à Dieu comme surface d’accueil ?

Que le cri de Pierre qui, toujours en premier de cordée qu’il est, dit la phrase qu’il faut au moment où il faut : "Tu as les paroles", tu as dit, tu ne peux pas revenir là-dessus, que ces paroles de vie éternelle nous permettent, sans renier ce que nous sommes, de nous ouvrir à la vie que Dieu veut nous donner à travers sa Parole.

 

AMEN

 

 

 
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