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L'ALLIANCE SCELLÉE PAR DIEU

Rm 8, 31-39 ; Jn 12, 35-36

Vendredi de la quatrième semaine de Pâques – A

(20 mai 2011)

Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

 

Mauriac : les fonts baptismaux

Q

ue dire après cela : si Dieu est pour nous, qui sera contre nous ?"

Frères et sœurs, ce texte est un texte classique de saint Paul dans l'épître aux Romains qu'on utilise généralement pour les obsèques, pour dire que le Christ est ressuscité et que donc nous ressusciterons aussi. C'est sûr qu'à ce moment-là dans la liturgie des morts, il nous apparaît comme un texte de consolation, de soutien, de réconfort, ce qui n'est pas si mal surtout dans des moments difficiles mais en réalité, ce texte conclut toute la première partie de l'épître aux Romains et il veut dire encore autre chose.

Qu'est-ce que Paul veut démontrer dans cette épître aux Romains qui est un des textes les plus importants du Nouveau Testament ? Il veut dire : nous sommes tous dans un régime de pécheurs, nous sommes tous en manque par rapport à Dieu. Que nous soyons juifs, que nous soyons grecs, que nous obéissions à la Loi ou que nous n'y obéissions pas, de toute façon ce n'est jamais possible d'obéir parfaitement à la Loi, nous sommes tous sous le régime de la colère de Dieu. Ce qui fait la transformation et le bouleversement de ce régime, c'est le fait que le Christ, Fils de Dieu, Fils de David, s'est incarné dans notre condition humaine, et qu'il a retourné notre condition humaine. Nous ne sommes plus sous la colère de Dieu, mais à cause de la puissance du salut de Jésus-Christ, nous sommes sous la mouvance du salut, de la grâce de Dieu, de l'amitié divine. C'est ce qu'il appelle la justification qui n'est pas à comprendre comme une sorte de processus pour nous laver la conscience et nous dire que nous sommes impeccables, mais c'est le rétablissement de l'amitié divine alors qu'auparavant nous n'y étions pas.

Ensuite, après avoir établi ce fait central, qui est le cœur même de l'épître aux Romains, Paul explique comment cela nous arrive. Cela nous arrive par la dimension du signe sacramentel du baptême, et en même temps pas le fait que dans ce geste baptismal nous est donné l'Esprit Saint qui va nous permettre de vivre selon cette justification, selon cette amitié divine. Il explique que la vie des chrétiens (il s'adresse aux Romains et à nous tous), peut sembler participer ou se dérouler sous le même régime qu'avant, c'est toujours la colère de Dieu, le mal, la mort, la souffrance, mais le Christ nous fait vivre sous l'Esprit. Vers la fin de ce long développement jusqu'au chapitre huitième de son épître, Paul explique que désormais le chrétien, celui qui a été sauvé par la croix et la résurrection du Christ, ne vit plus selon le régime de la colère, selon le régime de la réprobation, mais désormais, sans qu'il y soit pour rien, par la foi seule, par l'adhésion au Christ et par le fait d'accueillir le salut et la grâce qui lui est donné, ce chrétien vit selon l'Esprit et il explique ce que cela veut dire.

Tout à la fin, c'est le passage que nous avons entendu, saint Paul a comme une sorte de petit repentir. Il se dit : je raconte tout cela à mes interlocuteurs de Rome, mais ils seraient tout à fait capables de dire : oui, d'accord, c'est très beau que désormais nous soyons sauvés justifiés, que nous vivons dans le régime normal de l'amitié de Dieu, mais en attendant, même si nous ne vivons plus sous la colère de Dieu, nous serons voués à la mort, nous serons voués à la persécution, aux angoisses, à la tristesse. Et saint Paul dans une sorte d'envolée extraordinaire, explique que c'est vrai qu'apparemment nous vivons comme les autres humains qui sont encore sous le régime de la colère, mais à partir du moment où nous avons été sauvés par le Christ, le régime est différent parce Dieu s'est lié à l'homme par le geste du baptême et du don de la grâce, et ce geste-là, rien ne peut aller contre lui. C'est le sens de cette phrase : "Qui pourra nous séparer de l'amour du Christ ?" A partir du moment où Dieu lui-même s'est lié au sort d'une humanité qu'il veut réintroduire dans son amitié par la puissance de son Esprit Saint, qu'est-ce qui peut abîmer, blesser, dénaturer cette relation ?

C'est pour cela que dans cette espèce d'exaltation lyrique, saint Paul dit : "Ni les anges, ni les Puissances, ni le ciel, ni toute la création, ni le présent, ni l'avenir", rien ne pourra entamer cette réalité du salut que Dieu nous a donné dans le Christ. On comprend alors pourquoi on utilise ce texte pour la célébration des obsèques, mais c'est beaucoup plus large que cela. C'est le principe même de notre existence. Aujourd'hui, chaque jour, la seule chose que nous devrions nous dire le matin en nous réveillant, c'est : "Qui pourra nous séparer de l'amour du Christ ?" C'est-à-dire qui peut créer à l'intérieur de cette Alliance que Dieu a scellée, et qui vient de lui et qui est fondée en lui, d'une manière ou d'une autre, quelque chose qui pourrait entamer la pérennité et le caractère absolu de cette Alliance ?

Dès que Paul a dit cela, c'est ce qui fait l'articulation avec les deux chapitres suivants où il traite la question de la situation des juifs à son époque. A partir du moment où il vient dans ce passage, d'affirmer que l'Alliance ne peut plus être mise en cause, ne peut plus être contestée et qu'elle a une valeur absolue, mais alors, qu'en est-il de l'Alliance qu'il a passé avec le peuple juif ? C'est ce qui enchaîne la dernière partie de l'épître aux Romains où Paul essaie de montrer qu'à partir du moment où Dieu a fait Alliance, même si les hommes n'obéissent pas à l'Alliance Dieu ne revient pas sur son engagement.

Ce passage que nous venons d'entendre plus spécialement au temps pascal à cause de la résurrection qui est la manifestation de la mise en œuvre définitive de l'Alliance et scellée de façon irréfragable, Paul explique que tout le problème est de savoir comment concevoir l'Alliance avec Dieu. Quand on considère l'Alliance entre des humains, évidemment, elle est toujours fragile, elle a la fragilité de la liberté humaine, de la temporalité, et de temps en temps, cela ne marche pas. Mais si Dieu passe une Alliance du cœur même de sa vie éternelle et qu'il veut se communiquer lui-même comme contenu de l'Alliance, comment cette Alliance pourrait-elle échouer ? C'est pour cela que ce petit passage de l'épître aux Romains est si décisif, c'est la clé de cette épître, c'est le fait de savoir ce qu'on entend par une Alliance que Dieu scelle avec nous. C'est encore une question terriblement présente qui devrait être au cœur de nos vies.

 

AMEN