AU FIL DES HOMELIES

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L'ESPRIT SAINT, DON DU CŒUR DE DIEU

Ac 2, 1-11 ; Ga 5, 16-25 ; Jn 15, 26-27 et 16, 12-15
Dimanche de Pentecôte – année B (20 mai 2018)
Homélie du frère Daniel BOURGEOIS

« Recevez l’Esprit Saint ».

Frères et sœurs, vous me permettrez de poser une question assez brutale aujourd’hui, qui vous surprendra sans doute : « Les chrétiens sont-ils mythomanes ? » Effectivement, le comportement des chrétiens peut surprendre : tout à l’heure, nous allons plonger Domitille et Thomas dans une bassine d’eau, et nous dirons qu’ils deviennent fils et fille de Dieu : il faut le croire ! Ensuite, nous allons célébrer l’Eucharistie : je vais prendre un peu de pain et dire au nom du Seigneur : « Ceci est mon corps », c'est-à-dire : « Ce pain est le corps du Fils de Dieu » ; même chose pour la coupe : je prends la coupe en main en disant : « Prenez et buvez-en tous, ceci est mon sang ». Et l’Église nous dit que ce n’est pas simplement de la littérature, ni un beau geste, nous recevons vraiment le corps et le sang du Christ, la vie de Dieu, personnelle, présente dans le cœur de chacun d’entre nous par la communion.

Nous pourrions penser alors que le christianisme fait comme toutes les autres religions, il utilise des symboles, des gestes magnifiques conservés comme souvenirs : en Inde, ce sont les vaches sacrées, en Arabie, c’est le ramadan, etc. Il faut bien, à certains moments, poser un certain nombre de gestes symboliques, plus ou moins difficiles à faire. D’ailleurs, chez les chrétiens, nous sommes plutôt souples car nous sommes sûrement moins exigeants pour le carême que les musulmans pour le ramadan, mais nous pensons qu’il faut des symboles, des signes car la religion est faite avec cela. Certes, mais s’il s’agit simplement de signes, quelle en est la signification ? Domitille et Thomas vont-ils vraiment devenir enfants de Dieu, oui ou non ? Quand nous tendons la main pour recevoir cette petite parcelle de pain,  croyons-nous vraiment que nous recevons le corps du Christ, Celui qui a vécu parmi nous, qui a donné son sang, qui a donné sa vie ? Les chrétiens sont-ils mythomanes ?

C’est un problème que je ne prétends pas résoudre aujourd’hui en deux coups de cuillère à pot. En fait, essayons de comprendre simplement pourquoi nous fêtons aujourd’hui l’Esprit Saint. Bien sûr, lorsque Jésus a quitté ses disciples, Il se rendait bien compte que ce qu’Il leur proposait à croire était extrêmement difficile. Il savait très bien que cela ne fonctionnerait pas tous les jours, Il savait très bien que des disciples seraient infidèles, et que d’autres partiraient, que d’autres diraient que c’est trop difficile à croire. Tout cela est rapporté dans les Évangiles. Mais Il voulait que ce qu’Il était venu apporter puisse durer à travers toute la vie de l’humanité. Ainsi, Il a voulu qu’une force spirituelle, une dynamique traverse le cœur des communautés pour les affermir dans la foi, pour ne pas être de simples mythomanes, et pour que ce que l’on dit, ce que l’on proclame, ce que l’on vit, soit vrai encore aujourd’hui, dans toutes les époques où il y aura des chrétiens, des disciples du Christ pour le croire.

Pour mieux le comprendre, je voudrais attirer votre attention sur un fait tout à fait banal. Aujourd’hui, sauf pour quelques résistants invétérés, nous avons tous un portable, nous regardons tous sur internet… Que voyons-nous sur un écran ? Nous ne voyons que des points lumineux, des points rouges, jaunes, verts, assemblés d’une certaine façon. Même chose pour les sons, quand nous mettons un portable à l’oreille, nous entendons des vibrations sonores. Or à certains moments, ces points lumineux ou ces vibrations sonores ont un prix infini à nos yeux : lorsque Monsieur est parti pour quelques jours, qu’il envoie un petit message à sa femme et à ses enfants en disant : « Je vous aime et je pense à vous à Honolulu ou à Singapour », on s’aperçoit que la petite vidéo qui l’accompagne ne consiste pas en de simples points lumineux. C’est extraordinaire, c’est la présence, lointaine, mais réelle qui nous dit que l’amour que Monsieur a dans le cœur pour sa famille est vrai. Simplement, il n’envoie que des points lumineux, et il est sûr qu’on aime beaucoup plus son mari ou sa femme que l’on n’aime son portable ou les images qu’il y a sur l’écran, parce que cela nous dit la présence.

Finalement le Saint Esprit, c’est à peu près la même chose. Sans communiquer par portable, Il suscite dans notre cœur des choses très belles, très profondes, l’image même de ce qu’Il veut nous dire : ce ne sont pas simplement des pixels sur une petite surface de verre, c’est la vérité. Celui qui vous dit et qui vous confirme là-dedans, c’est l’Esprit de Dieu, l’Esprit du Christ, ce n’est pas simplement un rappel, une photo, une image ou une vidéo, c’est le Christ qui est derrière, et qui nous dit vraiment, en toute vérité : « Ce que Je vous dis là, est vrai, profond, vous pouvez y croire, et vous pouvez le faire vôtre de façon radicale ».

La conséquence est très grande : pour nous chrétiens, quand nous disons que nous sommes croyants, il ne faut pas se tromper de manière de penser. Trop de gens croient que la foi consiste en des certitudes. En réalité, qui détient le secret ? C’est celui qui envoie les images, c’est l’Esprit Saint ; autrement dit, cette vérité, le secret, se trouve dans le cœur de l’autre, il est ailleurs et si je puis y croire, c’est parce qu’ailleurs, il y a quelque chose de vrai, que je prends comme quelque chose de donné, de reçu, comme un cadeau. Voilà pourquoi l’Esprit Saint s’est appelé le don du Très Haut, le cadeau. C’est celui qui nous dit : « Tout ce que Je vous ai apporté, tout ce que J’ai éveillé dans votre cœur, tout ce que Je vais susciter dans le cœur de Domitille et Thomas à travers leur baptême, tout cela vient de Moi ».

Mais qui est le propriétaire de cette vérité ? Ce n’est pas nous, c’est Dieu, et c’est cela que nous fêtons aujourd’hui, c’est pour cela que je comprends très bien que les disciples aient eu un tout petit peu l’air éméchés, parce qu’ils étaient transportés, pris par une vérité, une conviction, une foi qui ne venaient pas d’eux-mêmes.

Voilà ce que nous devons essayer de renouveler dans notre cœur aujourd’hui. Au moment même où nous allons baptiser Domitille et Thomas, nous allons chanter le « Je crois en Dieu ». Pourquoi le chanter ? La musique grandit un texte, grandit la vérité. Aujourd’hui, quand nous chantons pour Domitille et Thomas, devant Dieu, toute la communauté, quand nous chantons le Credo, c’est comme si nous leur disions : « Ecoutez, cette vérité, cette foi que nous voulons vous transmettre, est plus grande que nous, nous la chantons pour vous, mais son secret est dans le cœur de Dieu ».

Alors, frères et sœurs, laissons-nous saisir par la force de l’Esprit. N’essayons pas de le saisir ni de le maîtriser, laissons-nous saisir par Lui, c’est Lui qui éveillera dans notre cœur les justes attitudes, les justes comportements, les moments inspirés de notre vie qui nous feront rejoindre la force et la puissance de l’amour de Dieu. C’est ce que l’on souhaite aujourd’hui à Domitille et à Thomas, et je pense que le jour de la Pentecôte, c’est ce que l’on devrait tous se souhaiter les uns aux autres. Amen.

 
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