AU FIL DES HOMELIES

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LE REGARD DU TOURNESOL

Ac 2, 1-11 ; 1 Co 12, 3b-13 ; Jn 20, 19-23.
Pentecôte – année A (dimanche 31 mai 2020)
Homélie du frère Daniel BOURGEOIS

Eh oui, frères et sœurs, on m’a dit que le masque rendait plus difficiles à entendre les paroles de mon sermon, alors je vais faire un effort d’abord d’articulation, comme vous voyez, et ensuite je protègerai le micro pour ne rien transmette à Jean-Rémi tout à l’heure quand il vous fera chanter le credo.

Je voudrais simplement vous faire un très petit sermon, mais très important. Que s’est-il passé ce jour-là ? Tout le monde le sait : c’est ce qu’on appelle un miracle de glossolalie, c'est-à-dire que des hommes parlent dans le langage qu’ils connaissent et tous ceux qui sont autour comprennent de quoi il s’agit. Jusqu’à maintenant, les grands spécialistes de phoniatrie n’ont pas réussi à expliquer comment cela se passe, mais de fait il y a souvent dans des manifestations religieuses des phénomènes de glossolalie. Les groupes charismatiques se sont régalés à reprendre ce phénomène, mais la conséquence est que la plupart du temps, ceux qui sont autour d’eux ne comprennent absolument pas ce qu’ils veulent dire, c’est donc à moitié réussi.

Ainsi, les Apôtres parlent, proclament le salut et chacun les entend dans sa propre langue. Luc prend un malin plaisir à essayer d’énumérer quelles étaient toutes ces populations juives en diaspora, en émigration, qui venaient à Jérusalem par piété pour célébrer le moment même des grands pèlerinages, donc ici Pentecôte, le pèlerinage où on apporte les prémices de ses récoltes, où l’on vient faire des offrandes au Temple. C’était cela la fête de ce jour-là, et le Seigneur a choisi ce moment-là pour envoyer son Esprit Saint. Et que s’est-il passé ? Rien du tout : en fait, je voudrais essayer de vous expliquer ce qui s’est passé à travers une image qui, pour nous, les Provençaux, est très familière. Que ceux qui habitent un peu plus au nord veuillent bien me pardonner, bien que je croie que maintenant cette plante a aussi émigré vers le nord : ce sont les tournesols. Je ne sais pas si vous avez déjà été fascinés par les tournesols, moi, je le suis toujours, non seulement parce que c’est très beau, mais aussi parce que jeVan Gogh Tournesols descends de l’est où il y a quand même un peu moins de tournesols, et quand on voit ces grands champs de tournesols ici en plein été, c’est absolument fabuleux. Les Provençaux ne se rendent pas compte du bonheur qu’ils ont d’avoir des champs de tournesols. Vous savez que c’est une plante qui vient d’Amérique et le premier endroit où elle a été acclimatée, c’est près de Nîmes, près de Lunel.

Or, qu’est-ce qui fait la beauté et le charme des tournesols ? Évidemment, c’est leur couleur, parce qu’ils sont capables de faire rayonner ce jaune absolument unique, qui plaisait tant au frère Jean-Philippe, et qui traduit un certain bonheur… C’est l’or ! Il y a une sorte d’opulence, mais en même temps, il y a comme une affinité entre le tournesol et le soleil : le soleil ressemble à un tournesol, à vue très humaine, avec la corolle de ses rayons, avec le feu de son illumination, il éblouit, mais c’est le soleil, et c’est le tournesol source. Mais ce qui est extraordinaire, c’est qu’il y a eu, dans le monde végétal, une plante qui a eu l’idée, si je puis dire, de se configurer au soleil, et non seulement de s’y configurer par la forme, mais aussi par l’art de recevoir les rayons du soleil, puisque vous savez que si cela s’appelle les tournesols, c’est parce qu’il y a un mouvement qui va d’est en ouest chaque jour. Nous interprétons cela par des raisons bassement matérielles, c’est pour capter plus de lumière et activer la photosynthèse. Mais sur le fond, je préfère interpréter cela de façon poétique : au moment même où le tournesol est mis en présence du soleil, il a envie de se tourner vers lui.

C’est exactement cette lumière-là qui a été, si je puis dire, le don de Dieu par l’Esprit. L’Esprit n’est pas simplement de la lumière, Il est de la lumière qui suscite en nous le désir de découvrir la lumière, de la recueillir et de l’accueillir. C’est pour cela que cette fête est si belle et si grande. Dieu, l’Esprit Saint, n’a pas voulu transformer les hommes en leur disant : « Maintenant vous allez parler tous la même langue, tous en latin ». Mais Il a dit simplement : « Parthes, Mèdes, Élamites, habitants de Libye, de Cyrène, de Cyrénaïque, vous-mêmes, vous allez recevoir la lumière de la parole et du salut ». Autrement dit, la Pentecôte n’est pas une transformation de l’humanité comme si c’était la fin, au moment où Dieu veut accomplir définitivement son projet sur nous. La Pentecôte, c’est une sorte de transformation à la mesure même de ce que nous sommes et que nous vivons aujourd’hui : nous restons tous des Parthes, des Mèdes, des Élamites, des Provençaux, des Parisiens, tout ce que vous voudrez, le meilleur et le pire, nous sommes tous devant le soleil de l’Esprit et chacun d’entre nous est visité par cette lumière, qui peut nous tourner vers Lui, si nous acceptons de la découvrir et de la faire nôtre.

Frères et sœurs, la Pentecôte, c’est cela : ce n’est pas une négation de ce que nous étions auparavant. Au contraire, c’est le moment où Dieu se rend compte que ce qu’Il a répandu, ce qu’Il a opéré, pour nous, parmi nous, Il l’a fait sur un tout petit territoire : la Galilée, Jérusalem, et un peu la Samarie. Et il faut maintenant que cela gagne le monde entier. Alors, est-ce que le projet de l’Église, est-ce que le projet de Dieu, c’est de transformer ce monde et de l’améliorer ? Après vingt siècles, avouez que l’on a quelques raisons d’en douter. Non, il s’agit, pour Dieu, de faire simplement briller sa lumière. Il la donne à tous les tournesols qui veulent bien se tourner vers Lui et L’accueillir.

Frères et sœurs, après les difficultés et la crise que nous avons connues et qui risquent de continuer sur d’autres registres et de façon encore plus terrible, n’oublions jamais les tournesols : nous sommes là simplement pour accueillir la lumière de Dieu. Qu’en sera-t-il de ce monde dans dix ans, dans vingt ans ? Nous n’en savons rien. Comment échapperons-nous ou comment nous sortirons-nous de cette crise économique qui s’annonce ? Nous n’en savons rien. Mais la seule chose que nous pouvons savoir, c’est que si nous voulons bien avoir cette attitude d’accueil, cette espèce de regard mystérieux des tournesols, comme les peignait Van Gogh, à ce moment-là nous saurons redécouvrir au plus intime de nous-mêmes cette présence de Dieu par son Esprit Saint, c’est tout ce que l’on peut se souhaiter aujourd’hui.

 

 
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