AU FIL DES HOMELIES

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LA BÉNÉDICTION

Lc 24, 46-53

Vigiles du septième dimanche de Pâques – A

(3 juin 1984)

Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

E

 

t tandis que Jésus les bénissait, Il se sépara d'eux et fut enlevé dans le ciel, à la droite du Père." C'est pendant que Jésus bénissait ses disciples que se passe l'évènement de l'Ascension, la séparation de Jésus d'avec les disciples, d'avec notre terre, d'avec notre histoire et notre temps, le commencement de ce temps de l'absence, de ce temps de l'Église où nous attendons son retour.

Le mot bénir, pour nous, est souvent un peu dévalué. On bénit toutes sortes de choses, des médailles, des objets de piété. Pourtant, dans son origine, le mot bénir est d'une grande profondeur. Littéralement, bénir c'est dire du bien. Et il y a un double mouvement de la bénédiction.

Le premier mouvement de la bénédiction, c'est celui de la louange. On bénit Dieu. On ne bénit pas quelque chose. On bénit le Seigneur c'est-à-dire on dit du bien de Dieu, on loue Dieu pour tout ce qu'Il a fait, pour tout ce qu'Il nous a donné, pour ce qu'Il est d'abord, selon cette très belle phrase que nous chantons chaque jour au Gloria : "Nous Te rendons grâces pour ton immense gloire !" Nous bénissons Dieu pour sa gloire, c'est-à-dire pour ce qu'Il est, pour sa splendeur, pour sa beauté, pour son bonheur, pour sa béatitude. Bénir Dieu, non pas seulement le remercier, non pas seulement être reconnaissant, mais bénir Dieu c'est-à-dire exulter de joie et d'allégresse, tressaillir parce que Dieu existe, parce que Dieu est là, parce que Dieu est Dieu. C'est le premier mouvement de la bénédiction, celui de la créature qui élève son cœur, qui élève sa voix, qui élève les mains vers Celui qui l'aime, vers ce Dieu qui a façonné la créature parce qu'Il l'a aimée, et qu'Il l'a aimée avant de la créer, parce que, comme nous dit Saint Augustin : "S'Il ne nous avait pas aimés, Il ne nous aurait pas faits !" Donc, mouvement d'exaltation et d'allégresse. Et cette bénédiction qui remonte de la créature vers Dieu n'est pas propre à l'homme. Toutes les créatures sont une immense rumeur de louange. L'existence même de chaque chose dans l'univers est comme un cri silencieux qui s'adresse au Seigneur. Chaque chose resplendissant dans son existence chante la louange de Celui qui, par sa parole, lui a donné l'existence. C'est ce que nous disons quand nous chantons le Cantique des trois jeunes gens dans la fournaise : "Soleil et lune, bénissez le Seigneur ! Mers et rivières, bénissez le Seigneur ! Astres du ciel, bénissez le Seigneur ! Rosée et giboulées, et vous les enfants des hommes, bénissez le Seigneur !" C'est cet immense concert de louange qui monte de l'univers tout entier vers son Créateur et dont l'homme est le porte-parole, car toutes ces créatures muettes s'en remettent, en quelque sorte, à l'homme pour qu'il dégage la signification de cette bénédiction qui, de toute chose, monte vers Dieu.

L'autre mouvement de la bénédiction est cette parole de bien que Dieu dit. Et cette bénédiction descend de Dieu sur les créatures. Et cette bénédiction est antérieure à celle dont je parlais tout à l'heure, car c'est la parole créatrice de Dieu qui est la première et fondamentale bénédiction. Et comme je le disais après saint Augustin : "C'est parce que Dieu nous a aimés qu'Il nous a faits !" Donc la parole qui nous a créés est une parole d'amour. C'est donc une parole de bien, c'est une parole de bénédiction. Dieu dit notre bien en nous façonnant, en façonnant tous les êtres qui sont dans l'univers. Et c'est cette parole de bonté de Dieu : "Dieu vit que cela était bon !" c'est cette joie de Dieu qui laisse l'existence déborder de son cœur pour se répandre dans ces milliards et ces millions d'êtres qui jaillissent de ses mains. C'est cette parole de bonté de Dieu qui est la source de notre être et donc de notre réponse de louange, de la bénédiction qui montera de nos lèvres.

Mais la bénédiction de Dieu n'est pas seulement au point de départ. Elle n'est pas seulement la parole créatrice de Dieu. Cette bénédiction ne cesse de se renouveler de s'approfondir, car, ayant créé l'univers, et au centre de l'univers ayant créé l'homme, Dieu offre à l'homme, et à travers lui à toute chose, son amitié pour que l'homme devienne non seulement l'ami de Dieu, mais son enfant, son semblable, pour que l'homme soit divinisé, pour qu'il soit attiré vers la gloire de Dieu et que, à travers lui, l'univers tout entier se recentre sur son créateur, soit aspirée vers son Créateur. Et cette parole de bénédiction qui est une parole d'élection, une parole de choix, comme on choisit un ami par pure gratuité, cette parole de bénédiction est celle qui a enveloppé l'homme quand il était au paradis terrestre. Et quand l'homme a refusé cette seconde bénédiction de Dieu, Dieu ne s'est pas lassé et Il a redoublé de bénédictions.

C'est alors la bénédiction rédemptrice pour racheter notre manque d'amour, pour combler le vide que nous avions créé dans notre cœur, dans notre existence et dans l'univers autour de nous. Dieu redouble d'amour et de bénédiction pour venir à notre rencontre et nous chercher dans notre abîme. Et cette bénédiction de Dieu finit par être la bénédiction par excellence, la Parole de bénédiction par excellence qu'est Jésus Lui-même, la bénédiction du Père. Et dans la bénédiction qu'Il est, Jésus nous appelle et c'est cela qu'Il fait au jour de son Ascension.

Saint Luc nous dit : "Il éleva les mains pour bénir ses disciples" c'est-à-dire pour répandre, une dernière fois qui résume toutes les autres et qui est plénitude, répandre cette bonté de Dieu sur ses disciples, sur ceux qui leur succéderont, sur l'Église tout entière et sur l'humanité de tous les temps, pour que, dans cette remontée du Christ vers le Père, nous soyons attirés par Lui et avec Lui, à notre tour, vers le Père, dans cette bénédiction qui ruisselle de Dieu et nous aspire vers Dieu.

Alors, vivons ce mystère de l'Ascension comme ce double mouvement de bénédiction, celle qui jaillit du cœur de Dieu pour nous investir et nous remplir, et celle qui, par rejaillissement, comme un écho, retentit, à partir de notre cœur et remonte vers Dieu, et qui, précisément, en remontant vers Dieu, accomplit notre bonheur, accomplit notre destinée et nous rend pleinement ce que nous sommes, nous faisant parvenir à notre vérité profonde, celle de la louange que nous devons adresser à Dieu par toute la profondeur et la réalité de notre être. Que cette fête de l'Ascension soit donc pour nous fête de bénédiction, bénédiction reçue, bénédiction rendue, bénédiction gratuite, bénédiction d'action de grâces. Sachons nous laisser remplir par cet Esprit Saint qui est l'esprit de Jésus, qui est la bénédiction même qui coule des mains de Jésus sur ses disciples et sur don Église et qui chante dans notre cœur la réponse de bénédiction à la bénédiction de Dieu.

 

AMEN

LE CHRIST EST L'ARBRE, L'ESPRIT EST SOUFFLE ET SÈVE

Ac 1, 12-14 ; Mc 16, 15-20

Vigiles du septième dimanche de Pâques - C

(18 mai 1980)

Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

L

 

orsque nous pensons au mystère de l'Ascension du Seigneur, nous pensons spontanément que le Seigneur s'est éloigné de nous, qu'il nous a quittés, puisqu'il s'est séparé de ses disciples, et que l'Esprit consolateur, l'Esprit qui nous est promis est précisément un consolateur. Et celui qui console, c'est normalement celui qui réconforte ceux qui ont perdu quelqu'un qui leur est cher.

En réalité, il n'en est rien. L'Esprit n'est pas celui qui console au sens où il serait celui qui remplacerait la présence du Seigneur ressuscité. Il faut dire que les apôtres ont reçu davantage au moment où ils ont reçu l'Esprit, que la joie d'être auprès du Seigneur lorsqu'ils marchaient à ses côtés, sur les routes de Galilée. En effet, à la fois, ils ont reçu l'Esprit Saint, ils ont reçu l'Esprit de lumière, de vie et de piété, mais en même temps ils vivent dans cette promesse du Christ, dans cette présence tout à fait réelle, mystérieuse, invisible mais réelle, annoncée par le Christ lui-même dans cette parole : "Je suis avec vous tous les jours jusqu'à la fin du monde".

Le don de l'Esprit auquel nous nous préparons, durant ces fêtes de Pentecôte, ne marque pas une fin, mais le commencement, ou plus exactement il marque l'épanouissement total de la révélation de l'amour du Père en son Fils Jésus.

C'est pourquoi, me semble-t-il, une des images que le Christ a lui-même employée pour nous faire comprendre ce qu'est le royaume de Dieu, ce qu'est le mystère de l'Ascension, c'est dans une parabole qu'il faut aller la chercher. Une parabole bien banale en apparence, et qui pourtant est très importante, c'est la parabole du grain de sénevé. Nous le savons bien l'arbre, c'est le Christ qui est d'abord ce grain jeté en terre dans le sein de sa mère Marie et qui grandit. Mais précisément, cette parabole comporte, à la fin, un petit détail qui me paraît assez important, c'est que la petite graine devient un très grand arbre, qui déploie ses rameaux dans le ciel et les oiseaux du ciel viennent s'abriter dans ses branches.

L'Ascension, c'est précisément ce moment où le Christ qui avait d'abord été un grain de sénevé, puis est devenu un homme adulte, complet, un tronc, le tronc de l'arbre, ensuite, il a déployé ses ramures ses branches dans le ciel. L'Ascension, c'est le moment où le royaume de Dieu comme un arbre, non seulement a des racines qui se déploient et se ramifient dans la terre, mais a aussi des branches qui se déploient dans le ciel. C'est alors, à ce moment-là que le royaume de Dieu comme tout bon arbre besoin de deux réalités pour arriver à vivre. Il a besoin de l'air, du souffle de l'Esprit qui va permettre aux feuilles de respirer et de permettre l'épanouissement de l'arbre, mais il a aussi besoin d'être enraciné et planté profondément dans la terre pour que la sève puisse passer.

L'Esprit, c'est tout cela à la fois. L'Esprit, c'est la présence de Dieu comme souffle de Dieu qui, petit à petit, permet à l'arbre, au corps mystique du Christ dans lequel nous venons nous abriter comme les oiseaux dans l'arbre, qui permet de s'épanouir dans la dimension pleinement achevée du royaume des cieux. L'Esprit, c'est tout autant cette vie, cette sève, ce sang qui coule depuis le plus intime et le plus profond des racines de l'arbre.

A cette heure, où comme les disciples nous rentrons au cénacle après avoir vu le Seigneur s'élever dans les cieux, à cette heure où, mystérieusement nous venons nous ré-enraciner dans la présence eucharistique le cénacle n'était-il pas l'endroit où Jésus avait partagé le pain et le vin à ses disciples ? N'était-ce pas significatif qu'ils aient ce réflexe d'y retourner quand le Seigneur n'est plus visible à leurs yeux ? Au moment où nous aussi, nous allons nous pencher à nouveau vers le Seigneur présent dans sa chair et dans son sang, demandons lui de nous donner cet Esprit qui est souffle de vie, qui souffle dans les branches de l'arbre du royaume de Dieu, mais aussi cet Esprit qui est sève et qui nous enracine dans la plénitude de notre humanité.

 

AMEN

 
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