AU FIL DES HOMELIES

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L'ESPRIT SAINT EDUCATEUR

Ac 1, 15-17.20a.20c-26 ; 1 Jn 4, 11-16 ; Jn 17, 11b-19
7ème dimanche de Pâques – année B – (13 mai 2018)
Homélie du frère Daniel BOURGEOIS

« Père Saint, garde tes disciples en mon nom ».

Frères et sœurs, puisque nous sommes dans cette semaine où nous nous préparons à recevoir le don de l’Esprit par la célébration du mystère de la Pentecôte, j’aimerais attirer votre attention sur une question beaucoup plus concrète et présente dans nos vies qu’on ne le croit : pourquoi a-t-il fallu un Esprit Saint ? Pourquoi a-t-il fallu un don de l’Esprit ? Après tout, le Père avait créé le monde, l’humanité, et lui avait donné suffisamment de capacités pour vivre, subsister et même mener des recherches spirituelles. Puis le Christ est venu pour nous enseigner la Parole, nous apprendre comment vivre, connaître son Père, Le reconnaître Lui, comme l’envoyé du Père. Il avait donné toutes ses instructions à travers les différentes paroles, enseignements et paraboles. Il avait indiqué le sens même de sa mission et l’avait accomplie puisqu’Il avait donné sa vie pour nous. Tout était là. Tout ce qui est nécessaire pour que l’Eglise vive semblait être là. Alors pourquoi fallait-il un Esprit Saint ?

Pour vous l’expliquer, je voudrais partir du problème de l’éducation. En effet, le Saint Esprit est au cœur du problème de l’éducation dans la vie de l’Eglise. Nous n’avons pas besoin d’éducation nationale, de ministre, ni d’instituteur, mais il faut un système d’éducation. Que se passe-t-il dans l’éducation ? On accueille la vie d’un enfant, brut de décoffrage. Cet enfant a sans doute en lui de nombreux talents et capacités, mais il ne pourra les assimiler et les faire fructifier qu’en recevant une éducation, en sortant de l’état brut.

Or, que doit-on transmettre à ce moment-là ? Un savoir commun, des coutumes communes, des manières de vivre ensemble, des codes de politesse, de vie affective, des codes alimentaires, des codes musicaux, des goûts esthétiques... On doit transmettre tout cela. C’est ce qu’on entend généralement par éducation. On veut transmettre tout un trésor, disponible, parfois plus vaste même que ce que les parents portent dans leur cœur. Les sociétés mettent en place un système pour transmettre cette richesse et permettre à l’enfant de développer ses talents, de s’émerveiller, de trouver sa voie, d’apprendre plein de choses. C’est une tâche ingrate et difficile. On est obligé de faire des contrôles et de mettre des notes de temps en temps pour savoir si les notions sont assimilées ou non. Il faut organiser les choses pour être sûr que la transmission se fasse. C’est dans la mesure où les enfants assimilent, où ils reçoivent cela que petit à petit ils trouvent leur place dans la société.

Voilà donc le travail de base de l’éducation. Comme vous le voyez, elle n’a pas besoin d’être nationale, elle peut être familiale, liée à une région. Il est sûr que cela fait partie de la bonne éducation d’un Aixois que de savoir apprécier les calissons ; si vous préfériez des recettes de charcuterie allemande, on vous regarderait un peu de travers ! Il est fondamental de pouvoir assimiler et intégrer un certain nombre de traditions nécessaires pour petit à petit former le goût, la sensibilité, l’intelligence, l’imagination de l’enfant. C’est la première chose.

C’est ce que Jésus a fait : Il a posé les bases en disant : « Aimez-vous les uns les autresAimez votre Dieu de tout votre cœur, de toute votre âme et de tout votre espritIl n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ses amis ». Il a posé les grands principes éducatifs de la vie chrétienne. C’est fondamental et incontournable. Mais Jésus demande à son Père d’intervenir parce qu’Il sait qu’Il ne va plus être là. Et Il se demande comment cela va se transmettre et continuer. Là, on se retrouve devant un problème fondamental. Suffirait-il de répéter l’expérience en disant à saint Paul, saint Pierre, saint Jacques de répéter ce que Jésus a dit ? Dans ce cas-là, l’Eglise serait une immense entreprise de clonage religieux. On répèterait indéfiniment ce qu’il faut faire et ne pas faire. A ce moment-là, l’éducation deviendrait une sorte de système de formatage, de conformation de chacun à un modèle unique duquel on ne sortirait pas.

Or, vous le savez vous-même dans la vie familiale, la véritable éducation n’est pas seulement la première partie qui consiste à transmettre les bases et les références humaines et culturelles dans lesquelles nous vivons. Il faut aussi veiller à ce que toutes ces données soient intégrées personnellement par chacun des enfants. Si tel n’est pas le cas, il manque quelque chose à la formation. L’éducation comprend deux niveaux absolument indissociables et aussi nécessaires l’un que l’autre : donner les bases communes qui assurent la communion et la communauté, et en même temps veiller à ce qu’elles soient comprises par chacun en fonction de sa personnalité, de ses capacités et de ses talents. Et là, c’est beaucoup plus difficile parce que ça ne se fait que dans l’histoire, dans le cours du temps.

Je pense que c’est ce que signifie la prière de Jésus : Il a posé les bases et demande à son Père de garder les hommes dans la fidélité à son nom : « Pour que l’Eglise garde la même vitalité, la même profondeur, la même réalité concrète qu’a actuellement la communauté que J’ai formée, il faut que l’Esprit travaille à personnaliser de génération en génération ce que J’ai posé par les bases de ma présence, de mon incarnation, de ma mort et de ma résurrection ».

Autrement dit, il ne faut pas opposer le Christ d’un côté à l’Esprit de l’autre. Si le Christ envoie son esprit, c’est pour dire que ce qu’Il a commencé quand Il était parmi les hommes, doit continuer à travers les siècles. Voilà pourquoi Jésus dit sans cesse que l’Esprit nous rappellera toute chose. Non pas pour répéter des comportements mécaniques, mais pour que ces bases fondamentales de notre vie d’Eglise, la communion de la charité, la vie des sacrements, la prière et tous les éléments qui constituent notre vie spirituelle et chrétienne, puissent être engendrées à nouveau de génération en génération, de cœur en cœur, sur un mode également personnel. En effet, si l’éducation chrétienne – plus que la catéchèse –, la formation de notre cœur en disciples du Christ, sont faites uniquement d’une façon mécanique, évidemment cette formation-là risque de devenir vraiment la fabrication de clones. Parfois, nous n’y échappons pas.

Nous sommes toujours en équilibre. Il y a ceux qui disent qu’il faut uniquement un enseignement personnalisé. Mais comment garantir alors le maintien dans la communion les uns avec les autres ? Rien. Il faut donc à la fois la référence commune qui nous constitue chacun dans un langage commun, dans une unité, une humanité et une grâce communes, et que nous sachions transmettre, donner, et faire comprendre ce message aux plus jeunes et à ceux qui ont besoin de nous, selon les modes et les richesses de la personnalité de chacun.

Frères et sœurs, si vous relisez ce très beau chapitre de la dernière prière de Jésus (Jean 17), il vous apportera d’excellents principes éducatifs. Il vous fera comprendre comment Jésus Lui-même a compris la vie et la tradition de son amour pour les générations à venir : Il a posé les bases et demande au Père de garder les hommes dans sa vérité, et de garantir que l’individualité de chacun de ses disciples se retrouve et se concrétise dans la manière dont il reçoit l’évangile, par la nature et par la grâce.

Frères et sœurs, que cette réflexion nous aide à mieux nous préparer à la Pentecôte. Vous le savez, on raconte dans le récit des Actes des Apôtres que la flamme de feu de l’Esprit tombe sur le Cénacle. Or, elle se divise en douze : une flamme sur chaque tête. N’oublions jamais cela. Nous recevons chacun notre flamme. Nous recevons la lumière de l’évangile, la force de la grâce et la tendresse de Dieu, chacun de façon personnalisée. Alors, cultivons chacun notre flamme, pour mieux brûler ensemble. Amen.

 
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