AU FIL DES HOMELIES

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L'HOMME, UNE ERREUR DANS L'HARMONIE DU MONDE

Jb 38, 1-41

(7 mai 1989???)

Homélie du Frère Jean-François NOEL

I

l y a dans la Bible, un homme qui a si fort crié vers Dieu, il a rassemblé tout ce que nous pouvions dire contre lui. Cet homme s'appelle Job. On le représente souvent sur un tas de cendre, couvert d'ulcères et qui commence sa longue plainte en disant à Dieu : "Périsse le jour qui m'a vu naître, périssent les jours qui se déroulent, et rien n'est bon en ce monde, toi-même d'ailleurs quel plaisir as-Tu à me torturer ainsi ? Ne vois-Tu pas que dans ce monde les justes comme les injustes sont aussi bafoués, les méchants ont autant de chance que les bons ? Qu'as-Tu à répondre à mon appel ?" Et Job couvert de cette plainte, de ces ulcères, se faisant ainsi le chantre de notre misère, du scandale du mal en ce monde, dit au Seigneur : "Je m'avancerai vers Toi comme un prince et Tu me répondras. Cesse donc ce silence impossible, arrête de Te taire, je veux entendre ta parole, je veux croire en ta justice. Ou que vaut ton amour dont Tu me parles ? N'est-ce pas incroyable que Tu T'amuses, Toi le Puissant éternel à Te jouer de tes créatures ? N'est-ce pas un peu ridicule pour un Dieu que de tourmenter ainsi ceux qu'Il a créés ?" Des phrases comme celles-ci qui parcourent tout le livre de Job sont parfois les nôtres, sont parfois le cri de notre cœur, et nous enfermons Dieu dans une image que nous avons de Lui, cruel, hostile, juge, et nous rejetons loin de nous Celui qui voudrait se montrer autrement.

       Après ce long discours de Job, Dieu qui jusque-là se taisait, va intervenir. Il va répondre. Sous les menaces de l'homme qui souffre, Dieu ne peut pas se taire long temps et Il prend la parole, et dans la tempête Il dit à Job et à travers Job à toute l'humanité : "Monte sur mon trône et regarde, regarde avec Moi la Création. Nous allons feuilleter la création, tous les deux. Assis sur mon trône tu joueras un peu au Créateur et Moi Je jouerai un peu à la créature et tu Me rediras ce que tu vois dans ce monde. Est-ce que jamais, Job, tu as commandé une fois au matin ? Est-ce que tu connais le mouvement des astres ? et d'où vient le vent d'est ? est-ce que tu connais le chemin des gouttes de rosée ? est-ce que c'est toi qui prends soin des petits lionceaux qui ont faim dans leur tanière ? est-ce que c'est toi qui chaque matin secoues la terre comme un tapis qu'on secoue pour en faire tomber les méchants ? Est-ce que tu connais les ténèbres ou le lieu où je tiens en réserve la glace ? est-ce que tu sais faire pencher doucement les nuages vers la terre pour en faire glisser l'eau ? est-ce que tu sais faire tout ça ?" Et à son tour, Job ne répond pas, c'est Dieu qui parle tout seul.

       Alors Dieu l'a mis sur son trône et lui dit : "Feuillette avec Moi ce grand livre de la création. Dis-Moi, Job, où étais-tu quand J'ai fondé les cieux ?" Qu'est-ce que Dieu veut dire à Job ? Dieu dit à Job : "Je suis blessé que tu m'enfermes dans une image qui n'est pas la mienne, car Je ne suis pas ce Dieu hostile qui veut le mal, le tourment de chaque homme, mais J'ai mis tellement de soin à colorer les papillons, à soigner le saut des antilopes dans la jungle ou à dessiner des arcs-en-ciel lorsque la pluie est tombée. Crois-tu vraiment, face à l'harmonie de ce monde qui t'entoure, que toi Je t'aurais raté ? Crois-tu vraiment que ce monde qui, apparemment, tourne dans l'harmonie même de la création et de l'amour que j'ai voulu y laisser, toi, je t'aie laissé pour compte ? Non, non, ceins tes reins comme un homme, comme un brave. Avance vers Moi vraiment comme un prince, avance vers Moi comme un homme, Je sais que ta vie est tourment, mais J'ai une autre réponse à te donner que celle du procès que tu veux m'intenter. Ma réponse, c'est de recommencer l'histoire, tous les deux, toi l'homme et Moi Dieu, c'est de recommencer l'histoire comme au début du jardin où nous étions si bien les uns avec les autres, et toute la création qui t'environnait ne faisait que louer davantage ce que J'avais voulu faire en te mettant, toi, au centre de ce jardin, car J'ai voulu que tu sois le centre, tout tournait autour de toi, toute chose était faite pour tes yeux, tes oreilles, ta langue, ton corps, ton intelligence.

       A travers tout cela, tu pouvais me reconnaître, comme glisser d'une louange à l'autre, et à travers ces antilopes, ces lionceaux, la grêle, la neige et les gouttes de rosée du matin ou l'aurore qui se lève, me reconnaître, Moi, ton Dieu Bien Aimé. Mais tu m'as oublié, tu as préféré tourner ta face vers d'autres lieux plus sombres, plus déserts. Tu as oublié que J'avais fait tout ce travail pour toi. Étais-tu là quand J'ai posé les socles et les fondations de ce monde. Il n'y avait personne, et Je l'ai fait par amour pour toi, avant même que tu viennes pour que Je puisse te déposer doucement au sein de cette terre, car Je voulais que tu aies avec Moi, que tu gères cette terre, que tu en sois le vrai prince, et J'aurais tellement aimé que nous puissions ensemble chanter cette louange et cette création. Mais il est vrai que tu t'es détourné de Moi.

       Alors Je vais aller plus loin, dit le Seigneur, puisque tu es si loin de Moi, puisque tu t'es éloigné, c'est Moi qui vais venir refaire le chemin, ce chemin qui nous éloigne l'un de l'autre et qui fait croire que Je suis silencieux et que Je suis indifférent à tes malheurs, car vraiment, dit le Seigneur, Je ne suis pas indifférent, et mon silence n'est pas le signe de la dureté de mon cœur, elle est le signe d'une délicatesse, d'une infinie délicatesse, car il fallait pour que Je puisse te rejoindre te séduire, toi l'homme, et Je savais que Je ne pouvais pas le faire collectivement, Je ne pouvais pas annoncer à cor et à cri dans ce monde en disant à l'humanité entière Je reviens, Je suis votre Dieu et Je vous aime. Non, il fallait que Je le fasse en gagnant, amour après amour, chaque cœur, afin que nous redevenions, toi et moi, un. Sais-tu comment J'ai fait cela. Je l'ai fait en envoyant mon Fils qui est venu comme un homme parmi les hommes, qui a suivi le chemin que tu connais et quelques-uns de ces hommes L'ont reconnu comme mon envoyé, comme mon Bien-Aimé.

       Et Je n'ai pas voulu non plus, là aussi, détruire les barrières qui semblaient nous opposer. Mais J'ai voulu que mon Fils aille jusqu'au fond de ce chemin, qu'Il aille prendre la main au dernier homme enchaîné par son péché ou par la mort, au fond de la chaîne humaine, Adam que retenait captif les enfers. Et en le prenant par la main, c'est comme une longue danse que J'ai voulu reprendre, Adam tirant ceux qui l'ont suivi et jusqu'à nous, gagnant ainsi de cœur en cœur l'amour que J'ai voulu te redire, te réaffirmer. Ma réponse à ta souffrance, à tes tourments, ma réponse à ce que tu ne comprends pas, c'est que tu ne peux pas tout comprendre, il y a une limite à ton savoir, une limite à ton pouvoir, tu es fragile, tu n'es que créature. Je t'ai fait créature, mais Je t'ai fait créature pour que tu ailles plus loin, mais encore faut-il que tu acceptes de recevoir de ma main le cadeau que Je veux te donner et non pas que tu le dérobes, car tu ne sais pas quel est ton bonheur, et Moi Je sais parce que Je suis ton Père, Je suis ton Dieu et ton Créateur et Je sais ce qu'il te faut pour toi. Moi seul le sait, le cœur de Dieu qui sonde le cœur de l'homme, ce qu'il lui faut pour le rendre heureux.

       Alors J'ai envoyé mon Fils. Et puis Il a ouvert les portes de ce qui semblait faire obstacle entre toi et Moi, Il a brisé définitivement ce qui était le noir, le sombre, le contraire de notre amour à toi et à Moi, et le Fils est remonté auprès de Moi afin que, plus finement, plus doucement encore, l'Esprit que Je t'envoie rentre en toi et te donne cette vie, te restaure, te remette debout afin que nous puissions, de nouveau, Moi ton Dieu et toi l'homme, nous regarder face à face et nous dire que nous sommes faits l'un pour l'autre. Je suis venu te rencontrer, toi l'homme, Je n'ai rien voulu effacer de ce monde, Je ne reviens pas en arrière. Mais ce que tu crois être contraire à Moi, c'est le lieu même où Je viens, ce que tu crois, au plus profond de ton cœur, comme cette souffrance, signe de mon indifférence, c'est justement le signe de ma communion avec toi et de ma présence avec toi, ce que tu crois être ta solitude forcenée sur cette terre, la malheur qui t'accable, J'en ai fait l'occasion d'une communion, d'une rencontre, encore faut-il que tu ne restes pas enfermé dans ton cœur, dans ta souffrance, dans ton désespoir, et que tu ouvres tout ce que tu es pour que Je puisse venir te rejoindre là où tu es. Alors tu me reconnaîtras vraiment comme ton Dieu et comme ton Dieu qui, avant créé ce monde, ne l'a pas laissé aller à sa perte, mais Il veut le sauver et toi avec.

       Frères et sœurs, si le Père et le Fils sont Un, si nous sommes uns à cause de Jésus-Christ, fils du Père, c'est que nous rentrons dans cette unité que le Père et Fils nous livrent si nous sommes tous, à cause de notre amour pour Dieu et de l'amour qu'Il a pour nous, des frères et sœurs de Celui que Dieu a envoyé, est-ce qu'il ne faut pas, en notre cœur, tuer ce manque de foi, ce procès que nous voulons inventer à Dieu ou au monde de la providence ou aux choses qui vont mal, mais au cœur même de ce qui nous semble contraire, pour découvrir le visage radieux, le visage éternel, le visage de notre Créateur, de notre Père que le Fils nous montre. C'est cela le secret profond de ce monde.

       Le monde ne tourne pas de façon indifférente par rapport à nous, mais nous sommes dans ce monde, afin que dans ce monde nous fassions de nouveau cette rencontre avec Dieu et que Dieu nous saisisse pour nous donner sa gloire. Car il est là le mot de la fin "plus que de me faire reconnaître comme ton Dieu, c'est Moi-même que Je donne, ma gloire, ma puissance, mon amour, ma miséricorde, Je te les donne, car Je voulais encore plus pour toi, et c'est cela que Je t'offre par mon Fils Jésus-Christ".

       Frères et sœurs, ensemble, dans cette eucharistie, alors que nous essayerons de feuilleter le grand livre de la création pour y découvrir l'harmonie de ce monde et l'amour que Dieu y a posé, ne nous laissons pas aveugler par ce que nous croyons être l'indifférence de Dieu, mais lisons tous ensemble le visage d'amour, de don du Père et du Fils qui nous ouvrent les bras et qui nous offrent leur amour.

       AMEN

 

 
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