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JÉRUSALEM

Ac 1, 12-14

(31 mai 1981???)

Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

 

Jérusalem : Mont des Oliviers

L

es deux textes de l'Écriture que nous avons lus ce soir sont l'un et l'autre de saint Luc. Nous venons d'entendre la finale de son évangile et, tout à l'heure, nous écoutions quelques-uns des premiers versets des Actes des apôtres. Ces deux textes, en quelque sorte, s'enchaînent l'un sur l'autre. Nous venons de voir le Christ ressuscité ouvrir le cœur des disciples à l'intelligence des Écritures, puis, les conduisant vers Béthanie, jusqu'au Mont des Oliviers, s'élever et disparaître à leurs yeux, tandis qu'eux, pleins de joie, retournent à Jérusalem. Et, au début des Actes des apôtres, nous les retrouvons la chambre haute du cénacle, rassemblés dans la prière autour de Marie, la mère de Jésus et de ses frères, dans l'attente de l'Esprit Saint.

       Ces textes nous invitent donc à vivre ce temps qui sépare l'Ascension de Jésus de la venue de l'Esprit Saint, ces dix jours pendant lesquels les disciples sont restés dans la prière, dans l'attente de la venue de l'Esprit que Jésus leur avait promis. Je voudrais, ce soir, vous faire remarquer simplement un petit détail dans ces textes, c'est l'importance de la ville de Jérusalem.

       Tout l'évangile de saint Luc est conçu comme centré sur Jérusalem. Cet évangile commence dans le Temple, par l'annonciation faite à Zacharie, l'un des prêtres, qui, ce jour-là, était de service dans le temple et nous venons de voir cet évangile se terminer par le retour joyeux des disciples du mont des Oliviers, où Jésus vient de les quitter, à Jérusalem. Et tout au long de l'évangile de Saint Luc, c'est comme une montée, une longue montée du Christ vers Jérusalem, vers la ville, la ville par excellence, où Il doit souffrir, mourir et ressusciter.

       Quant aux Actes des apôtres, ils sont, eux aussi, conçus comme le déploiement de l'Église, comme l'explosion de l'Esprit Saint, à partir de Jéru­salem, ainsi que Jésus vient de le dire expressément à ses apôtres : "Il faut que la Bonne Nouvelle soit an­noncée, à commencer par Jérusalem". Et les Actes des apôtres vont nous conduire, d'étape en étape, de Jérusalem en Samarie, à travers toute la Palestine, puis en Asie mineure et enfin jusqu'à Rome. Et là, le texte de Saint Luc pourra s'arrêter.

       C'est donc intentionnellement que Saint Luc a conçu son double ouvrage comme centré sur cette ville de Jérusalem, la ville vers laquelle s'avance Jésus et de laquelle part la puissance de l'Esprit Saint. Car c'est au lieu même où Jésus est venu, volontairement, pour souffrir et pour donner sa vie, c'est dans ce lieu même que l'Esprit descend. L'Esprit qui est donné à la Pentecôte n'est pas autre chose que le souffle qui animait, de l'intérieur, Jésus, tout au long de sa vie terrestre, ce souffle qu'Il répand sur ses disciples en expirant sur la croix, en livrant son esprit.

      Jérusalem est donc le point focal, l'axe de toute l'histoire du monde. C'est vers Jérusalem que toutes les générations, non seulement celles des juifs, mais celles de tous les peuples du monde, sont venues pour que le plus beau des enfants des hommes, Celui qui rassemble, en Lui, toute l'espérance, toute l'attente des nations et tout le désir de tous les cœurs, vienne à son tour dans cette ville, pour y accomplir sa mission, c'est-à-dire pour donner tout Lui-même, pour se donner totalement. Et toutes les nations qui étaient ainsi tendues dans leur désir vers l'accomplissement qui s'est réalisé ainsi à Jérusalem, quand Jésus y est mort, toutes les nations découlent, à leur tour, de cette ville de Jérusalem.

       C'est de là que les fleuves d'eau vive se répandent sur l'univers tout entier. C'est de là que part le salut, pour qu'il atteigne jusqu'aux extrémités de la terre. Cette ville que David, inspiré par le Seigneur, avait choisie pour être le centre du peuple élu, cette ville où avait été construit le Temple qui, jusqu'à la venue du Christ, était l'image la plus tangible de la présence de Dieu parmi les hommes, cette ville est vraiment la ville du Christ. C'est là qu'Il a accompli la mission pour laquelle Il était venu d'auprès du Père : "Je suis sorti du Père et venu dans le monde, maintenant je quitte le monde et je retourne au Père !" On pourrait presque dire : Je suis sorti du Père et venu à Jérusalem, et maintenant de Jérusalem je remonte vers le Père, pour que l'univers tout entier puisse boire à cette source de Jérusalem, dont le prophète Zacharie nous parlait, cette source ouverte pour tous les peuples, cette source ouverte pour toutes les souffrances, pour tous les péchés et pour toute impureté, pour que tous puissent être lavés, transformés. Cette source qui est l'Esprit Saint, l'Esprit de Dieu répandu à flots parmi nous.

      Frères et sœurs, l'Église que nous constituons, l'Église qui nous rassemble, dans l'Esprit Saint, l'Église, elle aussi, est représentée par Jérusalem. Quand le Christ ou l'Écriture veulent parler de l'Église, dans son achèvement dernier, dans sa splendeur finale, ils l'appellent "la Jérusalem Nouvelle".

       Si vous le voulez bien, ce soir, nous allons rester ensemble quelques instants dans cette Jérusalem qu'est l'Église en prière avec les douze, avec les disciples, autour de Marie, pour que cet Esprit, dont la source a été ouverte à Jérusalem, pour tous les peuples et toutes les nations, ne cesse pas de couler dans nos propres cœurs et pour que nous soyons, à notre tour, comblés de ses dons et que nous puissions, nous aussi, devenir source d'eau vive les uns pour les autres et pour la soif du monde.

 

       AMEN