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LA GLOIRE ET LA CROIX

Ac 1, 12-14 ;1 P 4, 13-16 ; Jn 17, 1-11
Septième dimanche de Pâques - année A (4 mai 2008)
Homélie du Frère Christophe LEBLANC


Frères et soeurs, ce dimanche n'est pas uniquement à la charnière au niveau de la vie liturgique, la charnière entre l'Ascension et la Pentecôte. C'est une charnière car d'un côté, il y a eu la contemplation des disciples qui ont regardé le Christ s'élever dans le ciel, non pas solitaire mais emmenant avec lui l'humanité glorifiée, rachetée, divinisée, et puis, il y a cette attente du Saint Esprit, ou je trouve la dénomination encore plus belle, l'attente de l'avocat, de celui qui est là pour être notre défenseur. Bien sûr, c'est une charnière liturgique aujourd'hui, mais ce n'est pas que cela. Je ne sais pas si vous avez été frappés comme moi par la différence entre l'évangile que nous avons entendu, Jésus va être arrêté, jugé, flagellé, il va mourir sur la croix, mais dans ce colloque (je crois que c'est le mot que nous pouvons utiliser) qui est le colloque entre le Père et le Fils, auquel sont invités les apôtres, ils sont là comme écoutant un dialogue entre le Père et le Fils, regardant, contemplant par la Parole, ce qu'ils contempleront par la vision le jour de l'Ascension. C'est la gloire du Christ. 

       Juste avant l'évangile nous avons entendu cet extrait de l'épître de saint Pierre, extrêmement violente, il faut bien l'avouer, dans laquelle il est question de réjouissance même quand on souffre. Nous sommes face à la contemplation de la croix des chrétiens, comme si d'un côté il y avait la gloire du Christ, lui qui en toute liberté donne sa vie. Et ce texte de saint Pierre qui pourrait sembler une consolation que nous recevons concerne en fait la croix des chrétiens. 

       Je suis parti cette semaine en pèlerinage avec des lycéens, en Pologne, et comme la route est longue en bus, j'ai eu l'occasion de parcourir un livre magnifique : "Les écrits intimes de Mère Térésa". Le rapport entre ces deux textes et la vie de Mère Térésa, le rapport m'a vraiment choqué, m'a interrogé. D'une certaine manière, il faut bien l'avouer, dans notre société, Mère Térésa c'est la gloire du Christ. C'est avant tout la gloire des non-croyants qui disent : vous voyez, l'Église, non, le pape, non, le dogme, non, la foi, non, l'évangile, non, le Christ Fils de Dieu, non. Mais mère Térésa, belle philanthropie, l'amour du prochain, etc … Elle a reçu le prix Nobel de la Paix ! Une personne qui fait comme l'unanimité à partir du moment où l'on met sous le boisseau la dimension verticale. Il serait très tentant de garder de Mère Térésa uniquement cette philanthropie, l'amour des uns, des autres, une fraternité où il n'y a pas besoin de Dieu, de religion, parce que c'est bien connu les religions sont sources de guerres et de violences comme on l'entend si souvent. Regardez Mère Térésa, c'est le meilleur exemple de la charité et de l'amour fraternel. Pourquoi nous ennuyer avec l'eucharistie, la présence réelle, les sacrements, le pape, j'en passe et des meilleures ! Le plus important n'est-il pas de s'occuper de ses frères, de les sortir de la fange, de les soigner, de les protéger, de les guérir, de les accompagner ? Laisser au vestiaire tout ce qui est ancien, cette Église qui nous pourrit la vie et suivez Mère Térésa ? 

       C'est la gloire de Mère Térésa vue par les non-croyants. Mais il y a aussi la gloire de Mère Térésa vue par les croyants. Je vous lis un extrait d'une lettre du Père Curling qui est curé d'une paroisse à Washington et qui dit ceci : "J'ai eu le privilège de diriger plusieurs retraites spirituelles de Mère Térésa à Calcutta. Je me rappelle qu'elle avait une faim intense d'approfondir sa relation avec Jésus-Christ. Un soir en particulier, Mère Térésa et moi discutions de d'aridité spirituelle. Une de ses sœurs a entendu par hasard notre discussion et a fait remarquer : Mère doit recevoir de grandes consolations de Dieu pour soutenir sa mission auprès des plus pauvres des pauvres". Autrement dit pour Mère Térésa, la difficulté c'est de s'occuper des pauvres, et ce qui est extraordinaire, c'est qu'elle y arrive alors que nous nous n'y arrivons pas. Mais elle y arrive pourquoi ? Parce qu'elle reçoit des consolations. Ouf ! Heureusement ! "Plus tard, ce soir-là, au cours d'une heure sainte, une des membres de sa famille religieuse m'a tendu un billet rédigé par Mère Térésa. Je l'ai lu, puis, j'ai regardé où elle était assise dans la chapelle. Elle m'a retourné mon regard et s'est mise à genoux devant le saint sacrement qui était dans l'ostensoir. Ce geste confirmait ses mots : Cher père, priez pour moi. Où est Jésus ? Au cours de mes années d'amitié avec Mère Térésa, elle partagea souvent avec moi la sécheresse spirituelle qui accompagnait son travail de missionnaire de la charité".

       Le croyant est confronté à un premier problème, c'est que Mère Térésa avait le sentiment depuis des dizaines d'années de ne plus rien recevoir de la part de Dieu. Cette religieuse qui disait : pourquoi Mère Térésa arrive-t-elle à faire cela ? C'est parce qu'elle reçoit des consolations de la part de Jésus ! elle se trompait. C'est une première interrogation. Nous pensons très souvent d'une manière mathématique et économique : je ne donne que ce que j'ai reçu. Et avec Mère Térésa, que se passe-t-il ? oui, elle a reçu il y a bien longtemps, elle a contemplé la gloire de Dieu, et elle a cru que pendant toute sa vie, elle pourrait contempler cette gloire de Dieu qui viendrait nourrir son corps et sa vie, et que ce serait cette nourriture qui lui permettrait de consoler les autres. Le Christ s'en va et c'est la sécheresse. Plus rien, plus personne. 

       "C'était très probablement lors de la retraite précédant le chapitre général en 1985, (c'est un père jésuite qui parle), il ne s'agissait pas d'une simple phrase, mais cela durait depuis des années, elle lui parlait de la déchirante nuit de son âme. Ce qui me frappa immédiatement, c'est ce qu'elle ajouta dans la description de cette nuit douloureuse". Voici ce que dit Mère Térésa : "Père, je me rends compte que quand j'ouvre la bouche pour parler aux sœurs et aux gens, de Dieu et de l'œuvre de Dieu, cela leur apporte lumière, joie et courage. Mais je n'en retire rien. A l'intérieur, tout est sombre et je me sens comme coupée totalement de Dieu". – "Cela me parut comme du pur Jean de la Croix. Le contraste entre sa nuit intérieure et sa capacité à communiquer Dieu en paroles et en actes et aux autres me permit de faire de mon mieux pour la rassurer en lui disant que Dieu était puissamment en œuvre en elle et de l'encourager à accepter ses ténèbres comme faisant partie de son œuvre".

       Frères et sœurs, il faut reconnaître que pour beaucoup d'entre nous, nous pensons que la grande difficulté à laquelle Mère Térésa a été confrontée, c'était la pauvreté, l'humilité, la violence, les autres. Il n'en est rien. Sa plus grande difficulté a été cette absence de Dieu, ce sentiment que Jésus qu'elle avait épousé s'était retiré de sa vie. Elle a fait cette découverte extraordinaire : "Point besoin de même ressentir sa présence, point besoin de croire que je dois économiser dans mon cœur beaucoup d'amour pour pouvoir le donner". Mais elle a reçu cette grâce de pouvoir donner ce qu'elle-même n'avait plus, elle a reçu cette grâce de pouvoir donner ce qu'elle-même ne ressentait plus. C'est la gloire et la croix. 

       Nous sommes prêts très souvent à nous affronter à des problèmes, pourvu que nous ressentions la présence de Dieu, pourvu que nous ayons le sentiment d'être en communion avec Lui. Nous sommes toujours ébahis devant le Christ qui lui, reste toujours en communion avec le Père et nous le montre, et aujourd'hui dans ce dimanche qui est entre le jeudi de l'Ascension et le dimanche de Pentecôte, les textes et je crois aussi la figure de Mère Térésa, nous invitent à une autre découverte. 

       Frères et sœurs, surtout, n'attendons pas de croire que nous avons à ressentir le Christ dans notre vie, ou à être heureux pour donner aux autres ce bonheur, cette joie de vivre et surtout ce sourire. Quelquefois nous avons le sentiment de ne plus être en communion avec Dieu, nous avons le sentiment de vivre une vie aride, d'avoir un cœur aride. Mère Térésa dans sa très grande simplicité nous montre ce chemin. Elle a été cette consolatrice, elle a su donner aux autres ce qu'elle-même n'avait plus, elle a su être le chemin du Consolateur, de l'Avocat, du Saint Esprit. 

       Puissions-nous aussi méditer sur notre vie et puiser comme Mère Térésa, le peu de forces que nous avons pour sourire à la vie, pour sourire aux autres et nous montrer des consolateurs les uns envers les autres. 

 

       AMEN