AU FIL DES HOMELIES

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GRANDIR DANS LA FOI

Ac 1, 15-17+20-26 ; 1 Jn 4, 11-16 ; Jn 17 11b-19
Septième dimanche de Pâques - année B (20 mai 2012)
Homélie de Mgr Christophe DUFOUR

Ascension … et après ?
"Je leur ai donné ton nom, et le monde les a pris en haine". Ces paroles de Jésus ne sont pas très réjouissantes. Le Concile Vatican II nous a appris à aimer le monde. Et il est vrai que nous ne pouvons pas lui porter l'évangile si nous ne l'aimons pas. Le monde les a pris en haine, ces premiers évangélisateurs, ces premiers apôtres de Jésus. Et entre Ascension et Pentecôte, l'Église choisit de situer notre prière à l'Esprit Saint dans la perspective du combat que Jésus doit livrer contre le mal. Avant d'entrer dans sa Passion Jésus prie son Père (Jn 17), merveilleux chapitre. Jésus prie son Père pour ses disciples, il prie pour nous, déjà ce jour-là, à ce moment-là avant d'entrer dans sa Passion. Il sait le combat qu'il va mener, et il sait que ses disciples auront aussi à le vivre ce combat. Il prie son Père pour l'Église.

Au cours de mes visites pastorales, depuis dix-huit mois que je suis en route dans ce diocèse, j'ai souvent ressenti de l'inquiétude, parfois même une véritable peur, peur humaine, toute humaine et simplement humaine et légitime dans ces temps incertains où l'on ne cesse de nous parler de crise, où chaque jour nous apporte un événement qui nous fait trembler de peur. Mais aussi inquiétude pour l'avenir de l'Église. Je pense à cette petite paroisse du nord du département, des fidèles étaient rassemblés pour m'accueillir et présenter leur paroisse et le premier qui a pris la parole, je le vois encore, s'est levé devant moi et il a posé cette question : "Monseigneur, et après nous ?" Combien de fois l'ai-je entendu cette question ? Il est vrai que cette après-midi là les jeunes professionnels étaient au travail, mais souvent, des grands-parents, des retraités en souffrance m'ont confié cette inquiétude parce que dans leur propre famille, ils n'étaient pas parvenus à transmettre la foi, du moins en apparence.

Nous devons le reconnaître, dans nos pays de vieille chrétienté, l'Église est à l'épreuve, sa mission de sanctification et d'évangélisation du monde n'est pas facile. Mais l'a-t-elle été un jour, frères et sœurs ? Les Actes des apôtres que nous lisons depuis Pâques s'achèveront pas le martyre de Pierre et Paul. Pierre dans sa lettre aux néophytes, aux nouveaux-nés, aux jeunes baptisés parle à une communauté qui est déjà dans la souffrance, "mais, dit-il, l'épreuve purifie votre foi" déjà en ce temps-là. La lettre de Jean est aussi une lettre de combat contre les antéchrists qui menaçaient l'Église du premier siècle. Le chemin de l'Église, le chemin des disciples du Christ ne peut être que celui de son Seigneur, le chemin qui passe par la croix, et cela le Christ le sait déjà alors que les apôtres pensent que cela va bien se finir, que ça y est, la terre va être remplie du Royaume de Dieu, de son Esprit Saint, et tout sera meilleur et le royaume de justice annoncé par les prophètes sera là au milieu de nous, nous sommes les premiers. Jésus sait bien que les disciples auront aussi à traverser l'épreuve de la Passion. Voilà pourquoi il fait monter sa prière pour ses disciples, son ultime prière. Et en ce dimanche, entre Ascension et Pentecôte, nous sommes, frères et sœurs, invités à entrer dans la prière du Christ à la veille de son agonie et de faire nôtre cette prière du Christ qui est déjà dans la gloire du Père.

Que demande Jésus à son Père du moins dans l'extrait qui nous est proposé aujourd'hui et qui est plus particulièrement la prière de demande du Fils de Dieu à son Père ? nous y entendons quatre demandes. Première demande : que le Père nous garde en son nom. Deuxième demande : que nous soyons un. Troisième demande que le Père nous garde du mauvais, qu'il nous garde de Satan. Quatrième demande, que nous soyons consacrés dans la vérité.

Première demande : que le Père nous garde en son nom. C'est la traduction la plus précise, la traduction liturgique en rajoute un peu parce qu'elle croit que nous ne pouvons pas le comprendre aujourd'hui. Que le Père nous garde en son nom, en ce nom que nous avons reçu et que nous portons, nous qui sommes nés de Dieu par le baptême, nous qui avons été baptisés en son nom, au nom du Père, du Fils et du Saint Esprit. Nous qui avons dit : oui, je crois que le Père nous garde fidèles à l'engagement de notre baptême, fidèles à la foi que nous avons reçue, fidèles à ce roc de la foi sur lequel nous avons choisi de fonder notre vie. Père, garde-nous en ton nom.

Deuxième demande : que nous soyons un, un dans le Dieu un, un dans le nom du Dieu unique, l'éternel amour dont Jésus le Fils de Dieu nous a révélé que cet éternel amour était éternelle communion d'amour du Dieu un, du Dieu unique, père, Fils et Esprit Saint, communion parfaite de la sainte Trinité dans laquelle nous avons été introduits par notre baptême et dans laquelle nous sommes invités à demeurer. Père, garde-nous dans l'unité, Père, garde-nous un dans l'amour fraternel.

Troisième demande : que le Père nous garde du mauvais, qu'il nous garde de Satan. A la profession de foi de notre baptême avant de dire "je crois", nous avons dit de toutes nos forces : nous rejetons Satan, nous rejetons le mauvais. Mais qui sommes-nous, pour oser le prétendre ? Qui sommes-nous pour gagner le combat contre les forces du mal si puissantes en notre humanité jusqu'à détruire ce qui nous est le plus cher et bien souvent nos familles ? Nous avons besoin de prier le Père pour qu'il nous protège du mal. C'est souvent ce que les jeunes parents disent au prêtre quand ils viennent demander le baptême de leur petit. Ils le savent bien et leur prière monte d'instinct vers Dieu comme un Père : garde ce petit du mauvais. Père, quel beau chemin nous pouvons faire avec ces jeunes parents qui demandent à ce que le Père protège leur petit nouveau-né. Nous avons besoin de prier le Père pour qu'il mette en nous, ou plutôt qu'il ravive en nous le don de son esprit Saint, sa force. Nous revenons sur nous aujourd'hui avec cette prière que nous avons faite tout au long du carême sur les catéchumènes pour qu'ils soient délivrés de ce mal pour pouvoir renaître de la vie même de Dieu, être délivrés du mal. Père, garde-nous du mauvais.

Quatrième demande : que nous soyons consacrés sans la vérité. L'homme contemporain, l'homme moderne, oui, les humains sont tentés de penser qu'ils sont les maîtres de la vérité, et aujourd'hui, beaucoup sont tentés par le relativisme, par l'idée que chacun peut se fabriquer sa vérité, qu'il n'y aurait pas de vérité objective, de vérité éternelle, mais que chaque vérité serait subjective. Pour notre part, héritiers de la révélation judéo-chrétienne nous croyons que la vérité est plus grande que nous, qu'elle nous est donnée, qu'elle nous est manifestée, qu'elle nous est révélée. Ce qui ne nous empêche pas de continuer inlassablement à la chercher. Croyants et incroyants nous cherchons la vérité, main dans la main et nous en partageons la part que notre cœur et notre intelligence en découvrent et par laquelle ils sont touchés.

Baptisés, nous avons été consacrés, mis à part, plongés dans la vérité totale que le Père de toute éternité porte en son sein et qu'il a manifesté en Jésus. Nous avons été consacrés et sanctifiés, ce sont les deux sens du mot grec utilisés ici par l'évangéliste. Consacrés, mis à part, consacrés dans la vérité, mis à part avec une mission d'être les témoins de la vérité. Sanctifiés par cette vérité qui nous pénètre, par cette vérité du Christ, en son Esprit Saint aujourd'hui qui nous enseigne tout ce que le Christ a dit, sanctifiés par la sainteté même de Dieu qui du dedans nous pétrit, façonne en nous les témoins dont Dieu a besoin aujourd'hui au cœur de notre monde. Père, toi qui nous a consacrés, mis à part pour porter au monde l'évangile de vérité, sanctifie-nous et répands sur ton Église l'Esprit de vérité, l'Esprit de sainteté.

Quel sera l'avenir de notre Église ? Comme vous, je n'en sais rien, il appartient à Dieu, c'est notre confiance fondamentale notre acte de foi premier, pour notre sanctification, pour que brille davantage notre foi, notre espérance et notre charité, il se peut que nous passions au feu de l'épreuve, d'une épreuve plus grande encore, je ne sais. Mais ce que je sais, et j'en fais le constat à chaque visite pastorale, c'est que Dieu nous garde fidèles et je pourrais dire dans une ferveur plus grande, et qui doit encore progresser, mais qui progresse dans la foi dans l'espérance et dans la charité, la foi de nombreux baptisés, de nombreux fidèles du Christ que vous êtes aujourd'hui et que je viens visiter, et contempler aujourd'hui. Ce que je sais aussi c'est que de nouveaux venus à la foi, à tous les âges, de plus en plus nombreux, rencontrent le Christ, ou le redécouvrent et deviennent chrétiens par les sacrements de l'initiation chrétienne.

Nous fêterons dimanche prochain la Pentecôte, fête du don de l'Esprit, la Pentecôte est l'acte de naissance de l'Église du Christ, son baptême dans le feu de l'Esprit. De la même manière que le Christ a reçu l'onction de l'Esprit à son baptême, l'Église naît à la Pentecôte de l'Esprit Saint, mais de la même manière comme son Seigneur, elle est soumise à l'épreuve de la haine du monde mais cette épreuve n'éteint pas l'espérance, elle purifie la foi, et ravive l'amour. Nous savons que pour la mission d'évangélisation qui nous est confiée aujourd'hui, en ce temps, ici, en Provence dans cette paroisse Saint Jean de Malte, et dans tous vos réseaux de travail et d'amitié ou d'engagements, nous savons que Dieu nous a envoyés dans le monde. Il nous le rappelle aussi à la Pentecôte, et s'il nous donne l'Esprit Saint c'est pour poursuivre l'œuvre du Christ envoyé du Père en notre monde pour la poursuivre ici et maintenant. Nous savons qu'il nous faut être un dans l'amour et progresser dans la sainteté avec la grâce de l'Esprit.

Père, au nom de Jésus, donne-nous ton Esprit.

 

AMEN

 

 

 

 

 

 

 
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