AU FIL DES HOMELIES

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 L'ESPRIT SAINT, LE LIEN VIVANT AVEC LE CHRIST

Tt 3, 4-7 ; Jn 16, 5-11
Jeudi 12 Mai 2016
Homélie du frère Daniel Bourgeois

 

 

 

Frères et Sœurs, vous connaissez certainement ce proverbe typiquement français Partir, c’est mourir un peu. C’est vrai, on le sait, quand un ami doit partir, quand on doit déménager, quitter l’endroit où on vivait avec beaucoup d’amis, des connaissances, des gens avec qui l’on partageait beaucoup d’activités, on éprouve ce départ comme une sorte de mort. D’ailleurs, on ne sait pas qui meurt dans ces cas-là. Est-ce la personne qui meurt dans le cœur de l’autre ? Il y a de la mort aussi bien dans le cœur de celui qui quitte que dans le cœur de ceux qui sont quittés. C’est un peu la différence avec la mort, parce que dans la mort, nous ne savons pas exactement ce qu’il y a dans le cœur de ceux qui nous ont quitté. 

 

Partir, c’est mourir un peu, c’est dire que malgré la séparation et le fait qu’on ne pourra plus passer de bons moments ensemble, il y a quand même quelque chose qui reste dans le cœur de chacun, en dépit du sentiment de séparation ou d’abandon. En tout cas, s’il n’y a plus la vitalité et la profondeur d’échange qu’on pouvait avoir, il reste quelque chose. Et vous remarquerez que Jésus lui-même utilise ce vocabulaire-là. Dans le discours que nous lisons longuement depuis quelques temps, jamais Jésus ne dit Il est bon pour vous que je meure. C’est d’ailleurs un vrai problème : il ne parle de sa mort que comme d’un départ. Dans d’autres cas, saint Jean fait dire au grand prêtre Il est bon qu’un seul homme meure pour tout le peuple, le propos que Jésus va mourir sort de la bouche du grand prêtre, c’est-à-dire d’un adversaire. A ce moment-là, mourir, c’est éliminer, faire disparaître, il n’y a plus rien. Tandis que quand Jésus parle à ses disciples, à ceux avec lesquels il a tant partagé, avec qui il a vécu des moments extraordinaires et à qui il a permis de vivre ces moments là, il dit Je pars

 

Quand il dit Je pars, est-ce pour atténuer les choses ? On pourrait l’imaginer. Il y a des gens qui ont l’art de cultiver les euphémismes. En général, quand on parle de quelqu’un qui va mourir, on ne dit jamais Tu vas mourir, on dit Peut-être que tu ne seras plus avec nous, on utilise des tas de circonlocutions pour dire en espérant que ça dure le plus longtemps possible etc. Tout le monde a compris dans ces cas-là que ça commence à être un peu tangent. Jésus utilise-t-il le même procédé pour dire Le moment est bientôt venu ? Il serait quand même curieux que Jésus n’ose pas parler de sa mort et n’ose pas dire carrément les choses. Mais en leur disant Il vous est bon que je m’en aille, il sait déjà qu’il les trouble profondément. C’est donc pourquoi il mesure ses mots. Il veut dire quelque chose qui est la vérité, mais il sait aussi que cette vérité Je pars ou je m’en vais est extrêmement dure à porter pour les disciples. 

 

Pourquoi cet usage du mot partir ? Partir, c’est du domaine du spatial. C’est je vais ailleurs, je pars en vacances, je pars pour une mission etc. C’est avec ce type de mots et d’image que Jésus veut montrer la continuité. Là où le vocabulaire de la mort veut toujours dire la séparation, le non retour, le mot départ suppose, lui, la possibilité d’un retour. Et c’est là toute la finesse de la parole que Jésus adresse à ses disciples. Il leur dit Ce qui va se passer à travers ma condamnation, ma mort, ma Passion et ma mise au tombeau n’est pas un point de non-retour. C’est un départ, ce qui suppose un retour. Et il ajoute aussitôt Mais ce retour ne se fera pas comme vous pouvez l’imaginer. Ce ne sera pas un retour à la vie, au statut antérieur ou à la case départ, ce sera un retour sur un autre mode. Et c’est là qu’il annonce la venue de l’Esprit Saint. 

 

C’est pour ça que quand on parle de l’Esprit saint, on dit « l’esprit de Jésus ». Ca fait allusion au fait que Jésus étant parti et nous ayant quittés, le lien reste et son retour, par exemple dans la puissance de sa résurrection, se fait dans l’esprit saint. C’est donc l’esprit saint qui fait le lien entre le Jésus terrestre, celui que nous avons connu, avec lequel les disciples ont partagé des années d’existence et d’enseignement, et la nouvelle présence de Jésus. Il fait le lien entre l’Eglise dans son histoire et l’Eglise aujourd’hui, dans tous les temps à venir et jusqu’à la fin des temps. Entre ce que Jésus a inauguré par sa présence au moment où il a été là, et par ce qu’il achèvera au moment où nous serons présent en lui, c’est-à-dire à la fin des temps.

 

Même si la plupart du temps on a un peu oblitéré les choses, le rôle de l’esprit est vraiment de faire le lien entre nous, individuellement et en Eglise, et le Christ ressuscité. Et donc, l’esprit saint est véritablement ce lien que Jésus donne pour que l’histoire de l’Eglise maintenant ne vive pas simplement dans le souvenir d’un mort, mais vive dans la communion avec quelqu’un qui nous a quitté mais qui est toujours là par le don de son esprit. 

 

Frères et sœurs, cette dimension de la vie de l’Esprit dans l’Eglise aujourd’hui est très importante : ce n’est pas simplement une sorte de compensation nostalgique, c’est vraiment LE lien. Il est celui qui unit, celui qui fait que Jésus qui est parti, qui n’est plus là en présence immédiate telle que nous le connaissions, est cependant réellement en lien avec nous. C’est pour ça que nous le prions et c’est pour ça qu’il est considéré comme celui qui donne à l’église son dynamisme, sa vitalité puisque précisément, en tant qu’esprit du Christ, il nous donne d’avoir ce lien vivant, invisible mais bien réel, avec le Christ.

 

 
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