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NOUS VIVONS EN ESPÉRANCE

Tt 3, 4-7 : Jn 16, 5-11

Jeudi de la septième semaine de Pâques

(4 juin 1981)

Homélie du Frère Serge JAUNET

Perse : Pentecôte

C

e temps où nous vivons est le temps de l'Esprit Saint. Nous n'avons pas été contemporains du Christ Jésus, pendant ces trente trois ans où le plus beau des enfants des hommes, la plus belle fleur de l'humanité a marché sur nos chemins terrestres. Il est parti et Il nous dit aujourd'hui qu'il était de notre intérêt qu'Il parte, pour que nous recevions l'Esprit Saint.

Dans la première lecture, cette lettre que saint Paul écrit à Tite, Paul nous donne, en quelques phrases très courtes, un raccourci saisissant de ce qu'est notre foi chrétienne, de ce qu'est notre espérance. Phrases qu'il nous faut méditer, relire sans cesse, remâcher pour que, en nous, se fortifie notre foi, qu'elle devienne inébranlable nourrie par la Parole de Dieu.

Je voudrais seulement m'arrêter à cette phrase de saint Paul : "Cet Esprit, Jésus l'a répandu sur nous à profusion afin que, nous obtenions en espérance l'héritage de la vie éternelle". L'Esprit nous donne en héritage le Royaume. Il nous donne en héritage cette vie à laquelle tous nous aspirons qui que nous soyons. Mais il nous donne cela, en espérance. Plusieurs fois, dans d'autres passages de ses lettres, saint Paul dit que l'Esprit Saint qui nous a été donné, constitue les arches de notre héritage, ou comme certaines traductions le disent, bien que ce ne soit pas très beau, mais nous aide à comprendre, l'Esprit Saint est comme un acompte, une avance de ce que nous vivrons éternellement, de la vie du Royaume.

En cette semaine, il faut bien nous dire, puisque nous attendons l'effusion de l'Esprit, cette effusion qu'à chaque liturgie de la Pentecôte Dieu renouvelle pour son peuple, l'Esprit certes, va nous être donné en abondance, va nous être donné à profusion, comme le dit saint Paul, mais tout cela, tout ce que l'Esprit nous donne, cette vie du royaume à laquelle il commence à nous faire accéder, cela nous est donné comme des arrhes, une avance. Cela nous est donné en espérance seulement. Et c'est bien vrai quand nous nous regardons nous-mêmes, quand nous regardons notre Église, quand nous regardons notre monde, nous remarquons que l'Esprit n'a pas encore pris sous son emprise, tout ce que nous sommes, tout ce qu'est ce monde, tout ce qu'est cette Église. Il y a en nous-mêmes, tellement de régions de notre personnalité, de notre cœur, de notre esprit, de notre corps même qui n'ont pas été évangélisées, qui n'ont pas été données à l'Esprit Saint pour qu'Il habite pleinement ce que nous sommes. Et cela nous aide justement à espérer.

Il nous faut savoir qu'Il en sera ainsi tout au long de notre vie sur terre. Le royaume qui est déjà commencé et vers lequel nous avançons, ce monde nouveau que l'Esprit vient instaurer, lui qui emplit tout l'univers pour le transformer, ce monde que Dieu a voulu de toute éternité, dans son dessein d'amour, cela ne nous est donné que petitement, cela ne nous est donné qu'en espérance.

Comme nous, comme tout homme, les moines sont des pauvres qui attendent la réalisation plénière de ce royaume. Seulement, sept fois par jour, et même au milieu de la nuit, il leur est donné de saisir quelque chose de ce royaume dans la liturgie, dans cette prière qui nous proclame et qui proclame à la face du monde, que nous sommes sauvés, que le Royaume est déjà là.

Frères et sœurs, nous qui, pour la plupart chaque midi, nous retrouvons dans cette église pour la liturgie, le Royaume nous est donné. Comme le disent nos frères orthodoxes, c'est déjà le ciel sur la terre. Que cela nous rende fort pour espérer et pour savoir que, malgré ce qu'il y a en nous de petitesse, de pauvreté, de péché, en nous et dans notre monde, déjà, nous vivons en espérance de la vie éternelle, déjà, nous recevons les arrhes de l'Esprit.

 

AMEN