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LA RÉVÉLATION DE L'ESPRIT SAINT

Tt 3, 4-7 ; Jn 16, 5-11

Jeudi de la septième semaine de Pâques – C

(24 mai 2007)

Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

 

F

rères et sœurs, nous sommes dans un monde qui est très branché sur l'action, on parle parfois d'activisme. Je veux dire par là que le seul critère, c'est les choses qui se font, les choses qui se construisent, les choses qui avancent, les actions qui montent en bourse, etc … Parce que nous avons ces idées-là, nous avons tendance à faire de la surenchère au Saint Esprit. Le Saint Esprit c'est ce qui fait monter les actions spirituelles dans le cœur des croyants, c'est ce qui assure le dynamisme de l'Église, c'est ce qui fait que ça marche, que l'on fait des progrès dans la vie spirituelle, qu'on devrait faire moins de péchés. Notre appréciation de l'Esprit Saint, c'est en gros le slogan publicitaire au lieu que ce soit avec Carrefour, c'est avec l'Esprit Saint, je positive.

En réalité, les premières communautés chrétiennes ont compris qu'avec l'Esprit Saint, on ne positivait pas tout le temps et que de temps à autre, il était utile qu'avec l'Esprit Saint, on négative. Pourquoi ? Parce que l'Esprit Saint a un double rôle. Il a bien entendu le rôle de vivre dans le cœur des croyants, d'aider et d'inspirer la foi, de donner aux témoins de témoigner jusqu'à la mort, aux martyrs. Jésus dit bien que l'Esprit Saint est envoyé au monde. Le monde chez saint Jean, ce n'est pas nécessairement du positif. Donc l'Esprit Saint est envoyé au monde, et il se peut qu'il ait un rôle précisément négatif. Cela peut nous scandaliser, et pourtant, c'est souvent comme ça. Quand quelque chose est en principe de dévoilement, d'activité, cela entraîne ceux qui ouvrent les yeux pour voir, cela aide ceux qui veulent bien bouger un peu les bras et les jambes, éventuellement les méninges pour faire avancer les choses, mais cela laisse aussi de côté ceux qui ne veulent pas bouger, ceux qui restent sur la touche, ceux qui restent assis au bord de la route, et au fond, le monde pour saint Jean, tel qu'il en parle ici dans ce petit passage de l'évangile que nous avons lu, c'est le monde qui reste assis sur le bord de la route, alors que l'Esprit Saint est en train de faire son chemin dans le cœur de l'Église.

Donc à partir du moment où l'Esprit Saint agit dans le monde, il est inévitable qu'auprès de ceux qui sont du monde, il dévoile un certain nombre de limites, de refus, de failles et de péchés. Cela peut paraître bizarre, mais le rôle de l'Esprit Saint n'est pas uniquement positif. Le rôle de l'Esprit Saint, c'est de venir à la charnière même de ce qui est la liberté et la vie profonde de chaque individu, de chaque être dans le monde, et d'opérer un certain départage entre ceux qui rentrent dans la dynamique de son action et de son salut, et ceux qui n'y rentrent pas. C'est pour cela que saint Jean dit du Christ qu'au moment où l'Esprit est venu, Il va établir la culpabilité et le péché du monde. L'Esprit est Paraclet, c'est-à-dire le défenseur, avocat, mais il est accusateur, procureur de la république. Il fait les deux rôles. Il est Paraclet, consolateur, positif pour ceux qui croient en lui, mais il a effectivement un rôle de dénonciation du mal et du péché. C'est précisément ce rôle qu'on veut occulter le plus, parce que nous vivons dans une société où tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil, et par conséquent, on aimerait que l'Esprit Saint donné par Dieu au monde, dise d'abord cette chose que tout le monde est beau, et gentil. Mais l'Esprit Saint ne tient pas ce discours. L'Esprit Saint dit qu'il veut convaincre la culpabilité du monde en matière de péché, de justice, de jugement. Il y a triple chef d'accusation, trois plaidoiries à mener, et l'Esprit Saint comme procureur de la république va charger le monde de ceux qui refusent le message de l'Esprit, de ce triple refus.

Les versets suivants le commentent rapidement, l'Esprit Saint aide à la foi, à croire, mais il dévoile la non-foi. A partir du moment où il y a des croyants, il y a des non-croyants. Aussi paradoxal que cela puisse paraître, les non-croyants ne sont pas simplement des gens neutres qui ne se sont jamais engagés dans la foi, pour saint Jean en tout cas dans cet évangile, à partir du moment où il y a des croyants, l'Esprit commence à mettre en évidence, les non-croyants. C'est très ambigu et très intéressant, les non-croyants sont déjà sous la mouvance d'une certaine activité de l'Esprit qui dévoile en eux leur incroyance. C'est très important, parce que si on veut passer à la foi, il faut déjà avoir détecté en soi son incroyance. Le fait de détecter ce refus de croire est déjà une œuvre de l'Esprit dans le cœur de celui qui ne croit pas.

La deuxième chose, c'est que la justice est la réconciliation de l'homme avec Dieu, avec le Père, donc l'Esprit va dénoncer en matière de justice parce que le Christ va au Père, il va dénoncer le monde dans le fait qu'il n'admet pas, ne croit pas ou n'accepte pas qu'il puisse être fait pour la rencontre du Père dans la justice et la plénitude de la réconciliation divine. Là encore, c'est une chose assez difficile à admettre, mais là où le monde refuse la possibilité d'une ouverture à Dieu, ce refus même est toujours mis en évidence par l'acte même de l'Esprit. Si l'Esprit ne crée pas le mouvement même de rencontre avec le Père, personne ne se soucierait de savoir si on peut rencontrer le Père ou pas. Et à partir du moment où l'Esprit œuvre à cette rencontre du Père, il manifeste les zones d'ombre, soit du monde, soit de ce qui en nous-mêmes fait partie du monde, et qui n'accepte pas la rencontre avec le Père, ou qui la module, ou qui la tempère, ou qui essaie de l'adapter à sa manière.

La troisième chose, le jugement, parce que le Prince de ce monde est déjà jugé. C'est le plus encourageant. Au moment où l'Esprit vient dans le cœur des croyants, il leur dit la parole que Jésus dit dans ce même discours : "Ayez confiance j'ai vaincu le monde". La Parole et la présence de l'Esprit dans les croyants est d'affirmer la victoire du Christ et de l'Église comme corps du Christ vainqueur du mal et du péché qui ont débauché l'humanité. Mais en même temps, à partir du moment où il dit que cette victoire a été remportée, et que le Prince de ce monde a été jugé, il met en évidence l'échec du Prince de ce monde, sur ce monde.

C'est peut-être le côté le plus positif et le plus encourageant pour nous chrétiens, c'est de voir que l'Esprit Saint est capable de manifester dans le monde en tant qu'il se ferme à Dieu, l'échec où cela peut le conduire. Mais là encore, c'est parce que l'Esprit fait voir cet échec qu'on peut le reconnaître et qu'on peut le voir. C'est que l'histoire de l'Église actuellement est faite de lumière et d'ombre parce que l'Esprit quand il répand la lumière dans le cœur des croyants fait en même temps dévoiler des zones d'ombre et il ne faut pas se hâter tout de suite de mettre sur le mot monde, les autres, mais on peut mettre aussi cette zone d'ombre qui est à l'intérieur de moi-même et qui est le monde en tant que je me refuse à la justice, au jugement. Et cela nous ramène à cette vérité fondamentale de la foi qui est qu'à partir du moment où nous recevons l'Esprit Saint, il opère en nous, dans notre vie spirituelle, dans notre recherche de Dieu un mouvement de discernement pour ce qui va dans le sens de son œuvre, et ce qui au contraire y résiste.

C'est donc en lisant ces textes que nous retrouvons l'occasion de nous remettre devant la manière dont nous accueillons l'Esprit Saint.

 

AMEN