AU FIL DES HOMELIES

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 L'ATTENTE COMUNAUTAIRE DE L'ESPRIT SAINT

Ep 2, 13-22 ; Jn 14, 15-21

Lundi de la septième semaine de Pâques

(21 mai 2007)

Homélie du Frère Christophe LEBLANC

Jérusalem : le Cénacle

A

 

écouter d'une manière distraite la liturgie de la Parole, l'extrait de l'épître aux Ephésiens et l'extrait du discours de Jésus dans l'évangile de saint Jean, nous pourrions assez facilement opposer deux conceptions de la religion. Une religion basée sur le texte de Jésus qui parle à ses apôtres, une religion cocooning, il y a Jésus, il y a un tout petit groupe de personnes choisies, qui sont privilégiées et Jésus leur explique bien qu'eux ils vont le connaître, mais le monde ne peut pas le connaître.

Par conséquent, c'est une première relation avec Dieu qui se fonde sur un moyen extrêmement individuel et qui, il faut le dire, plaît beaucoup à notre société individualiste. Il y a Dieu et il y a moi, et dans cette semaine préparatoire au don de l'Esprit Saint, nous prions pour que Dieu m'envoie à moi, son Esprit Saint. L'Esprit Saint, si vous me passez l'expression, est réduit à un média, un moyen qui me permet d'entrer en relation avec Jésus.

Il y a la conception élaborée par saint Paul dans l'épître aux Éphésiens, une conception beaucoup plus large et même complètement communautaire. Il s'agit de montrer que l'Esprit Saint n'est pas d'abord celui qui me permet d'entrer en relation avec Jésus et moi seul, mais il est cette vie, cette fécondité qui innerve le corps ecclésial. Il est donc là un peu comme le ciment grâce auquel d'ailleurs, ces pierres dans cette église peuvent tenir, qui permet à l'église et à l'Église de tenir.

Vous l'avez bien compris frères et sœurs, il ne s'agit pas d'opposer ces deux conceptions mais plutôt de les articuler parce que Jésus est venu pour chacun d'entre nous, il a versé son sang pour chacun d'entre nous, c'est vrai que l'Esprit est donné à chacun d'entre nous et qu'il ne s'agit pas de balayer d'un revers de main cette conception personnelle de la relation au Christ. D'ailleurs, je crois que nous avons fonctionné pendant des années sur un aspect tellement communautaire à la fois dans la société occidentale civile et ecclésiale que nous savons bien que l'homme, la femme étaient réduits à un simple rouage. Il fallait même quelquefois que ce rouage saute ou se fasse écraser pour le bien de la communauté.

A l'inverse, nous sommes arrivés dans des situations où tout est tellement individualisé qu'il n'y a même plus de vérité dans le vocabulaire de la religion, mais ce qui prime c'est : "du moment que ça vous fait du bien". La religion est instrumentalisée et vérifiée à l'aune de cette question : est-ce que ça me fait du bien ou pas ?

Je crois que cette attente de l'Esprit Saint permet de remettre un petit peu d'ordre dans tout cela. Nous sommes les membres du corps du Christ, nous pouvons aussi être comparés à chaque pierre d'un édifice, comme le fait saint Paul dans l'épître aux Éphésiens. Ce que veulent dire à la fois Jésus dans l'évangile et saint Paul dans son épître, c'est que ce qui prime avant tout et ce n'est pas que ça me fasse du bien, ce n'est pas même que je privilégie une relation individuelle et personnelle avec Dieu, avec Jésus, mais c'est que, touché par le Christ, quelle sera ma réponse? c'est de me soucier de son Corps. En fait, nous pourrions même utiliser cette très belle image de saint Paul qui compare la relation de Jésus avec l'Église, comme la relation d'un époux avec son épouse. C'est exactement la même chose. Quelle est notre réponse au don de l'Esprit Saint ? Ce n'est pas de la garder pour nous, mais c'est de le faire rejaillir dans la communauté. Quand on est époux et épouse, c'est dans la communauté conjugale et familiale, et quand nous sommes chrétiens, chrétiennes, c'est la communauté dans laquelle nous vivons.

Frères et sœurs, que ce don de l'Esprit soit pour nous l'occasion de réveiller un petit peu en nous cette partie endormie, que nous faisons véritablement partie d'un corps, le corps de l'Église et que nous avons à y gagner de nous soucier un peu plus du corps ecclésial de notre prochain, plutôt que de n'attendre uniquement l'Esprit Saint pour nous, pour que ça nous fasse du bien.

Prions pour que l'Esprit puisse venir au cœur de notre vie et innerver le Corps. Je finirai là-dessus : je trouve assez beau que Jésus ait fait tomber cette barrière entre le judaïsme et la foi en Jésus-Christ, en versant son sang. Dans la conception juive, le sang c'est l'Esprit. Comme le sang innerve le corps de l'homme, ce sang que le Christ a versé sur sa croix et qui est maintenant l'Esprit Saint qui est versé su chacun d'entre nous, comme le sang innerve chaque partie de notre corps, l'Esprit Saint est appelé à innerver le Corps entier de l'Église dont nous sommes chacun un des membres.

 

AMEN

 

 

 

 
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