AU FIL DES HOMELIES

Photos

L'ESPRIT LIEN DE COMMUNION 

Ep 2, 13-22 ; Jn 14, 15-21

(2 juin 2003)

Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

Collonges-la-Rouge : l'Ascension

L

 

es deux textes que nous venons d'entendre l'épître aux Ephésiens et l'évangile de Jean, me semblent constituer un prétexte favorable pour vous faire part d'une interprétation un peu personnelle de la manière dont nous nous devons comme croyants aujourd'hui, d'aborder le mystère de l'Esprit Saint.

En effet, si on regarde dans la communauté primitive, la plupart du temps les mentions de l'Esprit sont toujours en connexion étroite avec la construction de la communauté. Autant les premiers disciples, les premières communautés avaient ce sens d'une relation personnelle avec le Christ comme sauveur, comme Celui qui était mort et ressuscité et révélateur du Père, autant on peut dire que la relation qu'ils avaient avec l'Esprit Saint n'était pas d'abord une relation personnelle. Même lorsqu'ils recevaient l'Esprit, c'était toujours ou presque toujours collectif. Ainsi, avant de saisir (cela viendra plus tard dans la définition dogmatique), avant de saisir l'Esprit Saint dans une sorte de réalité personnelle, individuelle, un peu comme on parle "du" Père, "du" Fils, on perçoit d'abord spontanément l'Esprit Saint plutôt comme un milieu, comme une sorte de "bain", d'où l'expression qu'on a entendu à deux reprises dans l'épître aux Ephésiens : construction du corps "dans" l'Esprit. Autrement dit, l'Esprit est beaucoup plus le garant de la vie collective de la communauté que le garant individuel de ma propre vie personnelle. Il y a heureusement d'ailleurs, d'autres textes mais moins nombreux, il faut en convenir qui expliquent que "l'Esprit en personne se joint à notre esprit pour nous faire crier "Abba", c'est-à-dire "Père".

Je crois quand même que les premières communautés ont perçu le mystère de l'Esprit pas exactement comme un successeur de Jésus-Christ dans ce monde, mais au contraire comme celui qui maintenait la communauté dans une unité de communion autour de Jésus absent, mais Sauveur et Seigneur ressuscité. La fonctionnalité de l'Esprit est "rassembleuse", alors que la figure de Jésus est davantage cette présence et ce vis-à-vis, ce dialogue individuel de chaque membre de la communauté avec la Seigneur.

Ceci m'amène à poser une question. Il est certain que depuis un certain temps, ce qu'on appelle le renouveau charismatique, qui est issu de milieux protestants américains, a beaucoup plus spontanément perçu l'Esprit comme une puissance qui habitait en chacun, et finalement donnait à chacun son pouvoir prophétique, son charisme, sa place dans la communauté. L'abord du mystère de l'Esprit Saint est assez spontanément individuel, pour ne pas dire parfois individualiste. On s'aperçoit ici du décalage qu'il y a entre les deux mondes. C'est sûr que dans le pentecôtisme américain, la valeur de la personne est spontanément appréhendée comme la chose la plus essentielle, on a tendance à vouloir privilégier les textes sur l'Esprit qui vont valoriser l'individu en tant que tel. C'est ce qui amènera pourtant, à certaines aspirations ou aberrations : "l'Esprit Saint m'a dit que tu devais faire telle chose", ce qui en général est éminemment sujet à caution !

En fait, ce n'est pas tout à fait la théologie primitive de l'Esprit Saint. La théologie de l'Esprit Saint est une théologie de la construction communautaire et c'est pour cela que l'Esprit peut être l'inspirateur des charismes, non pas vus comme la valorisation individuelle dans sa place dans la communauté, mais plus exactement comme la manière de mettre chacun "à l'unité", à l'unisson de la communauté.

Cependant, les deux approches ne sont pas totalement contradictoires, mais il faut bien avouer que si nous avons une théologie de l'Esprit qui ne vise qu'à favoriser cette espèce de mouvement incessant à l'intérieur de soi-même, de l'agitation de l'Esprit un peu prophétique, un peu extraordinaire ou recherchant l'originalité et la singularité à tout prix, on risque de perdre de vue ce qui constitue vraiment la colonne vertébrale de la théologie de l'Esprit Saint. Je crois que le mystère de l'Esprit dans les communautés primitives a été exactement perçu à la mesure de la construction des Églises et du corps du Christ. C'est tout autre chose. A ce moment-là, on voyait cette multiplicité et des communautés et des individus dans les communautés, et il fallait rendre compte de ce qui pouvait donner à cette multiplicité, à cette diversité et à cette variété, une véritable unité de communauté. Et l'on s'est rendu compte que cette unité de communion ne pouvait pas venir des individus eux-mêmes, et par conséquent, c'était un don, c'était un grâce et c'était dons la manifestation première et fondamentale de l'Esprit.

Nous aurions grand intérêt aujourd'hui à relire le Nouveau Testament, et plus spécialement les passages sur l'Esprit Saint dans cette perspective. Cela nous montrerait que le mystère de l'Église n'est pas simplement la prolongation historique du mystère du Christ, comme si on se passait le flambeau de l'évangile de personne à personne et qu'ensuite, il y aurait un Esprit Saint qui viendrait chez chacun pour authentifier la foi, la vie selon les charismes et selon la charité. En réalité, je crois qu'on gagnerait à redécouvrir l'essence profonde du mystère de l'Église à la manière même dont l'Esprit est source de communion. Ce n'est pas tout à fait un hasard si dans les grandes perspectives qui suivront quelques siècles plus tard, on désignera toujours l'Esprit comme le lien de la communion, quelles que soient d'ailleurs les modalités que l'on utilisera pour préciser ce lien : le baiser d'amour entre le Père et le Fils, et toute la théologie qui va suivre. A mon avis, c'est très intéressant, c'est parce qu'on avait éprouvé l'Esprit comme lien, effectivement on avait mieux discerné son rôle de lien au sein de la Trinité.

Que ce temps que nous mettons à profit pour nous préparer au don de l'Esprit de la Pentecôte réveille en nous non seulement le désir individuel du don de l'Esprit, mais que ce soit véritablement le désir d'un don de l'Esprit pour toute l'Église pour lui faire retrouver son vrai visage de communion.

 

AMEN

 

 

 
Copyright © 2019 Paroisse Saint Jean de Malte - Tous droits réservés
Joomla! est un Logiciel Libre diffusé sous licence GNU General Public