AU FIL DES HOMELIES

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FAIRE LA VÉRITÉ

Ep 2, 13-22 ; Jn 14, 15-21

Lundi de la septième semaine du temps pascal – C

(12 mai 1986)

Homélie du Frère Michel MORIN

 

J

e trouve ce discours terriblement abstrait, fait d'un certain nombre de concepts qui s'enchaînent les uns les autres, qui nous révèle des paroles très belles, mais peut-être vis-à-vis desquelles il est facile de rester quelque peu étranger, si ce n'est de se consoler en nous disant : cela est très beau, c'est très spirituel.

Si je dis cela, ce n'est pas par mode d'humour. C'est que je crois qu'une des grandes tentations de la vie chrétienne, qui en est aussi une des grandes diffi­cultés, c'est justement cette extraordinaire capacité que nous avons d'abstraire les choses de la foi, de prendre l'Esprit pour un concept, aussi vague qu'insai­sissable, de comprendre cette demeure, cette présence de l'un et de l'autre, et en nous et nous avec eux, comme une sorte d'approche, assez indéfinie, du mystère de Dieu.

Or, nous le savons bien, les choses de Dieu sont beaucoup plus réelles que le réel. Mais nous avons cette mauvaise maladie de les aborder d'abord avec notre esprit, et nous avons un esprit bien occi­dental, bien français, c'est-à-dire bien cartésien, je dirais logique et mathématique.

Qu'est-ce que c'est pour nous cet "Esprit de vérité" ? Qu'est-ce que la vérité ? Nous aimons, nous, la vérité quand c'est clair et net : 2 et 2 font 4, c'est clair, c'est net pour tout le monde, ça nous convient, ça nous rassure, c'est vrai. Il y a la vérité mathémati­que, il y a la vérité scientifique, cet ensemble de lois incontournables. La vérité de l'Esprit, la vérité de Dieu n'est pas un théorème mathématique. Ce n'est pas une loi scientifique qui se déroulerait de façon imperturbable et vis-à-vis de laquelle nous n'aurions rien d'autre à faire que de dire c'est vrai puisque ca se passe ainsi, puisque ca ne change jamais.

Or lorsqu'on essaie, et c'est nécessaire, d'aborder cette vérité dont Jésus nous parle ici à pro­pos de l'Esprit, pour ce qu'elle est vraiment, nous sommes très déroutés parce que nous ne pouvons plus le faire avec nos moyens intellectuels ou rationnels si brillants soient-ils. Pour éclairer cette vérité de l'Es­prit que nous promet Jésus comme un autre Paraclet, je voudrais vous relire deux extraits très courts de la première épître de saint Jean. Il dit, au début : "Si nous disons que nous sommes en communion avec Dieu alors que nous marchons dans les ténèbres, nous mentons, nous ne faisons pas la vérité." Et un peu plus loin : "Celui qui dit : "Je connais Dieu" alors qu'il ne garde pas ses commandements, c'est un men­teur, la vérité n'est pas en lui."

Ces deux passages de la première épître de saint Jean sont extrêmement éclairants pour com­prendre un peu plus quel est cet Esprit de la vérité que le Christ nous promet. Vous voyez qu'Il est lié avec le monde du mensonge, des ténèbres et donc du Mal. Et lorsque Pilate demanda à Jésus : "Qu'est-ce que la vérité ?" c'était justement au cœur de son combat contre les ténèbres, contre le mensonge, contre les forces du Mal, contre Satan. Il faut donc que, nous aussi, nous abordions la personne, l'œuvre de l'Esprit de vérité non pas comme une abstraction, non pas même comme un ensemble de concepts à croire, vis-à-vis desquels nous devons adhérer les yeux fermés, mais, à l'endroit même où Il nous a été révélé, d'abord dans la Passion du Christ, dans son combat contre la mort et le mal, et dans notre combat à nous contre le mensonge et le mal. C'est cela un Paraclet, c'est cela un avocat. C'est celui qui va "faire la vérité" non pas en assenant un certain nombre de principes, mais en discernant le bien et le mal, le vrai et le faux.

Et comment cela peut-il se faire ? Vous avez remarqué que, dans les deux passages que j'ai cités, il y a un lien avec ceux de l'évangile où il nous est dit "Esprit de vérité égale, commandement de l'amour, connaissance de Dieu". Etre rempli de l'Esprit de vérité, c'est d'abord, non pas adhérer aux principes de la foi, mais poser un acte qui est un consentement d'amour à Dieu. Et cet acte du consentement à l'amour de Dieu, c'est la réponse à son commandement, c'est-à-dire que, dans notre vie, nous faisons le choix de l'amour de Dieu parce que nous le connaissons comme étant le bien véritable, comme étant la vérité, et donc nous écartons de notre vie tout ce qui n'est pas lumière, amour et vérité c'est-à-dire le mal, le men­songe et toutes les complicités, toutes les compromis­sions que nous tissons quotidiennement avec le men­songe.

L'Esprit de vérité c'est donc cet Esprit de lu­mière, dont parle aussi saint Jean, qui vient dans notre regard, dans notre cœur, dans notre esprit, pour nous aider à "estimer" ce qui est bien pour Dieu, ce qui est "de Dieu", ce qui fera que nous demeurerons en communion avec Dieu et les uns avec les autres, dans tel acte, dans tel état, à telle étape de notre vie.

Vous voyez donc que nous ne sommes plus là dans un agencement de principes, dans un théorème mathématique, dans une sorte de calcul pour savoir ce qu'est la vérité, la solution à un problème. La vie chrétienne n'est pas un ensemble de solutions à un problème. La vie chrétienne est l'adhésion à un com­mandement d'amour qui vient de Dieu. Et l'Esprit de vérité, c'est cette lucidité, c'est ce choix, c'est cette force, cette lumière qui rend possible, dans notre conscience d'homme, le choix du bien véritable. Non pas le choix du bien qui nous convient momentané­ment, mais le choix du bien, du vrai, c'est-à-dire de Dieu Lui-même.

Et c'est pour cela que Saint Jean dit :"Si vous vivez ainsi, vous connaîtrez Dieu et le Christ se ma­nifestera à vous, vous le verrez !" non pas physique­ment, non pas de façon imaginative, mais vous le verrez parce que vous en vivez. Vous le verrez parce qu'Il est en vous, parce que s'il est amour, quand vous obéissez à son commandement d'amour, Il est là. Et Il est là, vous faisant ressembler lentement à ce qu'Il est Lui-même : le Fils de l'amour dans l'Esprit éternel.

Alors n'abordons pas ces jours qui nous pré­parent à la Pentecôte, j'allais dire "en l'air". N'abor­dons pas ces jours comme une sorte d'ambiance, plus ou moins heureuse certes, mais qui ne nous toucherait pas au cœur même de notre agir. Car la vérité, ça ne se pense pas en foi chrétienne, la vérité ça se pose en actes. Et tant que nous n'aurons pas ce souci perma­nent de faire que nos actes, nos pensées, tout ce que nous sommes adhère, consente à la vérité, au bien et à l'amour de Dieu, nous sommes encore dans les ténè­bres, nous sommes encore dans le mensonge.

Que notre cœur s'ouvre vraiment aujourd'hui à cette personne de l'Esprit de vérité, à son agir en nous, pour que, vraiment, notre vie ne soit pas selon notre esprit et nos vérités même religieuses ou spiri­tuelles, mais selon le don que Dieu nous fait, ce pre­mier don fait aux croyants, premier parce que sans Lui nous ne pouvons pas vivre la foi chrétienne dans la vérité que Dieu nous a révélée et qui est la seule condition pour que nous soyons de vrais chrétiens, d'authentiques témoins.

 

AMEN

 

 

 
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