AU FIL DES HOMELIES

Photos

DANS LA PROXIMITÉ D'UN DIEU QUI RESPIRE !

Ep 2, 13-22 ; Jn 16, 22-33

Lundi de la septième semaine du temps pascal – A

(13 mai 2002)

Homélie du Frère Yves HABERT

 

N

ous voici donc engagés dans cette grande retraite depuis quelques jours déjà, vers Pentecôte, cette grande retraite ecclésiale. Ce n'est pas une retraite où l'on doive filer se cacher quelque part dans un monastère, mais c'est une re­traite en plein vent, pour l'Esprit qui nous pousse en plein vent, qui nous pousse à vivre plantés au milieu du monde. Donc, c'est bien qu'on puisse vivre ensem­ble cette retraite en plein monde.

Se laisser enseigner par Dieu, avec cette pé­dagogie de l'Église qui nous fait petit à petit entrevoir la plénitude du mystère de Dieu, qui se révèle dans ces grands textes qui sont le discours après la Cène, où le Christ après avoir partagé le pain et la coupe, après avoir inventé cette proximité extraordinaire de l'eucharistie, cette proximité qui nous fait vivre cha­que jour, car quelle proximité plus grande que celle de l'eucharistie ? Ainsi, le Christ nous introduit à une proximité peut-être encore plus grande, cela semble assez incroyable, c'est cette proximité à laquelle Il veut nous ouvrir, la proximité du "souffle". Parce que quand Dieu a créé les vivants, quand Dieu a créé l'homme, au deuxième chapitre de la Genèse, Dieu a pris de la terre rouge (adama), Il souffla dessus et la terre devint un être vivant. Dieu en soufflant a trans­mis son âme, a inscrit dans cette terre, dans la grande terre des vivants une sorte de nécessité, de dépen­dance, a inscrit quelque chose qui est aussi vital que le sang, un sang qui est passé par les poumons, un sang qui est devenu rouge vif, un sang oxygéné. Cette dépendance qu'Il a mise en nous de ce souffle auquel nous ne pensons même plus, ce souffle qui fait telle­ment partie de nous-mêmes que c'est tellement dur quand on doit donner son dernier souffle. Quand on a tout donné parce qu'on est vraiment malade et il y a encore ce dernier souffle à donner et c'est si dur à arracher, cela fait tellement souffrir celui qui doit donner son dernier souffle. Cette dépendance n'est pas seulement une dépendance biologique, ce n'est pas quelque chose qui a été inscrit au niveau de notre corps. Je crois que cette dépendance a une significa­tion autre, car c'est vraiment sur le souffle qu'on va pouvoir dire une parole, c'est sur ce souffle que la parole va pouvoir être portée, sortir, s'exprimer. Donc, on voit bien que petit à petit ce souffle, c'est quelque chose qui peut aller jusqu'au consentement, jusqu'à une parole qui nous pousse et nous engage, qui nous entraîne plus loin. Il y a une dimension spirituelle aussi à ce souffle. C'est peut-être pour cela que beau­coup de religions ont autant travaillé sur la question du souffle. Toute la tradition de l'Inde, par les "man­thras", par exemple, c'est une façon de s'approprier le souffle, ou la tradition russe de l'ésychasme, de la prière de Jésus, de la répétition du nom de Jésus sur le souffle. Et je crois que même toute la Bible y fait référence : "Tout ce qui respire loue le Seigneur".

Ce souffle que nous partageons a aussi une dimension profondément spirituelle. Et ces textes qui nous entretiennent des derniers discours de Jésus, de l'annonce de l'Esprit, surtout ce chapitre seizième de saint Jean, nous ouvre à une proximité très grande avec un Dieu qui respire. Quand Jésus parle de l'Es­prit, le souffle, Il parle précisément de ce souffle-là, justement pour nous introduire à cette révélation très haute que nous adorons un Dieu qui respire, qui a du souffle.

Nous adorons un Dieu qui travaille sans cesse, qui a cette énergie en Lui, qui nous attire par son souffle. Cette belle intuition de Claudel : il dit que quand le Christ a "remis l'Esprit", quand Il a remis le souffle, quand Il s'est vidé de son dernier souffle et qu'Il a tout donné, à ce moment-là s'est comme creusé une cavité en Lui qui a attiré toute la création.

Quand le Christ remet son souffle à la croix, quand Il souffle sur ses apôtres, c'est pour nous dire que toute cette création est finalement attirée en Lui et que pour nous qui vivons de ce souffle, ici-bas sur terre, la fête de la Pentecôte à laquelle nous nous préparons pendant cette semaine de retraite, cette fête est la promesse, l'assurance que nous vivrons de ce souffle trinitaire, que nous serons en quelque sorte intégrés à cette respiration trinitaire, que nous partagerons l'Esprit, que nous vivrons de ce souffle qui jamais ne s'éteindra, de ce souffle qui jamais ne s'empêchera de nous saisir.

La Pentecôte, c'est la fête d'un Dieu qui res­pire, c'est la fête d'un Dieu qui déjà nous ouvre à tra­vers notre respiration de tous les jours au souffle du consentement, au souffle du don que nous avons à faire à nos frères.

 

 

AMEN

 

 
Copyright © 2019 Paroisse Saint Jean de Malte - Tous droits réservés
Joomla! est un Logiciel Libre diffusé sous licence GNU General Public