AU FIL DES HOMELIES

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LA SINCÉRITÉ DU CHRIST ET LA NÔTRE

Ep 2, 13-22 ; Jn 16, 22-33

Lundi de la septième semaine de Pâques- A

(9 mai 2005)

Homélie du Frère Yves HABERT

N

ous poursuivons notre lecture savoureuse, aimante, comme une lectio divina, une lecture amoureuse de la Parole de ce texte du discours après la Cène, ces grands chapitres 13 à 17 de l'évangile de saint Jean qui nous révèlent les vues les plus profondes sur le mystère de Dieu, qui nous révèlent les profondeurs de cette vie qui éclate en naissance profonde comme dit le poète. Nous oublions peut-être que ces vues extrêmement profondes ont été partagées au cours d'un repas, partagées au moment de convivialité. Ce n'est pas simplement le repas partagé entre amis, c'est un repas liturgique, un repas marqué par cette Heure, marqué par la gravité du moment que le Christ vit, marqué aussi par la proximité de Pâques, la proximité de la plus grande fête des juifs. Mais c'est un repas qui porte en lui toute la charge d'un repas habituel, convivial. Tous les sentiments sont présents : le désir d'en savoir davantage, la jalousie, les questions que l'on pose, les réponses que l'on esquive, les questions embarrassantes, celles qu'on peut résoudre facilement. Tout est compris en quelque sorte dans cette relation qui s'est établie entre Jésus et ses disciples et qui trouve comme son point d'orgue dans ce repas partagé, et jusqu'à la sincérité. La sincérité est exigée entre amis, comme elle est exigée dans un couple. La sincérité, si l'on retrouve l'étymologie, c'est "sinecere", sans cire, c'est-à-dire sans masque de cire pour jouer un rôle qui ne serait pas le nôtre, mais sans cire, sincère, pour révéler en fait la profondeur de ce que l'on pense de chacun. Il y a comme une sorte de jeu de cache-cache dans ce dernier repas. Et les disciples aujourd'hui disent à Jésus : voilà que maintenant tu parles clair et sans figures. La sincérité de Jésus est entière, mais il faut bien comprendre cette sincérité, parce que comme pauvreté n'est pas vertu, sincérité n'est pas non plus vertu !

J'ai trouvé chez André Maurois (pas le baron du socialisme mais l'écrivain), cet aspect intéressant : "L'aspect dangereux de la sincérité c'est qu'elle finit par créer son objet. Si tu dis : je suis ambitieux, jaloux, tu te sens autorisé à l'être et paré du prestige de la franchise, le vice devient glorieux. Aujourd'hui nous valorisons beaucoup la sincérité, mais il ne faudrait pas que la sincérité serve à cautionner tous nos écarts. Puisque je suis ambitieux, je suis jaloux, je m'autorise à l'être". Le Christ a une sincérité très différente. Le Christ ne dit pas franchement : je suis Dieu, Il parle d'une sincérité en relation. Le Christ ne se vante pas dans un accès de sincérité, mais Il préfère recevoir sa gloire d'un autre. La véritable sincérité du Christ c'est une sincérité qui se reçoit d'un autre, Il se reçoit du Père. La sincérité du Christ est cette existence qu'Il reçoit d'un autre, cette révélation profonde de son mystère qu'Il reçoit d'un autre, cette respiration qu'Il reçoit d'un autre. La véritable sincérité du Christ c'est de reconnaître la relation unique qui l'unit à son Père. Cette relation a un nom, c'est une personne, c'est l'Esprit Saint.

Voilà le véritable fondement, voilà ce à quoi le Christ conduit ses disciples patiemment. Je crois que le Christ risquait en s'affirmant trop brutalement, de ne pas rendre témoignage à cette existence qu'il reçoit d'un autre, de ne pas rendre témoignage à ce qu'Il est réellement, même pour lui-même. Sincérité qu'Il reçoit d'un autre, sincérité que les apôtres devront aussi recevoir d'un autre, eux qui disent : maintenant nous savons qui tu es, nous croyons à présent. Et le Christ répond : "vous croyez à présent ? l'Heure vient où vous me laisserez seul". Cette sincérité des apôtres dans cet accent de reconnaissance sera passée aussi par le feu de la Passion pour qu'ils reçoivent l'attestation du Père qui a tiré son Fils des enfers et de la mort.

Que notre sincérité nous la recevions aussi d'une autre, qu'elle ne soit pas prétexte à couvrir certains de nos travers, certains de nos défauts, mais qu'elle soit véritablement ce que nous sommes, c'est-à-dire cette personne qui se reçoit de Dieu, cette personne qui reçoit la vérité profonde de son être de Dieu et de Dieu seul.

 

AMEN

 

 

 
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