AU FIL DES HOMELIES

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LE GÉNIE DE L'ARCHITECTE

Ep 2, 13-22 ; Jn 14, 15-21

Lundi de la septième semaine de Pâques – C

(17 mai 2010)

Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

Beauté, harmonie, équilibre  …

F

rères et sœurs, ce qui a toujours préoccupé les hommes dès qu'ils se sont mis à construire, c'est le côté paradoxal de ce qui constitue une habitation, une maison ou un monument. En effet, quand on construit, on prend des matériaux, souvent de provenances diverses, même si c'est la même pierre, il a fallu d'abord briser l'unité qu'il y avait entre tous les blocs dans la carrière, il a fallu trier et ensuite, par une opération qui était un grand art dans l'Antiquité et à l'époque où l'épître aux Éphésiens a été rédigée (c'était la mentalité de l'époque), il fallait ensuite une science extrêmement approfondie de l'assemblage, de l'équilibre pour faire tenir artificiellement des éléments qui n'existaient pas dans un tel état dans la nature. A l'état naturel on trouve des rochers, on trouve des cavernes, mais on ne trouve pas des murs avec des fenêtres, des portes, des moulures, des éléments décoratifs, des colonnes, des frontons.

Précisément, ce qui les frappait c'est le fait que tout cet ensemble qui avant d'être assemblé, avait quelque chose de disparate, qui n'avait pas encore trouvé d'unité, grâce au génie de l'homme, en l'occurrence, l'architecte, manifestait tout à coup un unité qu'on n'aurait jamais pu soupçonner. Les pierres s'ajustaient les unes aux autres, les éléments décoratifs s'enchaînaient, et le regard pouvait se promener sur une façade, un espace, un escalier, une colonnade en découvrant une harmonie, une manière d'être de la pierre, du bâtiment et de l'assemblage qui étaient absolument nouvelles. C'est ce qui a provoqué dans l'Antiquité de nombreux traités, jusqu'encore au Moyen-Age, et même peut-être encore aujourd'hui, mais avec un certain désenchantement parce que c'est souvent réduit à un calcul de résistance des matériaux, alors qu'à cette époque, on ignorait ce problème. C'est ce qui a provoqué tous ces manuels, ces ouvrages d'architecture dans lesquels on essayait de trouver le maximum d'harmonie et d'unité à travers la diversité de tous les matériaux qu'on avait utilisé.

C'est pourquoi il n'est pas étonnant que le Nouveau Testament pour parler de l'Église (c'est le cas aujourd'hui dans l'épître aux Éphésiens), ait précisément repris la métaphore de la construction et de l'architecte. Pour les premiers chrétiens, et là l'auteur des Éphésiens est particulièrement attentif à cet aspect, la diversité des matériaux de base était évidente. C'étaient les deux peuples, le peuple juif, et le peuple des païens. Par la prédication, par l'annonce de l'évangile, par l'œuvre de la foi qui s'était opérée dans les différents éléments, soit du côté juif, soit du côté des païens, les premiers témoins voyaient se construire un "Homme Nouveau", une construction nouvelle. Dans les Éphésiens, c'est une véritable obsession, car pour dire la différence entre les juifs et les chrétiens issus du paganisme, l'auteur prend la métaphore du mur. Il est parfaitement conscient qu'on peut être architecte pour créer des divisions, comme on fait des divisions entre les beaux quartiers et les bidonvilles, ce ne sont pas les mêmes matériaux, ce ne sont pas les mêmes assemblages ni non plus les mêmes architectes !

Là, la situation a été retournée. Là où le mur servait à marquer la division, c'était aussi un assemblage artificiel, c'était aussi finalement une création qui n'était pas naturelle, mais l'inspiration s'est inversée. Les murs, au lieu de devenir causes et sources de séparation, les murs deviennent principes et symboles d'unité. On comprend alors que pour ces premiers témoins, assister à ce phénomène de la construction d'un édifice, ce qu'il appelle "l'édifice spirituel", qui est les communautés ecclésiales, unies par la même confession de foi, par les mêmes liens qui cimentent et soudent les pierres ou les humains les uns aux autres, on comprend que pour eux, le principe d'assemblage ait été un principe d'assemblage plus qu'humain.

C'est pour cela que les apôtres, les premiers témoins, les premiers évangélisateurs ont compris que la construction de cet édifice, son inspiration, sa source d'unité étaient ailleurs qu'en lui-même. En fait, c'est une chose à laquelle nous ne faisons pas souvent attention : l'effet d'un bâtiment, l'unité et la beauté d'un édifice, nous croyons que c'est une unité interne, nous trouvons que c'est l'assemblage harmonieux et nous avons presque instinctivement tendance à dire : c'est extraordinaire que ce bâtiment se soit fait si beau. Nous n'avons pas toujours spontanément le réflexe de lire dans l'assemblage, dans l'harmonie et dans l'unité, le génie de celui qui a pensé le bâtiment. C'est cela un des premières formes par lesquelles les chrétiens voyant ce nouveau bâtiment qui était une humanité composée de deux carrières, la carrière du peuple juif et la carrière du peuple des païens, ont compris que le seul architecte capable d'insuffler un principe d'unité, était précisément un architecte transcendant : c'était l'Esprit Saint.

Frères et sœurs, c'est pour cela que aujourd'hui encore, quand nous faisons l'expérience de l'Église comme communauté, ce lien qui nous unit ensemble par la célébration liturgique, par la charité, par la foi commune, le désir de partager ensemble ce que nous avons de plus précieux, notre foi, notre espérance, notre charité, il faudrait que nous ayons non pas le réflexe purement et simplement de l'admiration devant le bâtiment : oh ! comme l'Église est bien faite (aujourd'hui on a de temps en temps des réserves sur ce problème), mais plus exactement, de voir l'œuvre de l'architecte, et plus encore l'architecte à l'œuvre, l'Esprit Saint. C'est le constructeur de la charité, de la foi et de la prière de l'Église.

 

AMEN

 

 

 
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