AU FIL DES HOMELIES

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UNE COMMUNAUTÉ EXEMPLAIRE

Ph 1, 2-8 ; Mc 6, 7-13

(20 mai 2013)

Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

Paul écrivant

C

'est merveilleux frères et sœurs, que nous ayons la chance aujourd'hui de recommencer le cycle ordinaire du temps qui suit le temps pascal, par la lecture continue de la lettre aux Philippiens. On entend les lettres de Paul en croyant qu'il écrit à des Églises qui sont autour de la Mer Egée. Or, la lettre aux Philippiens est une des plus extraordinaires. Pourquoi ? c'est la seule lettre où il ne se fâche pas ! C'est un record, parce que la plupart du temps, saint Paul a écrit des lettres parce qu'il avait des problèmes dans les communautés et ici, c'est la lettre sans problèmes. Avec les Corinthiens, il y avait une telle anarchie dans la communauté qu'il était obligé de mettre les points sur les "i", avec les Galates s'étaient laissés égarer par des petits groupes de pharisiens qui voulaient les récupérer dans le judaïsme, avec les Romains, il marche sur des œufs parce que la communauté n'est pas tout à fait bien en place et donc, il essaie de faire valider son évangile, mais de temps en temps le goût de la polémique reprend le dessus, tandis que dans l'épître aux Philippiens, dès le début le ton est magnifique : "Je rends grâce à mon Dieu chaque fois que je fais mémoire de vous dans mes prières, car je me rappelle la part que vous avez prise à l'évangile depuis le premier jour jusqu'à maintenant".

Qu'est-ce qu'était la ville de Philippes ? Elle se situe au nord de la mer Egée, dans l'arc de la Grèce qui va vers Istanbul. Cette ville existe encore, il y a des ruines romaines que saint Paul a dû connaître, mais en réalité, c'était une ville nouvelle. Construite par Philippe le macédonien, le père d'Alexandre, détruite par les romains qui avaient fini par conquérir la Grèce, reconstruite pour les colons. Il ne faut pas imaginer les colons comme des étrangers, très rapidement, les colons romains se mettaient très vite à la langue grecque et vivre en Grèce avait un charme irrésistible. C'était une communauté sans grand problème, et c'est une injustice que l'on a vis-à-vis des Philippiens, c'est sans doute une des réussites de l'évangélisation de Paul. Il a réussi à implanter une communauté qui était toujours en phase avec lui, il est venu la visiter trois fois, pas pour mettre des choses au point mais d'abord parce qu'il avait du plaisir à passer à Philippes. La ville de Philippes avait aussi été très engagée pour la quête pour les pauvres de Jérusalem dont l'Église était un peu en banqueroute sans doute à cause d'une mauvaise gestion. Cela veut dire que Paul avait beaucoup d'affection et d'attachement pour la petite communauté des Philippiens.

L'en-tête de l'épître dit : "Paul et Timothée (une lettre écrite par Paul, mais avec la collaboration de Timothée), à tous les saints qui sont dans le Christ Jésus qui sont à Philippes, avec leurs épiscopes et leurs diacres". Cet intitulé est extraordinaire, car il appelle les chrétiens "les saints", c'est-à-dire ceux qui ont été sanctifiés par le baptême. La sainteté ne signifie pas d'abord le sommet des vertus morales, mais la sainteté signifie l'appartenance à la communauté par le baptême et par la charité. Il salue d'abord les saints, c'est-à-dire tous les fidèles. Ensuite, il cite les épiscopes et les diacres. Il ne nomme ce que nous appellerons plus tard la hiérarchie, qu'en fonction d'abord ou située par rapport à la communauté des fidèles. C'est un des grands aspects de la théologie de Vatican II que d'avoir écrit un texte sur le peuple de Dieu dans lequel on parle d'abord des saints qui sont dans le Christ, et ensuite de citer les épiscopes et les diacres. Les épiscopes avaient-ils la même fonction qu'aujourd'hui ? nous n'en savons rien, mais le mot était déjà trouvé et il signifiait : veillant administrateur, ceux qui étaient chargés de la bonne marche de la communauté pour savoir ce qu'il fallait pour les uns et pour les autres. Les diacres étaient des serviteurs, et ce poste ne se manifestait pas dans les adresses de lettres, parce que Paul y voit déjà une onction précise qui deviendra le diaconat par la suite. A la fois, il affirme le primat de la communauté chrétienne comme telle, et avec eux les épiscopes et les diacres, cette structure est hiérarchique, mais qui n'est pas honorifique, mais qui est une hiérarchie de service.

Il rend grâce, il écrit sans doute vers 52-53, à l'époque où il était captif à Éphèse. Il est bloqué, à cause de quoi, on n'en sait trop rien, peut-être les émeutes des orfèvres, mais en tout cas, Paul pense aux Philippiens quand il est en prison. C'est marquer ainsi le caractère extrêmement affectueux, tendre de la mission apostolique de Paul, qui est développé tout au long de ce texte et notamment par le fait que Paul vit effectivement des conditions difficiles pour lui puisqu'il est prisonnier, mais la pensée de sa communauté de Philippes ne le quitte pas.

Frères et sœurs, que cette lecture de l'épître aux Philippiens, si vous avez l'occasion je vous invite à la relire d'un seul trait, c'est un magnifique chef-d'œuvre de la littérature chrétienne primitive, mais que ce soit surtout pour nous l'occasion de penser que les Églises ne sont pas nécessairement dans des rapports de tensions, de difficultés, de conflits, mais que les Église sont d'abord ces communautés qui paisiblement, jour après jour, en communion avec la hiérarchie, avec l'apôtre Paul qui était à 400 kilomètres, et qui célèbrent le mystère de Dieu au jour le jour et qui s'en réjouissent.

 

AMEN

 

 

 
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