AU FIL DES HOMELIES

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POURQUOI NE TE MANIFESTES-TU PAS AU MONDE ?

Ep 4, 4-13 ; Jn 14, 22-31 b

Mardi de la septième semaine de Pâques – A

(2 juin 1981)

Homélie du Frère Michel MORIN

D

 

ans le passage qui précède ces quelques phrases de l'évangile que nous venons de lire, le Christ Jésus avait promis deux venues divines : la première, celle de l'Esprit, "Je vous enverrai un Paraclet", la seconde, son propre retour : "Je reviendrai pour que vous ne restiez pas orphelins". Ce sont ces deux venues qui ont provoqué la question de Jude : "Pourquoi tu ne te manifestes pas au monde?" Car ces deux annonces de venue divine sont exclusivement destinées d'abord à l'Église, c'est-à-dire aux apôtres, puis à nous-mêmes. Ces venues seront mystérieuses, elles seront imperceptibles pour le monde. Ce ne sont pas des venues qui ressembleront aux théophanies de l'Ancien Testament, où il y avait de la lumière, des éclairs des tonnerres, toute une sorte de manifestation cosmique. Ces venues ne sont pas non plus apocalyptiques. Il n'est pas ici parlé de bouleversement terrestre. Ce sont des venues mystérieuses, ce sont des venues intimes, au cœur même de l'homme et de l'Église.

Et c'est cela que Jésus veut faire comprendre à Jude. "Pourquoi ne te manifestes-Tu pas au monde?" Le Christ va se manifester aux croyants, à l'Église, à cette communauté qui succède à la communauté apostolique et qui continue, dans le monde, d'être son corps mystique, c'est-à-dire invisible mais cependant bien réel. Et pour ce faire, Il annonce une troisième venue, celle du Père et celle du Fils. Le Père et le Fils viendront "et nous ferons en eux (dans les disciples) notre demeure". Pour que nous soyons "demeure du Père et du Fils", il y a deux conditions, c'est que nous aimions et gardions la Parole de Dieu et la seconde, c'est que nous comprenions que la Pâque du Christ, ce moment où Il quitte le monde, n'est pas achevée, n'est pas uniquement un évènement inscrit dans l'histoire, mais est un évènement inscrit dans notre propre histoire, dans notre propre cœur.

Pour accueillir cette présence du Christ, de son Père, il nous faut accueillir la Parole. Et la Parole, nous le savons, c'est l'Esprit qui ne cesse de la murmurer et de la faire jaillir en nous. Accueillir la Parole, ce n'est pas seulement l'écouter avec nos oreilles. C'est la recevoir dans notre cœur, c'est la laisser retentir dans notre chair, c'est la laisser nous purifier, c'est la laisser nous transformer, c'est la laisser nous façonner un cœur nouveau. Ecouter la Parole de Dieu et l'aimer, ce n'est pas uniquement lire un livre ou fréquenter du papier. C'est un petit peu, lorsque nous recevons une lettre de quelqu'un qui n'est pas là et que nous aimons beaucoup. La lettre, peu importe, les mots, peu importe. Ce qui a été dit, ce que nous cherchons, c'est ce renouvellement de l'amour, ce renouvellement de l'amitié dans une présence distante, invisible. Et nous aimons à relire ces lettres parce que nous y puisons cela même que nous vivons avec la personne qui n'est pas là. C'est cela aimer, goûter, être séduit par la Parole de Dieu. C'est cela accueillir en nous l'amour du Père et le laisser jaillir dans le feu de l'Esprit Saint. Et cela, c'est le propre des chrétiens, de ceux qui ont accueilli cette Parole de Dieu faite chair en Jésus Christ, cette Parole de Dieu qui doit se faire chair en eux-mêmes pour qu'ils deviennent vraiment le Christ.

Et la seconde condition, c'est de revivre aujourd'hui la Pâque du Seigneur, mais de la vivre dans la paix, de la vivre dans la sérénité, de la vivre sans peur, sans crainte, sans scrupule et sans honte. Le Christ est mort, le Christ est ressuscité. Si vraiment, c'est pour nous l'objet de notre foi, alors ce doit être aussi les conséquences dans notre propre vie.

Frères et sœurs, le monde ne peut pas voir Dieu, le Christ ne s'est pas manifesté à Lui. Et cependant, nous sommes, dans ce monde, le visage de la manifestation du Christ. Nous devons porter dans notre chair, dans notre souffrance, dans notre joie, les marques de la Passion et de la Résurrection du Christ, marques qui, comme une blessure dans la chair du Christ, doivent être reconnues par ceux qui le cherchent à tâtons, dans la nuit. Notre parole doit être marquée et empreinte de la Parole même du Christ ou alors, nous ne pouvons pas dire en vérité que nous sommes chrétiens.

 

AMEN

 
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