AU FIL DES HOMELIES

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CE QUI RESTERA DE JÉSUS ?

Ep 3, 14-21 ; Jn 14, 22-31 b

Mardi de la septième semaine de Pâques – B

(2 mai 1985)

Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

S

 

eigneur, comment se fait-il que Tu doives Te manifester à nous et non pas au monde ?" En posant ainsi la question de sa mani­festation, l'apôtre Jude mettait le doigt sur la raison fondamentale de l'action de l'Esprit au cœur de l'Église. Et voici pourquoi.

Quand on parle de se manifester, on peut vouloir dire deux choses, deux choses qui sont com­plémentaires, qui se tiennent absolument attachées l'une à l'autre, mais deux choses qui sont quand même très différentes. Se manifester à quelqu'un, cela peut vouloir dire simplement poser des actes, des gestes, des paroles qui font que l'on exprime ce que l'on porte dans le cœur. Et à ce moment-là, celui devant qui l'on se manifeste, est pour ainsi dire chargé d'enregistrer, de mémoriser les faits et gestes et les paroles qui ont été ainsi posés. Dans le cas de cette manifestation, on pourrait dire que les auditeurs les plus attentifs sont généralement les magnétophones, c'est-à-dire ceux qui enregistrent avec une fidélité scrupuleuse, abso­lument tout ce qui a été dit, tout ce qui a été proféré. Mais, quand on y réfléchit bien, quand quelqu'un se manifeste à vous, le plus important est précisément de comprendre et de voir que c'est précisément le mys­tère de sa propre personne qui se manifeste ainsi. Quand quelqu'un se manifeste à vous, et c'est pour­quoi le Christ parle immédiatement après de l'expé­rience même de l'amour : "Si quelqu'un M'aime", c'est précisément qu'il se manifeste dans le plus profond de ce qu'il est, que, à travers ces paroles et ces gestes qui sont ainsi posés, irradie tout le poids d'une présence, tout le poids d'une personne. C'est ce que le Christ veut faire comprendre : sa manifestation implique immédiatement l'amour, c'est-à-dire la reconnaissance de Jésus comme Quelqu'un.

Or, précisément, Jésus marche vers sa mort, et qu'est ce qui restera de Lui, pour nous, lorsqu'Il sera exalté dans la gloire, lorsqu'Il sera auprès du Père ? Est-ce qu'il ne restera que le témoignage du magnéto­phone ? Est-ce qu'il ne restera que des paroles, des souvenirs, des gestes, comme détachés de la personne même de Jésus ? Détachés du poids de son amour et de sa présence ? C'est pour cela précisément que nous est donné l'Esprit Saint. La seule raison, si je puis dire, pour laquelle l'Esprit est à l'œuvre en ce monde, c'est pour, à partir de tout ce qui nous reste de Jésus, "ce que nos mains ont touché, ce que nos yeux ont vu, ce que nous avons entendu de nos oreilles, ce que nous avons contemplé" nous dit saint Jean au début de sa première épître, l'Esprit Saint est là dans le cœur de chacun d'entre nous pour que, chaque fois que nous recevons nous-mêmes en notre cœur ce dépôt de la foi, nous ne le recevions pas comme des archives ou des documents, mais que, précisément, par l'Esprit Saint, et par l'Esprit seul, car Lui seul peut faire cela, nous y découvrions la présence et le poids de l'amour du Christ pour nous.

Et c'est précisément cela l'Église, c'est préci­sément cela la Pentecôte. C'est le moment où les dis­ciples commencent à proclamer cette Parole de Dieu, mais non pas comme un simple souvenir, non pas comme des archives ou des documents, mais vraiment ils font l'expérience de l'Esprit. Pour eux-mêmes, ils sont enseignés sur toute chose. Pour eux-mêmes, c'est une nouvelle expérience de leur rapport avec ce que Jésus a dit. Les paroles qu'ils gardent dans leur cœur et dans leur mémoire ne sont pas simplement des bandes magnétiques qu'il faudrait se passer de géné­ration en génération. Mais, précisément, ce qui est extraordinaire dans l'Église, c'est que, en écoutant ces bandes magnétiques que sont les évangiles, nous est donnée, par l'Esprit Saint, la présence même de Celui qui habite en nous, le Christ, le vivant, le Ressuscité aux siècles des siècles.

Depuis que le Christ est mort et ressuscité pour nous, nous recevons chaque jour les signes de sa présence, ou plus exactement nous recevons sa pré­sence, son être, par les signes de la Parole et du pain et du vin. Que ces signes ne soient pas seulement en nous des souvenirs, qui s'adressent uniquement à no­tre mémoire ou à notre intelligence, mais que, se don­nant à notre intelligence et à notre mémoire, Il les convertisse, Il les éveille, Il les réveille pour que nous découvrions la source, Celui-là même qui est l'unique sauveur, le Christ dans tout le poids et dans toute la gloire de sa présence à chacun d'entre nous.

 

AMEN

 
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