AU FIL DES HOMELIES

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L'ESPRIT EST À L'ŒUVRE DÉJÀ

Ep 3, 14-21; Jn 14, 22-31 b

Mardi de la septième semaine du temps pascal – A

(29 mai 1990)

Homélie du Frère Jean-François NOEL

P

ar rapport aux événements de notre vie, nous avons deux positions possibles, par rapport au déroulement de notre histoire.

La première position est celle qui nous voit soumis, soumis aux événements, ballottés comme un bateau par la tempête et nous tentons de redresser la barre, après chaque bourrasque, nous essayons de reprendre le cap, de carguer les voiles afin de ressaisir le vent qui tente de nous renverser. C'est comme si nous réagissions avec un certain retard, infiniment petit, léger, après que les événements nous aient sai­sis, tentant après coup de rétablir la situation. Et toute une part de notre vie est une partie soumise, une par­tie ballottée par les événements. Alors, en réfléchis­sant à ce qu'est le temps pour nous, nous essayons de justifier cette attitude en l'appelant un temps d'attente, temps de vigilance. Mais cette justification vient après notre désarroi, notre expérience d'échec, comme si le Christ nous voulait à un autre endroit de notre his­toire. Nous ne sommes pas les fruits des événements du monde ou même de notre vie. Nous en sommes, avec le Christ, par le Christ avec l'Esprit, nous en sommes les maîtres.

Le Christ nous invité à nous poster au-dessus des événements du monde et de notre vie et non pas en-dessous. Ainsi dire que le temps d'aujourd'hui, le temps de l'Église est un temps de vigilance et d'attente n'est pas une justification pour donner du crédit à cette vallée de larmes qu'est ce monde, mais c'est lui donner et définir son exacte réalité. Et si on voulait plus loin, il faudrait dire un temps de travail, un temps de travail d'enfantement. Et plus précisément encore un temps où l'homme que nous sommes doit naître à la vie intérieure. Comme disait saint Paul dans l'épître aux Ephésiens : "armés par la puissance même de l'E­prit", selon la puissance de sa gloire. Notre instrument de travail est l'Esprit. Et le fruit de ce travail sera l'homme nouveau qui doit naître en nous.

Ainsi le temps dans lequel nous vivons n'est pas un temps un petit peu absurde comme on finit un peu par le croire ou en tout cas un temps qui nous ballotte. Il est le lieu actuel où s'affrontent dans la croix du Christ la vie et la mort, ou s'affrontent en nous l'homme ancien et l'homme nouveau. Et le ré­sultat sera de toute façon la victoire du Christ sur le monde et la naissance plus ou moins réussie de notre homme nouveau.

Tout ceci pour dire qu'en ce temps d'attente de la venue de l'Esprit nous avons à reconsidérer dans la foi l'exacte mesure de la puissance de l'Esprit en travail dans le monde et que ce travail réel s'opère sous nos yeux et avec nous et tente de faire naître à la vie nouvelle les millions d'hommes qui peuplent cet univers. Nous ne le voyons peut-être pas assez, mais il y a un réel travail de l'Esprit, il y a une réelle vie typique de cette puissance de l'Esprit à l'œuvre dans le monde. C'est là que nous pourrions mesurer avec la foi l'avancée du Royaume de Dieu. En cette eucharis­tie et en cette fête d'attente où nous recevons en plé­nitude tout ce qui nous est promis dans les signes réels que sont le corps et le sang du Christ, apprenons à reconsidérer dans la confiance et dans l'espérance l'exacte mesure de la puissance de l'Esprit déjà à l'œuvre dans ce monde et dans nos cœurs.

 

AMEN

 

 

 

 
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