AU FIL DES HOMELIES

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JE VOUS LAISSE LA PAIX

2 Co 3, 3-18 ; Jn 14, 22-31 b

Mardi de la septième semaine de Pâques – A

(25 mai 1993)

Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

 

J

e vous laisse la paix, Je vous donne ma paix !" C'est dans le contexte de l'annonce de l'Esprit que Jésus prononce ces paroles. Il vient de dire : "Le Paraclet, l'Esprit saint que le Père enverra en mon Nom, vous enseignera tout. Il vous rappellera tout ce que Je vous ai dit." Dans son épître aux Gala­tes, saint Paul parlant de l'Esprit, nous dit que "les fruits de l'Esprit sont amour, joie, paix." La paix est donc un des fruits de l'Esprit. Non seulement la paix au sens politique, paix entre les nations, entre les peu­ples, mais la paix en un sens plus immédiat, la paix entre les personnes qui se connaissent, se fréquentent, ou même la paix à l'intérieur de soi-même. Qu'est-ce donc que la paix ?

La paix c'est un accord, une harmonie entre deux parties. La paix s'oppose à la guerre, elle s'op­pose donc à la lutte, à la haine, à la violence. La paix c'est une concorde et ce mot est déjà très révélateur puisqu'il veut dire des cœurs qui sont l'un avec l'autre. Ceci nous invite à comprendre comment la paix peut être un fruit de l'Esprit et que cette paix qui vient de l'Esprit saint n'est pas la paix que donne le monde. D'abord le monde ne donne pas beaucoup de paix, nous n'avons qu'à regarder autour de nous pour voir partout discordes, haines fraternelles, luttes fratrici­des, guerres. Le prince de ce monde est habile à pro­duire des divisions, à susciter des incompréhensions, à faire naître des haines qui dressent les parties les uns contre les autres. Mais quand le monde essaie d'accé­der à la paix, la méthode qu'il utilise le plus volon­tiers, peut-être la seule qu'il ait à sa disposition compte tenu de ce qu'est le monde, c'est ce qu'on ap­pelle un compromis c'est-à-dire une manière de mé­nager l'une et l'autre partie en donnant un coup à droite, un coup à gauche, un petit peu de satisfaction aux uns, un petit peu de satisfaction aux autres, les uns faisant un sacrifice sur tel point pour bénéficier du sacrifice des autres sur tel autre point.

Telle n'est pas la paix que le Christ nous donne, telle n'est pas la paix que l'Esprit répand dans nos cœurs. La paix qui est un fruit de l'Esprit elle est concorde c'est-à-dire accord profond des cœurs. Il n'y a de paix que lorsque les cœurs se sont accordés en profondeur c'est-à-dire non pas quand on a fait une demi-mesure, ou un compromis mais quand chacun a réellement fait une part du chemin qui le sépare de l'autre, non pas afin de faire des concessions mais afin de faire sienne la vie de l'autre, l'opinion de l'autre, ce qui tient au cœur de l'autre, afin de recouvrir le sens profond du désir de l'autre partie, à charge que cette autre partie, elle aussi, fasse l'autre moitié du chemin en comprenant de l'intérieur ce qui est notre désir, notre besoin, ce qui est notre vie.

C'est donc par une communion profonde des cœurs, par une compréhension intérieure des cœurs les uns par les autres que peut se réaliser une paix véritable. Et vous comprenez tout de suite pourquoi la paix est un fruit de l'Esprit qui dans l'énumération de saint Paul aux Galates suit l'amour et la joie. C'est par l'amour et seulement par l'amour qu'on peut parvenir et à la joie véritable et à la paix véritable. Une paix qui ne soit pas quelque chose qui recouvre temporai­rement, en apparence, des querelles qui ne sont pas réellement résolues, mais une paix véritable, durable, profonde, intérieure, une paix qui se fonde sur un accord vrai, réel et donc sur une compréhension au­thentique, sur un partage, sur une communion vérita­ble. Il faut aimer l'autre pour être en paix avec lui.

Je disais tout à l'heure que la paix n'est pas simplement entre les nations, elle est aussi entre les personnes, mais elle est aussi à l'intérieur de nous-même. Il faut qu'il y ait la paix entre les différentes parties de nous-même car nous sommes des êtres complexes et facilement des êtres divisés. Divisés d'avec nous-même parce qu'entre nos désirs il y a une certaine incompatibilité, parce qu'entre notre volonté et nos passions il y a souvent hostilité, parce qu'entre ce que notre intelligence nous montre et ce que notre sensibilité désire, il y a souvent discordance. Il faut que s'établisse aussi la paix à l'intérieur de nous-même. Il faut que nous apaisions notre cœur non pas en sacrifiant telle ou telle partie de nous-mêmes, par exemple en écrasant notre sensibilité sous l'impératif absolu de notre volonté, non pas en faisant taire les évidences de nos sens sous prétexte que notre raison nous montrerait autre chose, mais par un accord véri­table à l'intérieur de nous-mêmes comme avec les autres mais aussi de groupe à groupe ou de nation à nation. Et cet accord, cette harmonie à l'intérieur de nous-même est elle aussi le fruit de l'amour, de l'amour de nous-mêmes qui est une vertu indispensa­ble. Il n'y a pas de paix intérieure sans amour de soi. Non pas un amour égoïste qui consisterait à nous mettre au-dessus de tout et à satisfaire nos fantaisies, mais un amour véritable qui est un regard profond porté sur nous-mêmes, un regard plein de compréhen­sion, de tendresse et d'humour, par lequel nous nous acceptons en profondeur, nous faisons nôtre notre propre vie, notre sensibilité, tout ce que nous portons en nous-mêmes, et nous intégrons tout cela à l'inté­rieur d'une unité que nous construisons avec tous les éléments que notre personnalité, que notre tempéra­ment ou notre caractère nous fournit.

La paix, fruit de l'amour. C'est un programme immense que nous devons d'abord réaliser à l'intérieur de notre propre cœur et puis réaliser avec ceux qui nous entourent, nos plus proches, et de proche en proche réaliser jusqu'aux extrémités du monde. Mais il n'y aura de paix avec les autres que s'il y a d'abord paix à l'intérieur de nous-mêmes. Un être qui est en guerre contre soi-même n'a pas les ressources d'éner­gie disponibles pour établir la paix avec les autres parce que, comme le dit l'acte de charité, "j'aime mon prochain comme moi-même". Il faut donc d'abord que je m'aime moi-même pour pouvoir aimer mon pro­chain, car si je ne m'aime pas, je n'ai pas de référence à l'amour de l'autre et surtout je n'ai pas de dyna­misme pour aimer l'autre car il faut d'abord que j'aie établi cet amour à l'intérieur de moi-même, cette paix à l'intérieur de moi-même pour qu'elle puisse être contagieuse et s'étendre en rayonnant à partir de cette conquête intérieure.

Que l'Esprit nous apporte l'amour, qu'Il nous apporte la paix, la paix à l'intérieur de notre cœur, la paix avec tous nos proches, la paix avec ceux qui sont loin.

 

AMEN

 

 

 
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