AU FIL DES HOMELIES

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RELIGION EXTENSIVE OU INTENSIVE ?

2 Co 3, 3-18 ; Jn 14, 22-31 b

Mardi de la septième semaine après Pâques – C

(25 mai 2004)

Homélie du Frère Christophe LEBLANC

 

E

ntre la question de Judas, pas l'Iscarioth, et la réponse de Jésus, il y a un abîme entre la reli­gion selon le cœur de l'homme et la religion selon le cœur de Dieu. Quand on écoute la question de Judas, on peut la faire nôtre. En fait, il demande pourquoi ce que le Christ dit est réservé à quelques privilégiés, à un petit cercle d'initiés, alors que ce qu'Il dit et tellement extraordinaire qu'il faudrait que le monde entier soit informé du message. Pourquoi le Christ doit-Il se révéler à un petit groupe, et non pas au monde ? Et quand l'Église traverse des crises, elle aime aussi reprendre cette question et essayer de dé­couvrir si par hasard elle ne devrait pas faire des étu­des de communication pour pouvoir mettre la bonne publicité au bon endroit, c'est-à-dire sur les abris de bus des villes.

En définitive, entre Jésus et Judas, entre Jésus et l'homme il y a toute la différence entre l'agriculture extensive et l'agriculture intensive, entre la religion extensive et la religion intensive. L'homme est exten­sif, il pense qu'il doit annoncer par toute la terre, le mot le dit, comme pour l'agriculture, alors que Dieu, lui au risque de nous choquer, préfère le côté intensif. Cela se voit moins, c'est plus discret, cela met beau­coup plus de temps, cela ne se sent pas, cela ne s'en­tend pas. Ce sont les bonnes vieilles méthodes entre la machine humaine, et d'autre part, la houe qui ouvre la terre afin qu'elle puisse accueillir la semence.

Entre ces deux conceptions, il y a aussi la place de la liberté de l'homme. Dans la première conception, il y a ce qu'il y a de plus négatif de la religion, le désir de l'homme d'imposer sa vue sur les autres, une sorte de mondialisation, comme il y a une mondialisation de l'économie, il y a une mondialisa­tion d'une religion unique, extensive, u mépris des cultures, de l'homme. Et de l'autre côté il y a une autre religion qui se fait plus subtile, qui se construit pa­tiemment, tranquillement, exactement comme le re­gard des parents vis-à-vis d'un enfant quand ils le laissent avancer à son propre rythme.

Il y a encore une différence entre ces deux conceptions, entre cette religion extensive et cette religion intensive, c'est aussi la place même de la re­lation avec Dieu, avec ce mot qui et si utilisé actuel­lement, de l'amour. En fait, dans la religion extensive, la religion n'est qu'une sorte de relais pour que nous puisions vivre en société. Il faut une morale, c'est vrai que l'Église elle-même peut-être fin du 19ème, et le 20ème siècles, face justement à la morale républicaine a peut-être eu tendance à oublier ce qu'était la vraie morale chrétienne, fondée véritablement sur notre Salut et la Résurrection du Christ, et elle s'est laissée glisser vers une religion moralisante dont le but était de faire en sorte que nous arrivions à vivre ensemble le moins mal possible.

La religion selon le cœur de Jésus, selon le cœur de Dieu, qui n'est absolument pas fondée sur une morale pour un mieux être, et non plus sur le mot amour qui est un mot tellement galvaudé, mais en fait, sur quelque chose qui fait mal. Quand Dieu vient ha­biter le cœur d'un homme, cela fait mal. C'est ce sillon qui s'ouvre, c'est cette terre, notre terre que nous n'ai­mons pas tellement ouvrir à tous vents et que nous enfouissons sou une épaisse couche de pierres, et le Christ est celui qui vient avec cette épée, ce glaive, pour ouvrir, trancher, et nous obliger à prendre posi­tion. Dans la religion extensive, il n'y a pas de prise de position, c'est un fait de société, c'est une religion qui est liée à la société. Dans la rencontre intime avec Jésus, il y a un moment donné, le visage du Christ qui nous dit : et alors ? de quelle manière vas-tu trancher?

Frères et sœurs, c'est ce moment ultime qui s'approche dans quelques jours par la réception de l'Esprit Saint. Cette Pentecôte sur le monde, le Christ ne l'a pas voulue à travers une sorte de flux extensif, comme si tout d'un coup il fallait que la pluie tombe sur le monde d'une manière uniforme, mais au contraire, cette pluie de grâce est tombée sur des hommes pour que chacun d'eux puisse ensuite à leurs niveaux, suivant leurs capacités, venir ouvrir le cœur de leurs frères et de leurs sœurs.

Dans l'attente de cet Esprit Saint, dans l'image que Jésus a annoncée à Judas et aux autres apôtres, ouvrons notre cœur, pour qu'Il vienne habiter notre cœur, pour que nous aussi, nous puissions ouvrir le cœur de nos frères et sœurs.

 

 

AMEN

 

 
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