AU FIL DES HOMELIES

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L’ESPRIT SAINT ET L’ÉGLISE

2 Co 3, 3-18 ; Jn 14, 22-31 b

Mardi de la septième semaine de Pâques – B

(30 mai 2006)

Homélie du Frère Bernard MAITTE

 

I

l a été de bon ton et il l’est encore quelquefois, d’opposer l’institution à l’action de l’Esprit Saint. Je m’explique. Très souvent, nous pensons, ce qui est d’ailleurs vrai parfois, que l’institution ecclésiale a une certaine lourdeur, qu’elle traîne la patte, qu’elle n’avance pas, qu’elle est toujours longue à décider, qu’elle ne s’est pas encore prononcée sur telle ou telle chose qui est en train de bouillonner dans le monde ou dans le cœur de nos contemporains. Du coup, l’Église apparaît comme massive, comme une sorte de réalité qu’il faudrait vraiment alléger.

Il y a une part de vérité dans ces critiques formulées à l’égard de l’Église en tant qu’institution. Mais le prétexte est souvent de dire que dans ces cas-là, elle manque du souffle de l’Esprit, qu’il faut qu’elle avance au large, qu’elle se remue un peu, qu’elle aile plus vite, qu’elle se bouge en somme. Et pour certains d’ailleurs, cela sert même de justification pour s’opposer à l’Église, pensant finalement que l’Esprit Saint faisant tout le travail, l’Esprit Saint faisant bouger les choses et les activant, cela permet d’aller de l’avant et de répondre vraiment aux préoccupations de notre monde.

Dans le passage que nous avons entendu de saint Jean, nous ne pouvons pas raisonner de cette manière, tout simplement parce que le don de l’Esprit saint est à la garantie à la fois de celui qui envoie et de celui qui est envoyé. Le Père a envoyé le Fils, qui ensuite envoie lui-même ses apôtres, mais la légitimité de l’action apostolique est garantie par ce que le Christ dit lui-même : "Il faut que je parte", car lorsqu’il part, il peut donner en plénitude ce qu’il est lui-même. "L’Esprit Saint, nous l’avons lu, vous sera donné, il vous enseignera toutes choses, et vous les rappellera", c’est-à-dire vous fera entrer dans la mémoire de Dieu, et donc dans son identité. Autrement dit, il n’y a pas lorsque Jésus envoie les apôtres constituant ainsi son Église, il n’y a pas pour lui de dichotomie entre l’identité de l’Église, cette identité ecclésiale et ce qu’est l’envoyé lui-même, c’est-à-dire, Dieu. Certes, il y aura une différence entre ce qu’est Dieu par lui-même, de manière transcendantale, de manière absolue par rapport à l’Église qui va se dire dans la réalité de ce monde. Mais la manière dont l’Église va se dire dans la réalité de ce monde et la manière dont elle va se dire, elle ne peut se comprendre qu’agissant dans la réalité même de ce qu’est Dieu. Et Dieu, c’est ce que nous avons entendu dans l’épître de saint Paul, Dieu est Esprit. Autrement dit, l’Église ne peut se recevoir que de l’action de cet Esprit Saint. Et l’Esprit Saint, contrairement à ce que l’on croit trop souvent, n’est pas celui qui fait tout bouillonner, qui bouscule, met dans le désordre, qui va d’un côté et de l’autre, qui ouvre toutes les portes et les fenêtres, c’est une vision un peu romantique de l’Esprit Saint. L’Esprit Saint est d’abord la garantie de l’enseignement dans l’Eglise : "Qui vous écoute m’écoute, qui vous reçoit me reçoit". L’Esprit Saint vous rappelle et vous enseigne cela. Et nous pouvons le constater, l’action de l’Esprit Saint est d’abord une action de pacification. C’est d’ailleurs pour cette raison que lorsque Jésus parle de l’envoi de l’Esprit Saint, il dit tout de suite après : "Je vous laisse la paix, et je vous donne ma paix". Et rappelons-nous que lorsque saint Paul parle des dons et des fruits de l’Esprit Saint, ce sont des fruits de paix, de longanimité, de bienveillance, d’attention, de douceur, etc … Ainsi, ce serait une illusion que de croire que parce que les choses ne bougent pas qu’alors la vie est morte. L’Église a toujours considéré peut-être, que ce qui lui était donné, c’était ce qu’elle avait à transmettre, et qu’elle avait le temps, et que Dieu lui donnait le temps de transmettre cette charité et cette paix qui lui ont été données.

Aussi cette attente que nous vivons du don de l’Esprit doit nous renouveler dans l’écoute et dans l’attention de ce que Dieu est et aussi dans la manière de vivre et d’agir dans la communauté et dans l’Église, sachant que l’on reconnaît l’arbre à ses fruits, sachant que dans ces cas-là, c’est la vraie liberté qui nous est donnée, comme le dit le Christ lui-même, comme l’annonce saint Paul lorsqu’il dit : "Là où est l’Esprit du Seigneur, là est la liberté", et cette liberté, l’Esprit Saint s’en sert comme le dit saint Paul, dans le ministère de la justice, c’est-à-dire dans ce qui règle les choses pour que chaque homme puisse vivre dans la paix et dans l’ordre de la création.

 

AMEN

 

 

 

 
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