AU FIL DES HOMELIES

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LA LETTRE ET L'ESPRIT

2 Co 3, 3-18 ; Jn 14, 22-31b

Mardi de la septième semaine de Pâques – C

(18 mai 2010)

Homélie du Frère Christophe LEBLANC

Saint Jean de Malte : Moïse

 

F

rères et sœurs, nous pensons souvent que d'une part la vérité se voit comme le nez au milieu de la figure, et que c'est de l'ordre de l'évidence, et d'autre part qu'il y a des secrets néfastes, horribles, qu'on doit cacher et qui d'ailleurs se cachent eux-mêmes.

En fait, dans les deux textes que nous venons d'entendre nous découvrons que la vérité elle-même est généralement, et presque toujours voilée et qu'il y a nécessairement un décalage entre l'événement et la capacité à interpréter l'événement. Vous l'avez entendu dans l'évangile que je viens de vous lire, où Jésus en substance leur dit : je vous le dis parce que dans quelques temps, vous vous rappellerez ce que je vous ai dit et cela prendra alors tout son sens à ce moment-là : "Je vous le dis maintenant avant que cela n'arrive pour qu'au moment où cela arrivera vous croyiez". Dans la première lecture, il en est de même. Bien sûr, nous sommes surtout attirés par cette opposition entre la lettre d'une part et l'esprit d'autre part, et trop facilement, nous concluons qu'il faut absolument se débarrasser de la lettre parce que seul l'esprit vaut la peine d'être sauvé.

Mais les deux sont importants. C'est parce qu'il y a la lettre que l'Esprit pourra véritablement vivifier. C'est parce qu'il y a eu un événement inscrit quelque part, que ce soit dans la chair de notre vie ou dans la chair d'un livre, que cet événement pourra dans la suite être interprété. Vous le voyez dans la suite du texte comment saint Paul raconte comment Moïse lui-même face à face avec Dieu va relater au peuple de Dieu ce qu'il vient de vivre. C'est cela le grand mystère de l'Esprit, c'est que nous pensons facilement que l'on passe de l'un à l'autre sans problème, alors qu'en fait, il y a résolument un gouffre, un abîme entre l'événement, l'expérience vécue, et la possibilité que cet événement puisse être compris par les autres. Le travail de l'Esprit, ce n'est pas de nous débarrasser de la lettre, en pensant pouvoir vivre comme nous le voulons et en manipulant les Écritures et la lettre, le travail de l'Esprit est de tenir les deux. L'Esprit est une jonction, un lien et par conséquent un travail à remettre toujours en chantier chaque jour pour comprendre le lien qui existe entre un événement et ce que je peux en dire.

Je crois que devant le grand mystère de ce que nous allons célébrer à la Pentecôte, on pourrait utiliser l'image de deux personnes qui dansent. L'homme en fait, a tout le temps un temps de retard par rapport à son partenaire qui est l'Esprit Saint. Nous croyons que l'Esprit Saint c'est celui qui doit nécessairement nous guider, pour savoir ce que nous devons faire un peu comme un GPS. Mais paradoxalement, l'Esprit Saint est surtout à l'œuvre non pas pour nous dire ce qui va se passer demain, pour cela il suffit de regarder la météo, mais plutôt pour nous faire découvrir comment Dieu était déjà à l'œuvre. En écoutant ces textes avec vous, un troisième texte me revenait en mémoire : c'est le moment où Jacob s'endort et il voit cette échelle avec les anges qui montent et descendent, et le lendemain matin Jacob dit : "Quel endroit mystérieux et terrifiant, Dieu était là et je ne le savais pas".

Frères et sœurs, Dieu était là et je ne le savais pas. Cela arrive souvent. Que l'Esprit Saint soit là pour nous éclairer et nous faire découvrir la présence de Dieu qui travaille au cœur de notre vie.

 

AMEN

 

 

 
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