AU FIL DES HOMELIES

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CHARITÉ INTELLIGENTE

Ph 1, 9-11 ; Mc 6, 14-29

(21 mai 2013)

Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

Intelligence et … tact !

F

rères et sœurs, dans cette lettre de Paul, pleine de douceur, pas du tout polémique, très soucieuse d'entretenir les bonnes relations, après les avoir salué, après avoir dit qu'il priait pour eux, et qu'il les portait dans sa prière, il donne en deux versets une sorte de résumé de la vie spirituelle et théologale des chrétiens qui vaut son pesant d'or.

C'est sans doute parce que Paul n'a pas besoin de polémiquer sur quelque sujet que ce soit, qu'il leur livre le fond de son cœur et la manière dont lui-même comprend la dynamique et la force de la grâce dans le cœur croyant. Il dit : "Voici ma prière : que votre charité croissant toujours de plus en plus s'épanche en cette science et ce tact affinés". Voilà la prière de Paul. Nous devrions beaucoup prier les uns pour les autres pour que notre charité se déploie en tact et en science affinés. Pourquoi ? parce que surtout dans la compréhension moderne, on croit que la charité n'a pas besoin d'être intelligente, ou critique, qu'elle est simplement ce nappage de la vie ordinaire du chrétien, nappage de charité, de compassion, de confusion des sentiments, bref, une sorte de conception romantique de la charité qui est insupportable et qui constitue une sorte de cache misère pour ne pas respecter les autres, ni soi-même puisque à un moment donné, on en vient à penser qu'on est tous unis, tous beaux et gentils quelles que soient nos idées. Evidemment si l'on conçoit la charité et l'épanouissement de la charité dans ce confusionnisme sentimental et philanthropique, le christianisme a perdu les enjeux profonds de la révélation.

Or, Paul dit "que la charité se déploie en vraie science et tact affinés". Il dit bien que la racine de la science, du tact, ce qui constitue tout le registre des relations que nous avons entre nous que cela s'enracine dans la charité, mais, que la charité trouve sa plénitude lorsqu'elle est intelligente. Intelligente ici ne veut pas dire méchante ou intolérante, ou incompatible parce qu'on se bagarre sur un point de disciple. Non, la charité trouve son épanouissement dans la science. Paul ici donne une formule qui existait déjà dans tout le débat de l'antiquité pour comprendre comment fonctionne l'esprit humain. On disait que l'esprit humain fonctionnait avec deux choses mais dont on ne voyait pas le rapport, qui étaient la volonté, le désir, la capacité d'avoir un objet sur lequel portait son amour, et deuxièmement, l'intelligence, le regard qui consiste à juger, à savoir la valeur de telle ou telle chose et la compréhension que l'on peut avoir d'elle. Or, chez Aristote, et c'est assez compliqué, la plupart du temps il disait que l'intelligence régule le désir. Humainement, philosophiquement, ce n'est pas tout à fait faux, c'est vrai que l'intelligence doit contrôler le désir. Seulement, la donnée nouvelle introduite par saint Paul c'est que ce n'est plus simplement le désir, c'est la charité.

Or, la charité, qu'est-ce que c'est ? C'est la puissance d'amour que Dieu nous donne. Qu'humainement, l'intelligence contrôle l'amour et la vie des passions et la vie affective, c'est tout à fait normal, car à capacité humaine affective, régulation humaine de l'intelligence. Mais ici, Paul dit bien que c'est la charité qui devient l'enjeu, c'est-à-dire la dynamique même de la grâce qui elle est évidemment disproportionnée avec notre intelligence. Si notre intelligence était aussi divinisée que ne l'est notre volonté, nous verrions Dieu ! même la foi qui est une divinisation de notre intelligence est très partielle parce qu'on ne voit pas l'objet de la foi.

Paul montre ici l'originalité de sa réflexion sur l'être de l'homme chrétien. Il est celui qui par la charité reçue en contact réel et personnel avec le but, c'est-à-dire Dieu ou le frère, et là le lien est réel, tandis que l'intelligence elle ne peut que se développer sur la base de la charité et de la grâce. C'est là où il faut faire le correctif, l'intelligence peut être sanctifiée par la charité, mais elle doit être sanctifiée par la charité telle que Dieu la donne, c'est-à-dire que la charité chez Dieu est infinie et sans limites et n'est pas sans intelligence, mais n'est pas non plus une charité fusionnelle ou confusionnelle. C'est une charité qui nous oriente vraiment vers le but.

C'est cela que Paul essaie de faire comprendre que notre vie d'intelligence, et de tact, c'est-à-dire de notre intelligence appliquée aux relations humaines profondes et vraies, est fondée sur la charité comme désir par la grâce de l'amour de Dieu et désir d'aimer les autres. C'est toute la nouveauté de la foi et de la prédication chrétiennes, et la tradition chrétienne à la suite de saint Paul a toujours considéré que ce qui était la forme des vertus, la forme de l'excellence des comportements humains, c'était la charité. C'est la charité qui est la forme des vertus. Même une intelligence très perspicace mais qui n'a pas la charité tourne à vide. Elle peut avoir les plus grandes qualités humaines, si elle n'a pas la charité, pour nous, vu da la vie théologale, elle n'a pas la forme que lui donne la charité, c'est-à-dire sa capacité de tendre vers un bien avec lequel sur un mode limité elle peut cependant avoir des relations vraiment réelles.

Frères et sœurs, que ce texte nous fasse réfléchir et être un peu critique vis-à-vis de notre manière d'envisager le rapport entre la dynamique de la charité, de la grâce répandue dans nos cœurs, et la manière dont elle doit réguler, animer et dynamiser la vie de notre intelligence, et surtout ce que je trouve très beau de la part de Paul, c'est de dire que la charité doit s'épanouir en tact affiné. C'est une manière tout à fait remarquable de dire les choses que la relation humaine comporte du tact.

 

AMEN

 

 

 
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