AU FIL DES HOMELIES

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LA VRAIE LIBERTÉ APPORTÉE PAR L'ESPRIT

Ga 5, 13-25 ; Jn 15, 26 – 16, 4

Mercredi de la septième semaine de Pâques

(27 mai 2009)

Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

Ostie : Théâtre : de qui vous moquez-vous ?

F

rères et sœurs, le petit passage de l'épître aux Galates est intéressant, parce qu'il nous ramène à un des enseignements fondamentaux de saint Paul sur notre existence chrétienne et sur la vie dans l'Esprit. En effet, vous le savez, les Galates étaient une communauté que saint Paul avait lui-même évangélisée, c'est dans la région d'Ankara aujourd'hui. Ces Galates après s'être convertis et avoir obéi à l'évangile de Paul et y avoir cru, avaient été ré-évangélisés par des gens qui se prétendaient envoyés par Jacques, venant de Jérusalem. Alors que Paul leur avait annoncé la liberté chrétienne et le fait de ne plus être obligés de suivre un certain nombre de prescriptions de la Loi, notamment les prescriptions alimentaires et la circoncision, Paul apprend donc cette nouvelle que la communauté des Galates, ou du moins un certain nombre d'entre eux, a complètement changé de vitesse de croisière et sans rester fidèle à l'évangile de Paul, elle a décidé d'en venir à une vision beaucoup plus stricte très liée à la tradition juive, de vivre l'évangile et la foi au Christ.

C'est un des écrits où Paul, très mécontent, pour ne pas dire furieux, de ce qui s'est passé dans sa communauté, qu'on ait marché sur ses brisées et qu'on ait essayé d'annoncer un autre évangile que le sien, est obligé de mettre les points sur les "i", et de tancer les Galates de façon un peu forte. Même à un moment donné, il les appelle "Galates (cela veut dire Gaulois) Galates imbéciles", vous avez donc complètement trahi mon évangile. C'est quand même très vigoureux. Or, à la fin de cette épître, après avoir défendu que désormais que lorsqu'on croit au Christ, quand on a la foi au Christ, on n'est plus tenu aux observances de la Loi, il en vient aux comportements pratiques. Il rappelle ce qui constitue son propre évangile et ce qui constitue les conséquences de cette foi, comment on doit se comporter. Ce texte est une défense de la liberté chrétienne.

Paul joue là sur un terrain extrêmement délicat, parce qu'il dit qu'à partir du moment où il n'y a plus de contraintes, la seule règle, c'est la liberté. C'est sans doute une des paroles les plus explosives du point de vue religieux et politique qui ait été donnée dans tout l'enseignement de l'Antiquité, peut-être même dans la tradition théologique et philosophique de toute l'histoire d'Occident. C'est le fait que Paul dit qu'à partir du moment où il n'y a plus les prescriptions de la loi, comprises comme vous l'ont enseigné quelques émissaires de Jérusalem, vous êtes devant votre liberté. Évidemment, vous savez ce que c'est que de se trouver devant sa liberté. Il n'y a plus de normes extérieures, il n'y a plus de contraintes, il n'y a plus de nécessités, d'une certaine manière, il n'y a plus de repères. Aujourd'hui, dans nos sociétés dites libérales, on se trouve souvent dans une situation telle que Paul l'a décrit à ce moment-là, ce n'est plus l'État qui décide pour vous, ce ne sont plus les prêtres qui décident pour vous, ce ne sont plus les religions qui décident pour vous, vous êtes devant votre propre liberté. On ne peut pas dire que ce soit une situation facile et que tout le monde accepte cela de gaieté de cœur. La preuve, c'est que cela tombe souvent dans un certain libertarisme, dans une manière un peu facile de concevoir la liberté. Je crois que saint Paul, quand il disait à ses Galates qu'ils étaient devant leur propre liberté, il leur disait une chose qui n'a pas été très facile à assimiler dans l'histoire. C'est seulement maintenant qu'on commence à voir que l'homme est seul devant sa liberté. Mais comment cela va-t-il fonctionner quand on est seul devant sa liberté ? Là, il a une approche, une compréhension de l'homme qui est assez originale par rapport à ce que pensaient les grecs et le monde ambiant : "Maintenant la Loi, c'est l'Esprit". Il n'y a plus les contraintes ou les nécessités, mais il y a une Loi qui est l'Esprit de Dieu. Dns la Bible de Jérusalem, vous vous apercevrez que de temps en temps, ils écrivent Esprit avec un "E" majuscule, ou un petit "e" comme pour distinguer l'Esprit de Dieu de notre esprit, mais quand on lit le texte de saint Paul, il n'y a pas de minuscule ni de majuscule, mais il y a la Loi de l'Esprit.

En fait, il présente un nouvel humanisme : si vous vivez uniquement selon vos principes, vous vivez selon la chair. Pour lui, la chair, ce n'est pas le corps, ce n'est pas simplement la sensualité, la sexualité et tout ce qu'on met habituellement sous ce mot-là, pour lui la chair, c'est quand l'homme envisage son avenir et sa vie à partir de lui-même. Si vous envisagez votre vie uniquement à partir de vos possibilités, à partir de ce que vous voulez vous et de ce que vous désirez vous, ce n'est pas la liberté. A ce moment-là il oppose une autre chose, il dit : si vous ne vivez pas selon la chair, si vous ne portez pas tous ces fruits de débauche, etc … qu'il se plaît à énumérer sans doute dans des listes de péchés philosophiques qu'il sans doute été pêcher quelque part dans la tradition grecque, si vous ne vivez pas selon la chair, il faut vivre selon l'Esprit. Nous, nous pensons selon votre esprit, selon les lois intellectuelles de la conduite de votre vie. Ce n'est pas exact ement ce que veut dire saint Paul. Il veut dire : si vous avez été baptisés, si vous êtes dans l'appartenance au Christ, ce qui vous fait appartenir au Christ, c'est son Esprit. A partir de ce moment-là ce que vous devez vivre, c'est l'Esprit qui vous fait appartenir au Christ. C'est sans doute un des premiers moments dans l'histoire de la pensée, où l'on commence à envisager que l'homme puisse avoir un comportement qui est libre, parce que c'est une loi de liberté, mais qui est libre en n'étant pas déterminé par soi-même, mais par en haut, par l'Esprit du Christ.

C'est peut-être cela qui a été l'apport le plus original de saint Paul. Ce qu'il a expliqué à ses Galates c'est ceci : que vous preniez le garde-fou de la loi et des observances, c'est une contrainte. Que vous preniez les désirs de votre propre existence et de ce que vous imaginez, c'est encore une contrainte. Dans les deux cas, cela ne produit pas exactement les mêmes choses, mais en finale, c'est la même chose : vous renoncez à la liberté que le Christ vous a donné par le baptême. Seulement attention, la liberté que le Christ vous a donné par le baptême ne consiste pas à faire n'importe quoi, mais c'est de vivre selon l'Esprit, c'est pour cela que là où est l'Esprit, là est la liberté comme il le dit dans une autre épître, c'est-à-dire que vous réguliez toute votre manière d'être selon l'appartenance à Dieu, selon ce qui vous ouvre à la présence de Dieu. C'était quand même la première fois qu'on le disait de façon aussi clairement.

C'est cela qui a été le déclenchement d'une véritable révolution que le christianisme a apporté au monde grec et au monde romain. En fait, l'homme, quand il regarde véritablement ce qu'il doit être, ce qu'il doit faire, ne peut pas simplement se contenter de normes telles qu'elles lui sont offertes par des codes moraux, ou par ses envies, ou par sa volonté de puissance. Il y a en l'homme la possibilité de régler son action, ses projets, sa vie, en fonction de l'appartenance à Dieu. C'est cela qu'on appelle la vie selon l'Esprit. Ce n'est donc pas quelque chose d'échevelé, ce n'est pas n'importe quoi, mais c'est véritablement la manière dont notre être humain si faillible, si limité, si fragile qu'il reste encore malgré le salut et le baptême. Donc notre existence doit être désormais mue par l'appartenance à l'Esprit de Dieu. C'est de cela que nous avons à être les témoins dans notre monde d'aujourd'hui.

 

AMEN


 

 

 
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