AU FIL DES HOMELIES

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 LE SALUT CONCERNE L'HOMME TOTAL

Ga 5, 13-25 ; Jn 15, 36 à Jn 16,2

Mercredi de la septième semaine après Pâques

(26 mai 2004)

Homélie du Frère Bernard MAITTE

Orangeraie : fruits de douceur

L

a première lecture, ce texte de saint Paul cette épître aux Galates, où il y a cette admirable description de ce qu'est l'Esprit qui est liberté, on pourrait penser qu'il s'agit, ce que les chrétiens ont parfois cru, même vécu, une opposition entre la chair et l'esprit. Saint Paul recommande que cette liberté donnée par l'Esprit ne se transforme pas en n'importe quoi, débauches, souillures, etc … Il dit ensuite : les fruits de l'Esprit sont douceur, longanimité, maîtrise de soi.

Cela ne correspondrait pas en fait à l'héritage biblique. En effet, l'homme dans la Bible est tout un. Il n'y a pas cette conception dualiste dont on doit bien reconnaître que nous en sommes les héritiers de par note vision encore parfois platonicienne du monde, où il y aurait d'un côté, le corps, la chair, la matière, tout cela en somme étant comme le creuset du mal, de la corruption, de ce qui doit finir, et de l'autre côté ce qui serait l'Esprit, toute une thématique spirituelle de ce qui nous dépasse, de l'âme, de l'idée ou de la pensée, cela étant plus noble, cela étant revêtu de l'incorruptibilité. C'est si vrai que nous avons fini par affirmer, même dans notre foi, ou encore dans des chants comme "je n'ai qu'une âme, il faut la sauver", l'idée en somme que le salut s'adresse à la fine pointe de notre être, de notre existence qu'on appelle l'âme. Ainsi, nous avons fini par croire que ce qui est sauvé, c'est l'âme. Je vous rappelle quand même que dans le Credo, nous disons : je crois à la résurrection de la chair. Nulle part, il n'est indiqué : je crois à la résurrection de l'âme. C'est en la résurrection de ce qui est vraiment et réellement, l'homme, notre humanité que s'exerce la puissance du salut. Autrement dit, ce qui a besoin d'être sauvé, c'est l'homme et tout l'homme, et il ne peut pas se réduire si on en reste à ce principe dualiste, à ce que l'on croit de meilleur en lui, son âme. Si l'homme était réduit à son âme, il ne serait plus l'homme, car l'homme est à la fois fait d'un peu de cette terre et d'un peu de ciel. Il est à la fois modelé comme nous le montre le livre de la Genèse, de cette terre, Adam, "adama", la terre, et en même temps, rempli du souffle de Dieu qui a été insufflé dans ses narines. C'est le même geste que reprendra le Christ lorsque après sa Résurrection, Il soufflera sur ses disciples en leur disant : "Recevez l'Esprit Saint".

Lorsque Paul nous prévient en disant : vous avez reçu l'Esprit de Dieu, et cet Esprit est fait pour la liberté, et aussitôt, il corrige en disant : que cette liberté ne serve pas de prétexte pour faire n'importe quoi. Ensuite, il semble dire que la chair s'oppose à l'Esprit. Paul n'est pas en train de nier que l'homme est "un", il souligne simplement la fragilité humaine. Effectivement ce n'est pas la chair qui doit ressusciter et qui serait condamnée, ce sont les œuvres, cette corruption, ces limites, cette fragilité humaine qui pourraient conduire à ce qui n'est plus Dieu, à cette mort caractérisée par tous les vices que saint Paul décrit. Mais remarquons aussi que saint Paul n'use pas de cette dichotomie, puisqu'il en appelle au fait que les fruits de l'Esprit vont eux aussi, se voir à travers la corporéité de l'homme. Car la bonté, la dignité, la bienveillance, la maîtrise de soi, la douceur, la longanimité sont les fruits de l'Esprit et ils se manifestent à travers tout ce qu'est l'homme et c'est ainsi que le corps, cette chair est vraiment sauvée et glorifiée, réhabilitée dans sa nature première faite pour Dieu.

C'est pourquoi saint Paul a aussi dit en exergue que cette liberté reçue est un don de l'Esprit Saint et doit se transformer dans le service, la charité les uns pour les autres. Toute eucharistie que nous vivons, devrait être le signe de ce qui se réalise en nous quand nous disons que nous sommes devenus les temples de l'Esprit Saint. C'est l'Esprit qui est appelé sur le pain et le vin, "sanctifie ces offrandes en répandant sur elles ton Esprit", sur cette matière pour qu'elle devienne un Corps ressuscité incorruptible, un Sang qui nous donne la vie et qui nous appelle à la même gloire, et la manifester dans nos actes au service de la communion ecclésiale.

 

AMEN

 

 

 
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