AU FIL DES HOMELIES

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SOMMES-NOUS DES TÉMOINS ?

Ga 5, 13-25 ; Jn 15, 26-16,4

Mercredi de la septième semaine de Pâques – B

(18 mai 1994)

Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

 

L

orsque viendra le Paraclet, Il me rendra té­moignage et vous aussi vous serez mes té­moins." Ces paroles du Christ sont d'une importance capitale et elles s'adressent à nous. Nous sommes invités à réfléchir à la manière dont nous pratiquons ce témoignage. Ne cherchons pas d'échappatoire ! Certes Jésus dit : "Vous témoignerez parce que vous êtes avec Moi depuis le commencement", s'adressant aux apôtres. Certes Jésus parle tout de suite après de l'exclusion des synagogues, du fait que l'on tuera les témoins. N'oublions pas que témoin et martyr c'est le même mot en grec. Cela ne veut pas dire que ce témoignage est réservé aux seuls apôtres ou aux seuls martyrs des premiers temps. Le don de l'Esprit n'est pas limité à l'Église naissante, le don de l'Esprit est pour l'Église de tous les temps et de tous les lieux. Il nous est donné à notre baptême, à notre confirmation, chacun des sacrements, en permanence dans l'Église. L'Esprit qui est l'Esprit de vérité et qui témoigne nous est donné et nous aussi, comme les apôtres, comme les martyrs, comme les premiers chrétiens, nous devons être des témoins.

Alors, qu'en est-il ? Sommes-nous témoins du Christ ? Là encore, ne nous contentons pas d'une échappatoire facile en disant que nous témoignons par notre façon de vivre. Il faudrait voir d'abord. Est-ce que notre façon de vivre est si remarquable ? Est-ce qu'en nous voyant, les autres disent : "Voyez comme ils s'aiment !" Est-ce qu'on nous reconnaît à l'amour que nous avons les uns pour les autres ? Même sur ce point, il faudrait nous examiner. Mais, de toute façon, il ne s'agit pas seulement de témoigner par notre façon d'être et notre façon de vivre. Certes cela est essentiel, c'est même primordial. Et si notre façon de vivre ne correspondait pas à notre façon de parler, nos paroles seraient vaines et sans intérêt. Encore faut-il que nos paroles soient, elles aussi, un témoignage ! Sommes-nous capables de témoigner du Christ ?

Il s'agit là de quelque chose d'extrêmement important. Le monde dans lequel nous sommes est un monde de plus en plus éloigné de l'évangile, de plus en plus éloigné du Christ. On raconte une histoire vraie qui s'est passée à la Madeleine. On avait perdu la clé du tabernacle et l'on a demandé à un serrurier de venir ouvrir. Il est venu avec ses outils. Et après cela il racontait à un ami artisan : "Je ne sais pas pourquoi ils m'ont demandé de venir ouvrir la porte d'une petite boîte dans laquelle il y avait une sorte de coupe avec un couvercle". Il ne savait même pas ce qu'était un tabernacle, ce qu'était un ciboire, ce qu'était le saint Sacrement. Et encore là il s'agissait simplement d'ignorance. Mais combien de gens ont l'esprit chargé de toutes sortes d'histoires étranges, depuis la réincar­nation qu'ils confondent allégrement avec la Résur­rection, jusqu'en je ne sais quelles théosophie, Rose-croix et autres balivernes qui remplissent les affiches sur les murs d'Aix. Nous sommes dans un monde qui a perdu non seulement le sens chrétien, mais qui a perdu la connaissance la plus élémentaire de la foi chrétienne.

Alors il faut que les chrétiens soient capables de rendre raison de leur foi. Sommes-nous capables de répondre à des interlocuteurs qui nous demande­raient qui est Jésus-Christ, qu'est-ce que l'Église, quel est le sens de l'eucharistie. Sommes-nous capables de répondre à ces questions ? Là aussi, combien de fois ai-je entendu, dans des réunions de parents d'enfants de catéchisme : "Mon enfant m'a posé une question un peu difficile. Il m'a demandé si la Vierge Marie était la Mère de Jésus. Je n'ai pas su lui répondre".Que saurons-nous répondre si nous ne savons même pas que la Vierge est la Mère de Jésus ? Où allons-nous si nous ne savons pas répondre à des questions aussi simples, aussi élémentaires. Je ne dis pas de donner des explications théologiques mais au moins savoir témoigner du contenu élémentaire, essentiel de notre foi. Et puis surtout, il faut non seulement savoir des réponses à la manière du catéchisme, mais il faut surtout savoir manifester la profondeur de notre atta­chement au Christ.

Notre Dieu n'est pas un dieu quelconque, no­tre Dieu n'est pas une force qui a plus ou moins orga­nisé le monde, créé le monde. Notre Dieu n'est pas une explication pour les données d'une démonstration scientifique. Notre Dieu, c'est le Dieu d'amour, c'est un Dieu de pardon, c'est un Dieu proche, c'est un Dieu que l'on prie tous les jours, c'est un Dieu qui vient à notre secours, qui s'intéresse à nous. C'est un Dieu qui s'est fait homme, par amour pour nous, parce que Dieu est Père, parce que Dieu se penche sur la vie de chacun de nous, parce qu'Il nous a créés dans un geste d'amour. Il faut que nous sachions témoigner de cela. Trop de gens sont loin de l'Église parce qu'ils croient qu'elle est seulement un arsenal de vérités plus ou moins abstraites. Ils ont l'impression que cela n'a rien à voir avec leur existence, rien à voir avec leurs souf­frances, leurs difficultés, leurs soucis. Il faut leur faire comprendre que pour nous, ce Dieu est un Dieu vi­vant, est un Dieu ami, est un Dieu proche, est un Dieu qui habite notre cœur, qui, jour après jour, nous ac­compagne dans tous les méandres de notre vie. Voilà de quoi il faut témoigner. Sommes-nous les témoins de ce Dieu? Sommes-nous capables, dans des cir­constances tout à fait ordinaires, quelles soient fami­liales, professionnelles, qu'il s'agisse de rencontres de voisinage, sommes-nous capables de dire quel est le secret de notre vie ? Et d'abord, est-ce que c'est le secret de notre vie ? Est-ce que notre vie repose sur cette présence de Dieu amour ? Est-ce que nous enra­cinons vraiment notre existence dans sa profondeur dans cet amour de Dieu ?

Alors c'est de cela qu'il s'agit dans cet évan­gile d'aujourd'hui. L'Esprit doit nous donner d'être témoins. Non pas en se substituant à nous et en ajou­tant sa lumière à notre paresse, mais en suscitant en nous la volonté de connaître Dieu, de vivre de Dieu, de parler de Dieu, de savoir qui est Dieu pour pouvoir partager ce bonheur avec ceux qui nous entourent.

Que cette eucharistie nous invite à un appro­fondissement de notre foi. Nous n'avons pas le droit d'avoir seulement "la foi du charbonnier" et de nous contenter d'à peu près.

 

 

AMEN

 

 
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