AU FIL DES HOMELIES

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A CONTRE COURANT

Ga 5, 13-25 ; Jn 15, 26-16, 4

Mercredi de la septième semaine de Pâques – A

(22 mai 1996)

Homélie du Frère Jean-François NOEL

 

S

i nous sommes là c'est que nous sommes des captifs. Si nous sommes là c'est parce que nous avons pris conscience que des liens nous atta­chaient et que des liens nous étouffaient. Non pas que les choses qui nous étouffent et nous attachent soient mauvaises mais c'est la façon dont nous les vivons qui font qu'elles sont maîtres de nous, de notre vie. Et lorsque nous sommes captifs, nos membres étant em­pêchés, notre esprit étant entravé, nous nous laissons aller à des lois, des désordres, des désorganisations. Je vais dire : Rien n'obéit à rien. C'est la débandade inté­rieure, débandade de la vie interne. C'est cela que saint Paul désigne à travers les orgies, la haine, la discorde, les sentiments d'envie, la haine, la ripaille et toutes choses semblables qui sont des choses qui à la base étaient bonnes. Il est bon de manger, il est bon d'aimer, mais toutes choses prises avec excès, enva­hissent notre vie intérieure.

Si nous sommes là c'est que nous sommes captifs. Nous avons pris conscience des liens qui en­travaient notre marche. Nous avons soif d'une liberté intérieure, d'une liberté spirituelle. Et le seul capable de défaire les liens c'est quelqu'un d'autre, ce n'est jamais nous. C'est un autre qui n'est pas en nous. C'est la grande imposture, à mon avis, du syncrétisme et du New âge actuels, c'est de croire que nous trouverons en nous les moyens de nous libérer. C'est un men­songe total. Si nous sommes là c'est que nous pensons que quelqu'un, que nous ne connaissons pas bien en­core, a la capacité, a le pouvoir, a la force, a la puis­sance de nous libérer de nos liens. Si nous croyons aux sacrements c'est qu'effectivement les sacrements sont œuvres de libération progressive pas immédiate. Il n'y a pas de magie. Nous sommes dans une opéra­tion de libération qui a commencé par notre personne et qui s'achèvera face à Dieu.

Donc nous sommes là en faisant à priori confiance sans rien attendre en face de Celui qui est venu nous libérer. Il l'a dit. Il l'a écrit. Il l'a fait pour d'autres. Il continuera à le faire et nous nous situons donc dans les demandeurs pour être libéré des liens qui nous entravent mais nous ne pouvons jamais véri­fier que Dieu opère cette libération. C'est la difficulté. Nous pouvons simplement, nous ne vérifions pas Dieu. Nous pouvons simplement vérifier les effets du travail que Dieu fait en nous. Et ces effets, ces consé­quences, j'allais dire, nous ne pouvons constater le travail qu'après coup. Et les effets de ce travail sont, vous l'avez entendu également, la charité, la joie, la serviabilité, la douceur, la maîtrise de soi, la confiance dans les autres. Entendez bien que tous ces fruits qui s'amorcent parfois en nous couvrent non pas un instant mais toute notre vie. Ce n'est pas à un mo­ment donné que nous aurons vraiment confiance dans les autres. C'est un élan qui doit diriger notre cœur. C'est un nouveau maître. Comprenez bien que ce n'est pas de l'ordre du sentiment mais de l'ordre d'une nou­velle loi qui doit maintenant orienter notre cœur. Je vais prendre un exemple, une image. J'ai toujours pensé, j'ai toujours été étonné que dans les rivières, les truites ou les saumons, ces poissons frétillants, fragiles et vifs, choisissent d'être toujours dans le cou­rant le plus vif, en plein milieu de la rivière. Vous avez les vieilles carpes qui se baladent dans la vase qui vont et qui viennent d'ailleurs elles grossissent à force de rester dans les coins sous les racines. Je ne parie pas de ces vieilles carpes là peut être qu'il en est parmi nous mais les chrétiens sont des truites. Elles sont toujours à contre courant dans le vif du courant. Quand j'étais enfant, j'étais fasciné par ces bêtes-là et je me demandais pourquoi ne contournaient-elles pas le courant pour pouvoir remonter. De fait les truites et les saumons sont bien obligés de remonter le courant de la rivière pour aller frayer plus loin si mes souvenirs de biologie sont exacts. En tout cas, elles choisissent le courant le plus vif et elles sont là, elles frétillent. C'est d'ailleurs magnifique à voir cet argent qui brille dans l'eau comme un trésor. Et elles choisissent d'être à contre courant parce qu'elles doivent être là. C'est là qu'il y a le maximum d'oxy­gène, c'est là qu'elles prennent en fait appui sur le courant pour pouvoir s'élancer en sautant de barrage en barrage et de pierre en pierre.

Les chrétiens sont à contre courant dans le vif de la rivière, c'est là que nous sommes. Nous pouvons décider de fréquenter les coins les plus vaseux ou alors d'être à contre courant du monde dans le clair de la rivière prenant appui sur ce qui est apparemment contraire à nous mais qui donne un élan parce que nous constatons que si c'est dans l'autre sens ce sera l'asservissement et l'esclavage. Dans l'autre sens c'est la liberté. Et ce qui nous donne envie d'être ce miroitement d'argent au fond de la rivière, ce miroitement d'argent dans la vie c'est l'Esprit Saint. C'est quelque chose comme cela. De la même façon si nous ne voulons pas être cette truite, nous serons em­portés par un courant qui nous emmène, qui nous déverse bien trop loin dans la mer, dans l'indifféren­ciation. Alors que l'Esprit Saint nous situe contre le monde, contre une usure, un désespoir, une certaine mort. L'Esprit Saint nous situe différemment. Il nous donne la musculature interne pour frétiller dans le monde parce que nous nous positionnons différemment et que nous restons ... les truites restent souvent immobiles et hop elles sautent et quand elles sautent c'est le sacrement. La parabole vaut ce qu'elle vaut évidemment. On va encore dire que j'invente des choses inutiles qui ne sont pas dans l'évangile. Cela a au moins le mérite de vous faire rire. C'est peut-être un fruit de l'Esprit Saint que de croire que le Christ nous situe dans le monde. Il nous faut situer là où le courant est le plus fort, là où la vie est la plus grande pour renverser cette vie qui ne va pas vers la mort et vers l'océan mais qui va vers Lui, vers la source et c'est bien ce que font les truites et les saumons.

Frères et sœurs, nous qui venons boire à la source et qui venons reconnaître Celui qui est source de toutes choses et de nous, demandons au Seigneur que nous sachions sentir les effets de l'Esprit Saint en nous.

 

 

AMEN

 

 
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