AU FIL DES HOMELIES

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L'ŒUVRE DE L'ESPRIT

Gn 11, 1-9 ; Jn 14, 14-21

Vigiles de la Pentecôte – C

(25 mai 1980)

Homélie du Frère Michel MORIN

N

 

ous nous représentons assez facilement le Père, parce qu'Il est créateur et que la création est extrêmement proche de nous, puisque nous sommes de cette création, nous sommes créatures. Nous nous représentons aussi assez facilement le Fils, depuis qu'Il a pris chair de notre chair, depuis qu'Il est venu vivre sur notre terre. Et même si nous ne l'avons pas vu de nos yeux, nous savons que des gens de chez nous ont pu le toucher, le contempler, manger avec Lui, vivre avec Lui. Ce souvenir des apôtres reste encore vivant dans notre cœur, et peut-être même dans notre regard lorsque nous contemplons ces icônes qui nous rapportent son visage. Quant-à l'Esprit Saint, il est difficile de se le représenter, parce que, de fait, il n'y a pas dans notre monde, ni même dans notre église, de signes visibles de sa présence. Je crois justement que c'est ce qui fait son originalité, mais aussi sa qualité et l'intensité de sa présence.

L'Esprit Saint est cet artisan invisible, qui était là, dès la création du monde, lorsque ce monde est sorti de rien. Il était là lors de la re-création du monde, lorsque le Fils a pris chair de notre chair dans la vierge Marie. Et Il est encore là aujourd'hui, car c'est bien évident que ni vous, ni moi, ne serions là si l'Esprit Saint ne nous y précédait, si l'Esprit ne nous y précédait, si L'Esprit ne nous y convoquait, si l'Esprit n'y vivait.

Sans l'Esprit, Dieu est extrêmement loin ! Avec l'Esprit, Il est proche, Il est là, plus intime que le plus intime de nous-mêmes.

Sans l'Esprit, le Christ Jésus est un homme du passé, comme tant d'autres, comme tous les autres. Avec l'Esprit, Il est ce ressuscité présent au milieu de nous.

Sans l'Esprit, la Bible, l'évangile ne sont que du papier et des lettres. Or "la lettre tue" ! Avec l'Esprit, voici que l'évangile devient Parole de Vie, car "c'est l'Esprit qui vivifie" !

Sans l'Esprit, l'Église n'est qu'une institution, et elle n'a pas plus d'intérêt que beaucoup d'autres. Avec l'Esprit, voici qu'elle devient sans cesse communion, pas simplement communion entre nous, mais d'abord, et essentiellement, et définitivement communion avec la Trinité, dont nous vivons du débordement continuel.

Sans l'Esprit, notre culte n'est que commémoration, rappel. A cause de la présence de l'Esprit, voici qu'il est Liturgie, pointe de l'éternité plantée dans notre temps, mémoire du passé et anticipation de la vie à venir.

Sans l'Esprit Saint, la mission, l'évangélisation, ce n'est que propagande ou publicité, et il n'y en a que trop ! Avec l'Esprit Saint, la mission est Pentecôte, partage du Don, renouvellement du don de Dieu ! Si nous savions le don de Dieu !

Sans l'Esprit Saint, notre agir chrétien, nos principes chrétiens ne sont que pure morale, et, au fond, morale d'esclaves! Avec et dans l'Esprit Saint, l'agir de l'homme est déjà déifié, car la vie de l'homme est destinée à la gloire de Dieu, et c'est l'œuvre de l'Esprit en nous.

Sans l'Esprit Saint, notre mort est retour au limon, et elle est solitude définitive ! Avec l'Esprit Saint, notre mort est résurrection et elle est communion définitive !

Ainsi, Frères et Sœurs, je voulais simplement, ce soir, en quelques mots, que nous puissions prendre une conscience plus vive, pas simplement une conscience psychologique, mais une conscience cordiale, non de notre cœur à nous, mais du cœur de l'Église, une conscience plus vive de la nécessité extrême de l'Esprit Saint aujourd'hui.

"Là où est l'Église", dit saint Irénée, "là est l'Esprit de Dieu. Là où est l'Esprit de Dieu, là est l'Église, là sont la grâce et la vérité." Cette grâce et cette vérité qui ont rempli le Fils !

Sans l'Esprit Saint, nous ne pouvons pas voir et contempler le Fils, et nous savons que sans le Fils, nous ne pouvons approcher le Père !

Frères et sœurs, nous avons un immense besoin de l'Esprit Saint, Nous savons très bien que l'extérieur des choses, que l'apparence des événements ne rend pas compte de la réalité profonde et de la réalité la plus vraie, de ce que les apparences cachent, de ce que les évènements véhiculent. Cela est vrai pour notre vie. Cela est encore plus vrai pour notre mort ! Car notre vie, nous pensons ou nous croyons la posséder, la tenir dans nos mains, dans notre intelligence, dans nos capacités, voire dans nos sentiments. Quant-à notre mort, nous ne la tenons pas, nous ne la tiendrons jamais !

Et lorsqu'un de nos frères tombe à nos côtés, dans la solitude apparente, mais je vous ai dit que l'apparence ne rend pas compte de la réalité, lorsque nous-mêmes, un jour, inattendu peut-être, nous laisserons choir de nos mains l'humble trésor de notre vie, alors nous sentirons, et je vous le promets au nom de la foi des apôtres, des apôtres de la Pentecôte, alors nous sentirons en nous un tressaillement de vie, car Dieu, comme au temps du prophète Ezéchiel, redira à son Esprit : "Souffle sur ces morts et qu'ils vivent ! "

 

AMEN

 
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