AU FIL DES HOMELIES

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RASSEMBLER LES ENFANTS DE DIEU DISPERSÉS

Gn 11, 1-9; Jn 14, 14-21

Vigies de la Pentecôte – A

(10 juin 1984)

Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

Il fallait qu'un seul homme meure" pour que soient "rassemblés dans l'unité les enfants de Dieu dispersés." Au premier paradis, l'homme a refusé la dépendance d'amour que Dieu lui avait proposée. Il a voulu être son seul maître, le seul à décider de ce qui est bien et de ce qui est mal. Et par l'orgueil de l'homme, l'homme s'est trouvé divisé, dépouillé divisé d'avec lui-même. L'homme accuse la femme, la femme est conduite par la convoitise vers son mari et l'homme domine sur elle. Et l'homme est divisé d'avec le monde. C'est à la sueur de son front qu'il doit, désormais, cultiver un sol aride. Et aussitôt Caïn tue son frère, et la haine se répand, et elle devient si forte que Dieu regrette d'avoir créé l'humanité et qu'il la noie sous le déluge. Et aussitôt que Dieu sauve de ce déluge Noé le seul homme juste, de nouveau l'humanité se multiplie et se multiplie dans la division. Et, encore une fois, comme au premier paradis, c'est dans ses propres forces, c'est dans son propre orgueil que l'homme veut trouver son salut. "Ils disent : venez, construisons une tour et nous manifesterons notre force. Et cette tour pénétrera jusque dans les cieux. Ainsi nous serons comme des dieux." C'est nous qui déciderons ce qui est bien et ce qui est mal. Dieu ne sera plus le maître dans le ciel. "Rien ne résistera à nos entreprises et rien ne pourra plus nous séparer les uns des autres, car c'est dans la force que réside notre salut." Et voici qu'à nouveau l'orgueil divise l'homme d'avec lui-même et l'homme d'avec son semblable et leurs langues se confondent et se brouillent. Ils s'éloignent les uns des autres n'étant plus capables de se comprendre, chacun s'en allant droit devant lui parlant un langage que les autres ne savent plus saisir.

"Il fallait qu'un seul homme meure pour rassembler dans l'unité les enfants de Dieu dispersés.'' Oui, le péché, c'est-à-dire l'orgueil de l'homme, c'est-à-dire le refus de l'amour qui rassemble, qui unit dans la dépendance mutuelle, le refus de cette unité qui jaillit du cœur même de Dieu, ce péché divise l'homme, l'émiette, l'éparpille, le désagrège. "Il fallait qu'un seul homme meure pour rassembler dans l'unité les enfants de Dieu dispersés." Et cet homme c'est le Fils de Dieu Lui-même venu sur la terre, et Il meurt sur la croix, et de son côté transpercé jaillit le fleuve de vie, jaillit l'Esprit qui va"rassembler dans l'unité les enfants de Dieu dispersés."

Et voilà qu'à l'inverse de l'événement de Babel, l'Esprit se répand sur les disciples, l'Esprit Saint jaillit de cet homme unique, mis à mort pour rassembler les enfants de Dieu, ses frères, dans l'unité. Voici que l'Esprit jailli de cet homme, de cet homme unique qui est le Fils de Dieu, va, à partir d'une seule bouche, rassembler toutes les langues de l'univers, de telle sorte que tous les hommes, de quelque idiome qu'ils soient, entendent, dans leur propre langue, les merveilles de Dieu.

La Pentecôte c'est l'Anti-Babel. Babel qui est l'aboutissement de la désagrégation de l'homme, de la division de l'homme d'avec l'homme, Babel est renversée, transformée. L'humanité détruite par l'orgueil de Babel est restaurée par l'Esprit Saint, parce qu'Il est l'Esprit d'unité, parce qu'il est l'Esprit de l'amour qui unifie, parce qu'Il est l'Esprit de Celui qui a donné sa vie "pour rassembler dans l'unité les enfants de Dieu dispersés." C'est cela le miracle de la Pentecôte, c'est-à-dire le miracle de l'Église, car cet événement de la Pentecôte, de l'Esprit qui rassemble les hommes de toute langue, de toute race, de toute nation pour en faire un seul peuple, un seul peuple qui parle une langue nouvelle que tous peuvent entendre, parce que c'est la langue de l'amour de Dieu, c'est le mystère de l'Église, ce mystère d'unité, de restauration, de re-création par l'Esprit Saint. Le jour de la Pentecôte, l'Esprit s'empare de l'humanité car de même que l'unité avait été perdue parce que l'homme avait refusé de dépendre de Dieu, dans cette mutuelle dépendance qu'instaure l'amour entre ceux qui s'aiment, de la même manière c'est seulement du cœur de Dieu que pouvait venir le principe d'unité. C'est seulement du cœur de Dieu transpercé que pouvait jaillir l'Esprit qui unifie. C'est seulement de l'amour du Christ offert en sacrifice que pouvait se répandre cet amour personnifié qu'est l'Esprit Saint, capable d'aller assez loin assez profond dans le cœur des hommes divisés, déchirés, désagrégés, pour les restaurer en une, création nouvelle.

Frères et sœurs, nous sommes l'Église et l'Esprit Saint qui a été donné à la Pentecôte nous est donné, maintenant, aujourd'hui, chaque jour. Chaque jour l'Esprit est à l'œuvre dans nos cœurs. Et l'Esprit nous manifeste le Christ, comme le disait Jésus dans l'évangile que nous venons de lire. Jésus se manifeste à nous en nous donnant son Esprit, c'est-à-dire qu'Il nous fait entrer dans le mystère intérieur de son unité avec le Père, pour nous restaurer dans cette unité. L'Église c'est nous, et nous devons vivre, maintenant, aujourd'hui ce mystère d'unité. Il faut que la langue que parle le cœur de chacun d'entre nous puisse pénétrer jusqu'au cœur de chacun de nos frères. Il faut que les mots que nous nous disons soient suffisamment charges d'Esprit, suffisamment chargés de Dieu, suffisamment chargés d'amour pour qu'ils puissent ensemencer de vérité le cœur de ceux à qui nous parlons. Il faut que l'échange entre nous ne soit plus masque, mensonge, ne soit plus une manière d'essayer de tirer de notre propre fond un orgueil qui nous permettrait de nous suffire à nous-même, mais que ces mots que nous échangeons soient des mots qui nous conduisent à la vérité de Dieu, c'est-à-dire à cette manière dont nous jaillissons à tout instant des mains créatrices de Dieu, de l'amour créateur de Dieu, dont nous dépendons de cet amour créateur de Dieu qui veut, Lui aussi, par amour, dépendre de nous, dans cette mu­tuelle dépendance de ceux qui s'aiment l'un l'autre. Il faut que, à l'école de l'Esprit Saint, à l'école du Christ crucifié nous donnant l'Esprit Saint de son côté transpercé, il faut que nous apprenions le langage de l'amour qui nous permette de nous comprendre en vérité, d'être compris de tous nos frères, pas seulement de ceux qui sont proches et qui se rassemblent avec nous dans cette église, mais aussi de tous les autres hommes qui sont tous nos frères et qui, tous, doivent être ramenés à l'unité. Car ils sont tous des enfants de Dieu dispersés, et c'est à eux tous, quelle que soit leur langue, quel que soit l'idiome qu'ils parlent, quelle que soit la manière dont leur esprit cherche à trouver sa vérité, quels qu'ils soient, il faut que nous trouvions le chemin de leur cœur pour leur parler des mots d'Esprit, des mots d'amour, des mots de Dieu, afin que nous retrouvions ensemble cette unité. Unité laborieuse à construire, difficile à réaliser, unité qui nous demandera de longs efforts et une longue patience, mais unité qui est l'œuvre de l'Esprit de Dieu si nous lui permettons de se servir de nos cœurs, de nos bouches, de nos mains, de nos gestes, de notre vie.

Frères et sœurs, être chrétiens et faire partie de l'Église, c'est accepter cette mission de restauration de l'humanité, de restauration de la création, accepter d'être les instruments de cette mission, d'être les outils de l'Esprit Saint pour cette oeuvre de re-création. Qu'en cette fête de Pentecôte nous retrouvions ce sens profond de notre vocation chrétienne et que nous ouvrions notre cœur à ce souffle de l'Esprit qui veut se servir de nous pour apprendre au monde son unité, sa vérité et sa joie.

AMEN

 

 

 
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