AU FIL DES HOMELIES

L'EAU ET L'ESPRIT

Ez 36, 23-28 ; Jn 7, 37-39

Samedi de la septième semaine du temps pascal – C

(17 mai 1986)

Homélie du Frère Jean-François NOEL

 

N

ous parlons souvent indistinctement dans la Bible d'eau et d'esprit. On parle de recevoir l'Esprit et en même temps, par derrière, du symbolisme de l'eau pour purifier, laver, inonder le cœur de chaque croyant. En effet, derrière le thème de l'eau, il y a l'histoire d'une rencontre, et cette ren­contre est très ancienne et remonte très loin dans l'histoire des temps, comme elle remonte aussi très loin dans notre histoire personnelle. Il faut avoir mar­ché longtemps dans le désert, en plein soleil, pour avoir fait creuser dans son cœur ce désir de l'eau. Il faut avoir connu la soif, l'aridité, la souffrance et la peine pour avoir enfin désiré que l'eau vienne apaiser, désaltérer ou cicatriser nos vies.

C'est ainsi que, autour d'un puits, se nouent les rencontres. Rappelez-vous cette belle rencontre entre Éliézer serviteur d'Abraham, envoyé par celui-ci chercher une femme pour son fils. C'est le soir : "La jeune fille était très belle, elle était vierge et aucun homme ne l'avait approchée. Elle descendit à la source, emplit sa cruche et remonta. Le serviteur cou­rut au-devant d'elle et dit :"S'il te plaît, laisse-moi boire un peu d'eau de ta cruche !" Elle répondit :"Bois, monseigneur !" Et vite elle abaissa sa cruche sur son bras et le fit boire. Quand elle eut fini de lui donner à boire, elle dit : "Je vais puiser aussi pour tes chameaux, jusqu'à ce qu'ils soient désaltérés." Vite, elle vida sa cruche dans l'auge, courut encore au puits pour puiser et puisa pour tous les chameaux. L'homme la considérait en silence, se demandant si le Seigneur l'avait ou non mené au but."

Et de ce puits va monter un chant que le livre des Nombres nous rapporte. "Oui, c'est au sujet de ce puits que le Seigneur avait dit à Moïse : "Rassemble le peuple et je leur donnerai de l'eau." Alors Israël chanta ce cantique : "Sur le puits, chantez-le, le puits qu'ont creusé les princes, qu'ont foré les chefs du peuple et du désert à Mattana, vers les hauteurs du Pisga qui fait face au désert et le domine."

Le puits, c'est la rencontre, c'est ce qui do­mine le désert, c'est ce qui noue les relations, c'est ce qui vient répondre, comme un point final, à la recher­che, à l'interrogation.. Et d'un puits, nous passons à un torrent comme nous le rapporte le livre de l'Ecclé­siastique : "Oui, c'est la Parole de Dieu qui fait abon­der la Sagesse comme les eaux du Pishôn, comme le Tigre à la saison des fruits, qui fait couler la Loi comme le Nil, comme le Gihon aux jours des vendan­ges, car les pensées de Dieu sont plus vastes que la mer et ses desseins plus grands que l'abîme. Et moi je suis comme un canal issu d'un fleuve, comme un cours d'eau conduisant au Paradis. Et j'ai dit : "Je vais arroser mon jardin, je vais irriguer mes parter­res. Et voici que mon canal est devenu fleuve et le fleuve est devenu mer."

Du puits, nous sommes passés à un torrent, du torrent nous sommes passés à un fleuve, et du fleuve nous sommes passés à la mer qui contient les pensées de Dieu. Et cette eau va inonder, fertiliser la terre. "Oui, ce jour-là, les montagnes dégoutteront de vin nouveau, les collines ruisselleront de lait, et dans tous les torrents de Juda les eaux ruisselleront. Une source jaillira de la maison de Dieu et le Seigneur aura sa demeure."

L'eau c'est la rencontre avec Dieu Lui-même. Il vient par l'eau à la rencontre de cette recherche dont Il a pris acte. Il vient pour apaiser cette recherche, pour la désaltérer. Mais pour cela, il faut avoir soif... il faut avoir envie de cette rencontre autour du puits, à la tombée de la nuit. Il faut avoir envie, comme la Samaritaine, de venir et de dire simplement ou d'en­tendre dire "Donne-moi à boire !" Pour que l'Esprit vienne vraiment inonder notre cœur, qui est comme "une terre aride, altérée et sans eau", encore faut-il ouvrir à ce torrent qui nous envahit, faut-il ouvrir à ce qui nous est promis et qui est la vie même de Dieu. En effet, l'eau dont nous nous abreuvons maintenant dans l'Église, c'est celle qui a coulé du côté du Christ sur la croix. Au moment où le Christ est entièrement à son Père, où Il nous est entièrement ravi, sa vie, à travers ce sang et cette eau qui coulent de son côté, nous est donnée et peut ainsi abreuver notre cœur. Du puits, d'une rencontre aussi belle soit-elle, nous som­mes arrivés à un torrent débordant, à une immense mer dont l'infini nous dépasse à jamais et qui vient en chacun de nous inonder, fertiliser, vivifier. Soyons assez simples pour laisser monter à nos lèvres ce désir et dire comme la samaritaine : "Donne-moi de cette eau !"

 

AMEN

 

 

 
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