AU FIL DES HOMELIES

UNE SOURCE

Ez 36, 23-28 ; Jn 7, 17-29

Samedi de la septième semaine de Pâques – A

(6 juin 1987)

Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

 

I

l y avait depuis longtemps à Jérusalem un phé­nomène qui n'avait cessé de frapper les diverses générations : au pied du Temple, à quelques cent cinquante mètres en contrebas, il y avait une source. Cette source était une source d'eau sacrée, la source du Gihon. Ce qui frappait beaucoup les Hébreux, même encore à l'époque de Jésus, c'était ce phéno­mène mystérieux par lequel un rocher puisse à travers une fissure faire sourdre de l'eau Cette intimité étrange de l'eau qui sourd du cœur de la pierre frap­pait tellement l'imagination que saint Paul, dans l'épître aux Corinthiens parle encore du peuple hébreu qui était accompagné comme par un rocher et de ce rocher jaillissait l'eau pour la soif du peuple dans le désert et Paul commente : "Ce Rocher c'était le Christ". Manifestement ce qui intriguait la conscience des hébreux, des israélites et en même temps leur curiosité, c'était le fait que de quelque chose dur comme la pierre puisse jaillir le bien le plus précieux pour la vie et la conservation de la vie, quelque chose de doux et qui s'intègre parfaitement au cœur de l'homme, au corps de l'homme et qui est l'eau. Pour ces peuples qui faisaient presque toujours l'expérience du désert ou de la sécheresse, que l'eau coule du ro­cher, c'était un signe extraordinaire.

L'autre aspect extraordinaire de ce même phénomène c'était précisément que l'eau coule de l'intimité même du rocher. On ne pouvait pas aller chercher derrière, on sentait bien que c'était une énorme masse rocheuse, mais comme on n'avait pas de connaissance hydrographique extrêmement pré­cise, on restait admiratif devant le fait que l'eau sourde du cœur même du rocher. C'est d'ailleurs pour cela que le miracle de Moïse avait été considéré comme si grand. Il avait réussi quelque chose qui faisait partie du secret même de la création : l'eau qui sourd du rocher pour le peuple dans le désert, sim­plement en frappant le rocher avec son bâton.

C'est précisément à cet ensemble et à cet uni­vers de représentations que le Christ fait allusion lors­que, de bout, dans le Temple, à la fin de la fête, Il s'écrie : "Celui qui a soif, qu'il vienne à Moi !" De­bout, à cause de la Résurrection. Mais pour Jean qui, avec quelque recul, comprend maintenant la parole de son Seigneur, il s'agit du grand mystère de l'Esprit. Comment l'Esprit jaillit-il pour les hommes ? Il jaillit, pour ainsi dire, à travers ce bloc compact du monde nouveau qui est le corps du Christ ressuscité. La chair du Christ Ressuscité est vraiment ce rocher qui porte le Temple. Et l'eau qui coule comme la source du Gihon au pied du Temple, l'eau qui coule c'est l'Esprit Saint. Et le mystère même de l'Esprit saint ce ne sont pas seulement des idées qui nous sont transmises de la part de Dieu, ce n'est pas simplement une sorte de courant de pensée qui traverse le monde, mais l'Esprit saint jaillit du cœur et de l'intimité de la personne de Jésus Ressuscité.

Ceci était d'une très grande importance à l'époque de Jean, car il voulait montrer que s'il y avait des communautés chrétiennes, ces communautés ne pouvaient exister que parce qu'elles avaient été saisies par l'Esprit lorsque chacun de leurs membres avait été baptisé. Mais les communautés ne pouvaient pas se fier à leur inspiration du moment et croire que l'Esprit leur dirait de faire n'importe quoi, c'est-à-dire en ré­alité uniquement la traduction de leurs désirs ou de leur sensibilité. L'Esprit, s'il est vraiment l'Esprit, jaillissait toujours du rocher qui est le Christ, jaillis­sait toujours du Temple nouveau et véritable qui est le corps du Christ ressuscité. Et il n'était pas possible, dans l'Église primitive, de se réclamer de la foi ou de la force de l'Esprit saint sans passer par la confession du rocher d'où sourd l'Esprit saint et qui est le corps du Christ ressuscité, le roc de notre foi.

Aujourd'hui encore, en 1987, nous nous pré­parons à célébrer la fête de la Pentecôte et c'est pour­quoi nous venons de réentendre cette parole : "Celui qui a soif, qu'il vienne à Moi et qu'il boive" car des fleuves d'eau vive vont jaillir du sein du Christ. A partir de ce soir, souvenons-nous de ce que signifie réellement cette fête : l'Esprit ne nous est pas venu d'ailleurs que de l'intimité même du cœur, de la vie et de la chair du Christ mort et ressuscité pour nous. Chaque fois que nous célébrons l'eucharistie, mystère du corps et du sang du Christ, nous célébrons la source d'eau vive qui sort du Temple de sa chair, de son corps et de son sang tels qu'ils nous sont donnés. Chaque fois que nous somme rassemblés en Église, l'Esprit qui nous rassemble ne vient pas d'ailleurs que de la présence du Seigneur Ressuscité au milieu de nous.

Qu'en cette ultime préparation de la fête de Pentecôte, nous n'hésitions pas à nous approcher du corps du Christ pour boire à cette source, pour connaître vraiment qui Il est et que par Lui en en Lui seul nous recevions, en toute vérité, le don même de l'Esprit Saint.

 

AMEN


 

 

 
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