AU FIL DES HOMELIES

HYMNE DE L'ÉGLISE PRIMITIVE

Ph 2, 5-11 ; Mc 7, 31-37

(25 mai 2013)

Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

Recueil d'hymnes

F

rères et sœurs, poursuivant la lecture courante de l'épître aux Philippiens, nous sommes arrivés à un texte que beaucoup d'entre nous connaissent, c'est un texte hymnique qui est chanté aux vêpres du samedi soir. Ce texte est très différent du reste de l'épître.

Ce texte est l'attestation de la façon dont vivaient les premières communautés. Avant même de rédiger les évangiles et avant même d'avoir les premiers textes des épîtres, la première façon dont on a parlé et écrit sur le Christ, c'était les hymnes. A la différence de ce que projettent beaucoup de gens aujourd'hui sur les communautés primitives, la principale activité n'était pas d'écrire des mémoires des apôtres, ce n'était même pas d'écrire des lettres, mais c'était de composer des hymnes en l'honneur du Christ mort et ressuscité. Ici, dans cette épître écrite vers les années 52, Paul qui est passé dans pas mal de communautés, connaît par cœur une de ces hymnes et il l'introduit dans son texte. Ce texte extraordinaire montre l'activité liturgique des communautés, activité tellement prégnante car on le sait, le chant et musique permettent une meilleure mémorisation du texte. Ce n'est pas tout à fait un hasard i ces textes-là que l'on retrouve disséminés dans le Nouveau Testament, dans les épîtres de Paul mais également dans l'Apocalypse et peut-être même le prologue de saint Jean, ces textes sont parmi les plus anciens et les plus essentiels.

Cette activité liturgique de composition d'hymnes est sans doute extrêmement florissante. Le malheur, on le sait maintenant, il y a eu comme une sorte de parasitage par des gens que l'on appelait les gnostiques et qui ont fait de ces hymnes le moyen de suggérer l'idée un peu hérétique sur le mystère du salut, le mystère de Dieu. c'est ainsi que dans la grande Église vers les années 300, a pratiquement supprimé tous les grands textes hymniques des siècles précédents. Les seuls qui ont été sauvés sont ceux que l'on trouve ici dans le Nouveau Testament et dans un recueil exceptionnel, celui dont nous lisons les Odes pendant le temps de Pâques qu'on appelle les Odes de Salomon. C'est une grande perte pour l'Église, elle a été causée par le fait que certaines personnes utilisaient le genre hymnique pour introduire des idées fausses, c'est une perte terrible parce que toute cette activité hymnique, témoin du travail de la liturgie des premiers siècles chrétiens a disparu à 95%.

Cette hymne vient au cœur de l'esprit de Paul quand il vient de faire cette considération sur l'humilité non pas comprise comme une sorte de retrait de la communauté, mais comme ouverture et communion avec les autres. Le mot central de cette hymne c'est : "Il s'humilia lui-même, obéissant jusqu'à la mort et la mort de la croix". Il s'anéantit lui-même, ce qui veut dire littéralement se vider. Il s'est vidé de lui-même, il s'humilia jusqu'à la mort et après Dieu l'a exalté.

Quand Paul veut expliquer à ses Philippiens comment il faut vivre cette communion dans la charité et l'humilité, il leur dit de cette façon-là : l'humilité, c'est vivre la même chose que le Christ a vécu, se vider de soi-même, d'arriver à l'humiliation qui est la mort. Car c'est dans la mesure où le Christ s'est vidé de lui-même qu'il a été rempli et exalté par la résurrection. La compréhension de l'humilité et de la vie de la communauté est complètement transformée dans ce texte, ce n'est plus la conception païenne d'une sorte de recul sur un quant à soi, mais c'est que le Christ lui-même s'étant vidé en s'anéantissant et en mourrant sur la croix montre comment pour chacun d'entre nous ce mystère de notre humilité, voire de notre humiliation, est le lieu même dans lequel peut commencer à surgir la résurrection. Pour le Christ, c'est d'autant plus vrai et profond que lorsqu'il s'est humilié en prenant notre condition humaine, il a ouvert non seulement pour lui la possibilité de la résurrection mais il l'a ouvert pour nous tous. "Il lui a donné le nom au-dessus de tout nom pour qu'au ciel, sur terre et aux enfers, toute langue proclame que Jésus-Christ est Seigneur", pour que tout fidèle, tout croyant puisse, en confessant la seigneurie du Christ, savoir qu'il reçoit comme chacun d'entre nous, pécheur, dans notre humilité, nous recevons la lumière et l'infini du salut de la vie du Christ et de sa résurrection.

 

AMEN

 

 

 
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