Imprimer

 LE DÉVOILEMENT DE L'INTIMITÉ DU CŒUR DE DIEU PAR L'ESPRIT

1 Jn 5, 1-12 ; Jn 16, 12-15

(17 mai 2002)

Homélie du Frère Jean-François NOEL

Farret : Saint Jean

O

 

n pourrait appeler l'Esprit Saint Dieu plus intime, on pourrait aussi l'appeler Dieu plus caché et en même temps, paradoxalement, plus dévoilé. Il faut l'inscrire dans le grand mouvement du dessein du cœur de Dieu, de ramener toute chose, entendons les hommes et toute la création, les ramener à leur source. Chaque cœur humain est en quelque sorte appelé à retrouver son origine, et donc à s'inscrire dans la fin qui est la sienne et qui est le Père, la source, la lumière.

La venue du Fils était pour inaugurer, pour appeler, pour signifier que chacun d'entre nous était appelé. Il a appelé Zachée, Il a appelé Marie-Madeleine, Il a appelé les apôtres, et sur la croix, Il termine dans ce soupir intime, en donnant sa vie afin que toute créature au ciel et sur la terre entende l'appel de Dieu. Le principe, le désir du cœur de Dieu, c'est que nous revenions à Lui, le retour, que nous revenions dans a liberté le consentement, malgré nos péchés qui nous sont pardonnés. Mais Il ne nous laisse pas revenir en nous appuyant sur nos propres efforts, nos propres mérites, ou notre propre capacité. Il nous donne un moyen, un moteur, pour que notre retour se fasse plus ardent, plus croyant, plus confiant. Et ce moyen, ce moteur, c'est Lui-même en son Esprit qui vient comme à l'intérieur des choses, de la création, des créatures, animer et faire palpiter cette volonté de revenir vers Dieu. C'est en cela que l'Esprit de Dieu c'est Dieu en nous, plus intime.

Mais en même temps, en étant plus intime à nous, Dieu prend le risque que nous ne puissions pas toujours le distinguer de ce que nous sommes en nos profondeurs. Il y a donc une sorte de confusion possible, c'est un risque que Dieu a voulu prendre, que nous ne discernions plus ce qui relève de nos humeurs, de notre voix intérieure consciente et inconsciente, et ce qui relève de l'Esprit de Dieu. C'est là où cela devient plus subtil, parce que l'Esprit en venant animer et réanimer au sens littéral du terme, ce que nous sommes, nous pouvons ne plus distinguer, ou avoir plus de mal à distinguer ce qui relève de Dieu, ou ce qui relève de la psychologie des profondeurs, de ce que nous sommes au plus profond de notre être.

Troisième élément qui vient encore compliquer le tableau, tout en étant toujours un hommage à l'homme et au retour que Dieu lui propose, c'est que l'Esprit ne va pas en nous, envoyé du Père et du Fils, et en faisant "coucou" de loin en étant séparé d'eux, tout en venant en nous, Il dévoile ce qu'il y a de plus secret, de plus intime en Dieu. Il ne s'éloigne pas de Dieu comme une sorte de pièce détachée de part provisoirement mobile de Dieu. C'est Dieu dans sa totalité qui vient en nous et qui dévoile à l'intérieur de nous ce commerce très particulier, très intense, qui est la circulation d'amour entre le Père, le Fils, et l'Esprit. L'Esprit est en quelque sorte, la pièce maîtresse à l'intérieur de nous.

Nous sommes, et c'est là que nous retombons dans la théologie classique, incorporés à la Trinité, ou on pourrait dire aussi la façon dont la Trinité nous incorpore, habite en nous, l'Esprit Saint est celui qui, comme un "sésame" ouvre la demeure qui est faite pour eux à l'intérieur de nous, pour y dévoiler, dans notre propre cœur, l'intimité et le cœur de Dieu.

Cette circulation n'est plus une circulation comme ailleurs, à part, mais elle se fait en nous, et à travers nous. Nous sommes devenus un lieu de passage de cette circulation, de ce qui anime le Père, le Fils et l'Esprit Saint. C'est donc à la fois Dieu plus intime, tellement intime que parfois nous pouvons le confondre avec nos voix tout à fait humaines, en même temps Dieu plus actif, plus dynamisant pour nous ramener au Père, et en même temps, Esprit qui dévoile ce qu'est le cœur du cœur, le mystère de la Trinité, la façon dont Dieu en Lui-même déjà appelle, fait circuler, rend fécond, anime.

Que ce mystère assez épais de l'Esprit Saint que nous préparons à vivre dans la fête de Pentecôte, dans lequel nous sommes comme incorporés, invités, nous sommes membres de cette circulation de l'amour de Dieu. Nous apprendrons alors quelle est notre vraie place et notre vraie vocation en Dieu, et nous reconnaîtrons la hauteur, la grandeur de la dimension que Dieu promet et prépare à chacun de nous, à chaque homme dans cette création qui est son bien le plus précieux, et parce que nous sommes le bien le plus précieux de Dieu.

 

AMEN