AU FIL DES HOMELIES

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J'AI ENCORE BEAUCOUP DE CHOSES A VOUS DIRE

1 Jn 5, 1-12 ; Jn 16, 12-15

Vendredi de la septième semaine du temps pascal – C

(20 mai 1983)

Homélie du Frère Michel-Pierre MORIN

C

 

ette parole de Jésus est à la fois un peu curieuse et assez merveilleuse. Curieuse parce que aurait-il omis un quelconque aspect de son message ? Est-ce qu'il n'aurait pas encore tout donné de sa vie, de son Esprit, de sa parole, de sa présence à ceux qu'Il avait choisis. Est-ce que cette phrase, au début de la Passion, est-ce que cette phrase de saint Jean n'est pas encore totalement achevée lorsqu'il écrit : "Jésus ayant aimé les siens les aima jusqu'au bout ?" Est-ce qu'il y a encore quelque chose d'autre à attendre ? Est-ce qu'il y a encore quelque secret que le Christ se réserverait ?

Cette phrase est en même temps merveilleuse parce que, en somme, c'est la phrase de quelqu'un qui aime. "J'ai encore beaucoup de choses à te dire !" Or l'autre sait très bien que ce qu'il lui dira sera toujours la même chose, que l'amour, quand il se dit, est toujours nouveau et en même temps toujours ancien. C'est ce qui a été dit la première fois et c'est ce qui sera encore dit dans les dernières paroles et avec les mêmes mots, avec les mêmes gestes, et cependant, cela ne sera jamais une répétition, cela ne sera quelque chose que l'on a déjà entendu, mais quelque chose de nouveau.

"J'ai encore beaucoup de choses à vous dire, mais vous ne pouvez pas le recevoir." C'est peut-être là encore plus mystérieux. Les apôtres avaient pourtant accepté de recevoir tant et tant de choses. Ils avaient pourtant accepté d'en quitter tant et tant, pour se laisser combler par la présence du Seigneur, et en même temps rien n'était quasiment fait. Tout n'était pas encore accompli.. On a un peu l'impression que l'essentiel restait à recevoir. Et cet essentiel, c'était l'Esprit, l'Esprit qu'ils allaient recevoir de façon si forte, puisque non seulement les murs de la maison en furent ébranlés, mais leurs propres cœurs en furent bouleversés et retournés et leur propre psychologie, leur propre être humain en furent tellement bouleversés, qu'ils n'ont pas pu garder cela pour eux-mêmes et qu'ils ont été immédiatement hors de la maison, pour l'annoncer à tout le monde.

L'Esprit venait de leur faire part de ce qu'Il savait. Et ce qu'Il savait, c'est cette communion profonde qui appartient seule au Père et au Fils. L'Esprit n'invente rien dit Jésus : "Il ne dit rien de Lui-même, Il prend de mon bien pour vous en faire part." Et c'est cela cette chose nouvelle que le Christ sans cesse veut révéler à nos cœurs, veut murmurer à nos oreilles.

Voyez-vous, frères et sœurs, lorsque vous priez, lorsque vous venez si régulièrement à l'office ou, de façon encore plus forte, à la célébration de l'eucharistie, lorsque vous recevez le sacrement de pénitence ou quelques-uns d'entre vous le sacrement des malades, vous recevez, par l'Esprit Saint, une part de la vie du Père et du Fils. Et cela c'est quelque chose que le Christ ne vous avait pas encore donné, qu'Il ne vous avait pas encore dit : "J'ai beaucoup de choses à vous dire. L'Esprit prendra de mon bien pour vous en faire part." Cette parole de Jésus s'accomplit concrètement, efficacement, dans toute sa profondeur, dans tout son mystère, dans toute son efficacité lorsque nous ouvrons les mains, lorsque nous ouvrons notre cœur pour recevoir aujourd'hui, la part que l'Esprit Saint nous donne de la vie du Père et de la vie du Fils.

Et, à ce moment-là, nous sommes enseignés. L'enseignement de la vérité que nous donne et que nous apprend l'Esprit, ce n'est pas une sorte de catalogue de choses à savoir ou à comprendre ou de choses à analyser. La vérité de Dieu ne se met pas en liste ne se met pas en mots. Elle est don de sa vie. Et la vie ne se partage pas en phrases ou en textes, ou en concepts. La vérité que l'Esprit nous enseigne, c'est la vérité que Dieu vit : que le Christ est vivant comme Fils de Dieu et que cette vie ils ne la gardent pas pour eux, mais ils en font jaillir le débordement, par le fleuve de l'Esprit Saint, dans notre cœur et dans notre vie pour que nous en ayons part et pour que nous puissiez vivre réelle­ment, spirituellement, jusque dans notre chair hu­maine, puisque cette chair se mélange à la chair même du Christ, pour que notre vie ressemble, de plus en plus à celle de Dieu, pour que la vie de Dieu soit vraiment la nôtre et que nous puissions dire comme saint Paul : "Ce n'est plus moi qui vis" ni avec mon corps, ni avec mes idées, ni avec mon tempérament, "mais c'est la vie du Christ" qui m'imprègne jusqu'au plus profond de moi-même et qui m'enseigne cette vérité de Dieu, qui m'enseigne cette vérité de l'homme de l'homme oui doit devenir Dieu dans la force transfigurante et transformante de l'Esprit.

Que chaque jour, frères et sœurs, nous puissions nous dire, nous puissions nous redire cette parole du Christ : "J'ai quelque chose à te dire, quelque chose de nouveau que tu n'as pas encore reçu. J'ai encore quelque chose à te donner. J'ai encore une part de Moi-même à partager. Tu as encore une part de ma vie à laisser entrer dans ta propre vie, pour que cette vie ne soit plus la tienne, mais quelle soit la mienne."

 

AMEN

 
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